Vidéo des 10 ans

Du billard avec une corde

C’est toujours intéressant d’essayer d’être en colère quand dans le fond on est contents. Hier, contre une Lettonie consternante, la Suisse de Petkovic a réussi à s’en sortir. Sans vraiment trembler mais sans rassurer du tout. Oui on est contents, on a gagné. Cinq matchs, cinq victoires. Mais ce à quoi on a assisté à Genève était quand même un peu l’équivalent au football de ce que Starmania est à l’opéra, « Recherche appartement » au cinéma et le tricot à la sexualité. En gros, la vente de rêve était en brocante.

D’abord il y a la feuille de match. Elle n’est pas scandaleuse ni incroyablement surprenante mais elle invite au constat. Sur le onze de départ, cinq joueurs ne jouent pas ou très peu dans leur club (dont les deux défenseurs centraux). Bien sûr, on ne demande pas qu’ils fassent de pathétiques vidéos Facebook pour chouiner sur la question mais on en est à un état inquiétant sur la marge de manoeuvre d’un Petkovic qui clamait il n’y a pas si longtemps qu’il ne prendrait que les joueurs qui joueraient régulièrement en club. On a toujours l’air un peu bête après. Vladimir c’est le mec qui quitte femme et enfants pour refaire sa vie au Brésil avec une boîte de 200 capotes et, une fois sur place, chope une grosse dysenterie et doit être rapatrié à la maison.

Certes, il y a de plus en plus de solutions de rechange dans certain secteurs de jeu. La performance de Moubandje est d’ailleurs la meilleure nouvelle de la soirée pour les possibilités de latéraux dont la Suisse dispose. Mais le principal problème de la défense centrale continue à inquiéter. Contre la Lettonie, équipe sans doute encore plus mauvaise qu’Andorre, ils n’ont que rarement été mis en danger mais contre un adversaires d’une autre stature, comment réussir à avoir confiance en Djourou et Schaer ? Sans compétition dans les jambes, les deux se font prendre de vitesse à la moindre accélération d’un adversaire. Et surtout une passivité parfois vraiment dingue. On se demande si Djourou, quand il roule en voiture et qu’un oiseau va arriver sur son pare-choc, baisse la tête. Cette trouille de mettre le pied, de s’arracher sur les derniers gestes concerne d’ailleurs l’ensemble des joueurs. On veut bien que ce ne soit « que » la Lettonie et on ne veut pas se blesser dans des duels sauf pour des matchs importants. Mais ce genre de conception, avant, ça ne s’appliquait qu’aux matchs amicaux et, si ça commence à déborder sur ce genre d’affrontement, on finira par dire « on ne veut pas se blesser sur ce match, ce n’est que l’Argentine ».

Techniquement, la Suisse est faible. Il y a parfois deux trois éclairs de Shaqiri ou Mehmedi mais globalement, la pauvreté du jeu est criante. Entre les centres imprécis et les tirs à quatre mètres en dessus du but, on comprend que la Suisse ne soit toujours pas considérée comme un adversaire qui fait peur. Et où était Xhaka? Aussi concerné par le match qu’un enfant de cinq ans peut l’être par son troisième pilier, Granit la tête brûlée se planquait dans son coin. Pas envie manifestement. On peut sans doute être content qu’il ait déjà réussi à ne pas se faire expulser. Mais être un travailleur de l’ombre ne signifie pas se cacher pendant 90 minutes.

Trouve Granit Xhaka qui se cache au milieu de tous ces gens.

Comme l’aime à le rappeler souvent Yves Martin, Moubandje en verlan ça fait « Je bande mou ». Ce fut à l’image de ce match. Trop de joueurs se contentaient d’attendre le ballon. On ne peut pas reprocher un manque de tentatives offensives, mais comment la Nati peut-elle être aussi incapable de faire des gestes un tout petit peu précis ? Drmic est venu heureusement mettre son but inespéré. On ne débattra pas ici de si le joueur aurait dû être introduit plus tôt pour que Seferovic puisse prendre le temps de regarder quelles sont les activités possibles à Lisbonne pendant que ses futurs collègues du Benfica s’entraîneront. Drmic a toujours été un meilleur joker que titulaire de toute façon avec la Suisse. Mais quand le goal arrive enfin, cela ne libère même pas l’équipe. En fait, rien ne la libère. Les joueurs semblent toujours à la limite de la grosse tuile et ne donnent vraiment pas l’impression d’être prêts à relever un défi contre une plus grosse équipe. Tout ça a quand même un peu une gueule de mi-molle. On peut en faire sortir quelque chose mais qu’est-ce qu’il faut tirer dessus !

Les cinq victoires en cinq matchs, dans le fond, on est contents. On n’était pas trop habitués. Mais tout le problème se situe dans la suite. La Suisse peut enchaîner neuf victoires en neufs matchs et ne pas aller néanmoins à la Coupe du Monde. Parce qu’une défaite contre le Portugal et un vieux barrage contre la Bosnie c’est vite arrivé. Maintenant si la Suisse persiste à nous offrir ce spectacle compliqué mais gagne à l’arrachée tous ses matchs avec un petit goal de dernières minutes, on ne sera pas amoureux mais on accepte quand même.

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Commentaires (4)

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    Alan Maclero

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    Superbe. Excellent résumé et métaphores marrantes niveau 12. La mi-molle sur laquelle il faut tirer est un caviar !

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    François la Justice

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    Xhaka n’a rien fait de différent de ce qu’il fait avec Arsenal (depuis qu’il a plus droit de tacler). Donc je suis doublement pas d’accord. Je l’ai trouvé très impliqué, très concerné. Mais la dernière fois qu’il a pris un risque payant Clara Morgane tournait encore des films.

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    Chris Cents

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    Excellent article, qui résume exactement, à la virgule près, mon ressentiment de ce match!!

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    dumdum

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    Il y a quand même une question qui turlupine à propos de la défense centrale : est-ce que tout compte fait, Reto Ziegler ne serait pas plus utile à l’équipe que Djourou ? Pourquoi n’est-il même pas appelé par Petko ?

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