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Introspection: Fidélité ou Masochisme?

Après avoir reçu les remontrances acerbes et l’opprobre certes méritée de notre cher rédacteur en chef lors de son dernier édito pour ma désorganisation du mois passé, il était ainsi désormais temps de lancer cette rubrique introspective qui, comme annoncé lors du lancement de la nouvelle formule de Carton-Rouge, va débuter par un petit voyage dans les entrailles de mon supportérisme. C’est sans doute plutôt une séance chez le psy qu’il m’aurait fallu mais tant pis, ça suffira pour le moment. Mais je doute que je comprenne aujourd’hui comment se fait-il qu’en plus de 30 ans, aucune de mes équipés fétiches n’ait remporté le moindre titre de champion national tant en Suisse, qu’en France, qu’en Allemagne ou qu’en Angleterre. Non ? Si. Je vous le jure. Ca relève de la pathologie lourde certes mais c’est la stricte vérité. Heureusement que je me cogne cordialement du Calcio ou de la Liga car ce n’est pas avec le Genoa ou Bilbao que j’aurais augmenté mes trophées.

Mais comment en suis-je arrivé là ? Un petit retour en arrière s’impose donc.

Historiquement, je dirais que ma découverte du foot se situe au début des années 80 lorsque, gamins, nous jouions au foot avec un vieux ballon en cuir pourave et 4 pulls en guise de poteaux sur un carré vert du quartier à Lausanne. Et si on voyait bien que parmi nous personne ne ferait carrière dans le foot et que les nouveaux Platoche ou Maradona n’habitaient pas sous-gare, les matchs étaient néanmoins spectaculaires et acharnés. Moi je n’étais vraiment pas très bon mais j’adorais ça. Et surtout j’étais hyper fier d’arborer mon maillot de l’immense Steen Thychosen bien que j’étais largement moins habile que lui devant le but. Et il y avait aussi Antoine avec son maillot rouge et noir « Meubles Meyer » de Xamax floqué Robert Lüthi, Pascal, le grenat, avec son maillot du Servette « Placette » floqué Marc Schnyder ou encore David, le valaisan d’origine, si fier avec son maillot du redoutable Jean-Paul Brigger. Et j’imagine même qu’on aurait pu y croiser Patrick avec son tricot du Vevey-Sport s’il avait habité le quartier à l’époque. Bref, on supportait les clubs d’ici et on en était fier. Certes, il y avait bien Luis ou Juan qui avaient un maillot du Barça ou du Real de par leurs origines, Salvatore celui de la Juve ou Thierry celui de Chelsea mais c’était tout. Allez regarder des gamins sur un terrain de foot aujourd’hui et vous verrez que cela a bien changé.

Mais en dehors de ces parties entre copains, on allait surtout au stade. Et qu’est-ce qu’on aimait ce rituel du samedi ou du dimanche lorsqu’on montait à la Pontaise avec le bus 1 ou 3 avec nos maillots, nos drapeaux, nos chapeaux bobs et nos badges à l’effigie d’El-Haddaoui. Ainsi, ce qui devait arriver arriva tout naturellement et je suis tombé amoureux du LS. L’équipe ne brillait pas particulièrement mais elle avait son public, ses joueurs stars, idolâtrés par les gamins que nous étions. Le stade était déjà vétuste, on se prenait déjà la bise en pleine gueule et les saucisses étaient déjà dégueulasses mais peu importe : on détestait perdre et encore plus que perdre, louper un match. Et finalement, 30 ans plus tard, on est toujours là, on suit toujours ce club, dans le même stade de merde et toujours assez loin des sommets. Tout n’a pas été linéaire pour autant et satisfactions, joies immenses et cruelles désillusions se sont succédé. Et pas toujours dans l’ordre. On aura vécu de belles galères, joué en 2ème ligue inter à Viège ou à la Tour-le-Pâquier mais aussi de fantastiques aventures à Cork, Prague ou Amsterdam. On aura gagné 2 coupes de Suisse et fêté 4 promotions. Et plus que tout, j’aurai rencontré de magnifiques personnes et vécu de grandes histoires avec ceux qui partagent cette même passion. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

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Finalement, c’est assez difficile d’expliquer pourquoi on s’attache à un club car si cela tient, en grande partie sans doute en ce qui me concerne, à mon lieu de naissance, il existe aussi une part de hasard ou de mystère. Personnellement, je dirais même qu’il y a une part inconsciente de masochisme. Il y a ceux qui choisissent de se faire fouetter, enchaîner ou humilier et d’autres de supporter un club de loosers. Sinon comment expliquer que je sois également devenu un grand supporter du Sporting Club de Bastia ? Pourquoi tenir pour un club qui possède un palmarès aussi famélique qu’un Djoko au régime alors qu’il aurait été tout de même plus simple de suivre l’OM, le PSG ou l’OL ? Pourquoi supporter un club honni quel que soit le stade où il évolue ? Justement pour cette raison peut-être. Parce que ce club est différent des autres. Parce que c’est un club où les mots fierté, combat, identité ont un sens tout particulier.

Mais faut avouer qu’il faut être tout de même sacrément con pour choisir une équipe si compliquée à suivre à domicile de par sa particularité insulaire et qu’il n’existe pas de vol direct depuis la Suisse d’octobre à mars et que les traversées en ferry sont fortement réduites en hiver. Et si vous croyez que c’est marrant de se déplacer pour ses matchs sur le continent, allez vous geler les coucougnettes à Sochaux un samedi soir de janvier dans un parcage quasiment vide en raison des difficultés logistiques et financières qu’ont les supporters corses pour se déplacer. Je vous promets qu’on est loin du chaudron de Geoffroy-Guichard. Et encore faut-il que la ligue, les préfets ou le président de la république n’interdisent pas les déplacements pour de sombres raisons sécuritaires ou que tout simplement le club ne se soit pas vu frapper d’un huis clos pour des faits qui seraient passés inaperçu partout ailleurs. Par contre, lorsque tu as la chance de vivre un match au cœur de la Tribuna Petrignani à Furiani ou dans un parcage visiteurs lors d’un déplacement massif sur le continent, la ferveur qui se dégage de ces supporters est largement au dessus de la moyenne et les frissons procurés sont magiques.

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Toujours est-il que ce n’est vraisemblablement pas du côté de l’hexagone qu’il faut que je me prépare à fêter ce premier titre de champion tant le club ne pourra jamais rivaliser financièrement avec les grosses écuries du championnat quand certains joueurs, parisiens notamment, touchent le même salaire annuel que l’ensemble des joueurs bastiais réunis. Peut-être du côté de l’Allemagne alors ? Objectivement, j’ai toujours pensé que mon premier titre de champion à fêter viendrait de là. Et je pense toujours que tel sera le cas même si l’unabstieger HSV flirte dangereusement avec les profondeurs du classement de la Bundesliga et pourrait vivre tout prochainement sa première relégation depuis la création du championnat en 1963.

Objectivement, lorsque je me suis attaché à ce club vers le milieu des années 80 en raison principalement de son logo que je trouvais trop cool, je pensais bien avoir l’occasion de truster les titres avec un club double champion d’Allemagne en titre et vainqueur de la coupe d’Europe des clubs champions. Et ben que nenni. Plus rien depuis plus de 30 ans. Une véritable descente aux enfers entre gestion calamiteuse et transferts ratés. Il n’y a quand même pas beaucoup de club au monde qui peuvent se vanter d’avoir recruté et Henchoz et Djourou, non ?

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Toujours est-il que malgré les déceptions et les tempêtes, le public du Volksparkstadion reste fidèle et, s’il gronde parfois, continue à y croire. Comme moi en fait. Et bien que ce club ne représente, à l’inverse de Bastia, pas vraiment les valeurs du foot que je défend puisque le HSV est plutôt le club de la bourgeoisie hanséatique, que l’ambiance y est souvent aseptisée malgré les efforts des ultras pour faire bouger leurs tribunes et qu’il souffre d’un déficit au niveau du capital sympathie par rapport à son rival local de Sankt-Pauli qui, lui, représente le peuple qui emmerde les grands et qui incarne l’anti football business par excellence et que pourtant je déteste. De toute façon, je ne suis pas à une contradiction près. Et puis c’est tout.

Reste encore l’Angleterre. Le berceau du foot. Celui qui me fera toujours plus vibrer qu’ailleurs. Celui où un bon tacle glissé en touche sera plus apprécié qu’une talonnade inutile. Celui où les simulations et les jérémiades ne sont pas légions a contrario des Pints et des Fish & Ships. Et pourtant, là non plus ce n’est pas gagné en ce qui me concerne. En effet, alors que mes copains s’enflammaient pour les exploits des Reds, des Blues, des Gunners ou des Red Devils, moi je n’ai rien trouvé de mieux que de me passionner pour ces improbables Eagles de Crystal Palace au hasard d’un derby brillamment gagné face à l’AFC Wimbledon. Non là sérieux fallait limite le faire exprès ! Surtout qu’à l’époque, et comme à de trop nombreuses reprises par la suite, le club évoluait en Championship et que ses stars ne s’appelaient pas Hennessy, Cabaye ou Benteke, mais bien Nigel Martyn, Neil Shipperley ou John Salako.

Et pourtant, dès mon premier match à Selhurst Park, j’ai été conquis. Même si elle n’a pas toujours été exceptionnelle, l’ambiance y était bonne, l’une des meilleures d’Angleterre même, et ce club, niché dans ce grand South London populaire et familial, plaisant et fier.

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Comment ainsi ne pas apprécier ces images de familles multi-générationnelles se déplaçant presque religieusement du pub au stade. Et comment oublier ces 2 finales de Cup, même si elles furent perdues, où Wembley raisonnait au son des chants à la gloire des Eagles. Toutefois, et même si aujourd’hui les perspectives d’avenir semblent ne pas être trop maussades, je vois mal Palace rafler le titre au nez et à la barbe de Chelsea, City, Arsenal ou autre bien que Leicester nous ait montré l’an passé que tout pouvait arriver.

Voilà, vous connaissez désormais une partie de mon histoire footballistique. Un grand malade je vous dis. Heureusement qu’il me reste Lara, Stan ou Rodger pour voir mes héros gagner quelques titres parce que sinon vous m’auriez déjà retrouvé en retraite monastique au Bouthan ou alors abonné au Volero Zürich (11 titres de champion en 12 ans tout de même).

Amen.

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Depuis 10 ans, de nombreux rédacteurs plus ou moins chevronnés se sont mis à leur clavier et se sont essayés à l’écriture pour faire vivre Carton Rouge. Qu’ils en soient remerciés. Ils ont écrit sur à peu près tout et n’importe quoi du moment qu’il y avait un lien plus ou moins proche avec l’actualité sportive locale ou exotique. Ils ont été drôles, piquants, bêtes, de mauvaise foi, brillants, polémiques, chauvins, touchants, tristes, sarcastiques, méchants, passionnants ou tout simplement eux-mêmes. On les aime ou pas mais rarement ils laissent le lecteur insensible tant leurs récits respirent le vécu, leurs émotions du moment, leur vision d’un match ou leur ras le bol d’une situation. Loin des articles formatés de la presse conventionnelle, des analyses pointues des revues spécialisées ou des attaques gratuites de bas étage, leurs modestes récits vous font rêver ou sourire, vous énervent ou vous remplissent d’allégresse.

Après 10 ans, il est temps de leur accorder pour une fois les feux de la rampe. Il est temps de découvrir qui sont ces personnes appelées « les rédacteurs de Carton Rouge ». Il est grand temps de les connaître de manière intimiste et sincère. Elles vous raconteront tantôt comment elles sont un jour tombées amoureuses du LS emmené par Steen Thychosen, pourquoi elles auront démissionné d’un boulot pour aller un mardi à Chiasso, quel bonheur elles tirent d’aller à Krasnodar en novembre. Vos rédacteurs préférés vous diront aussi sûrement pourquoi ils continuent à croire que Seferovic deviendra le grand buteur que la Nati attend, pourquoi le FC Sion ne perdra jamais une finale de coupe ou pourquoi le LHC ne peut que finir champion au printemps prochain. Peut-être même qu’un ancien rédacteur en chef vous expliquera comment faire pour ne pas ressortir à quatre pattes de chaque soirée au Bamee ou un ancien champion olympique de tennis comment il a couché l’intégralité des athlètes présents à Barcelone en 1992.

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Avec un peu de chance vous apprendrez même pourquoi il existe encore des gens sur cette terre qui préféreront 100x un bon vieux Brentford-Derby County qu’un Classico. Vous lirez des gens qui vous raconteront que le Parc c’était mieux avant tout comme Stamford Bridge ou Malley. Qu’il fut un temps où la patinoire de Zoug s’appelait le Herti et le stade d’Arsenal Highbury, où le meilleur joueur de tennis helvétique était classé au-delà de la 50ème place à l’ATP ou encorec où le FC Bâle était en ligue B. Bref, vous vous replongerez dans vos boîtes à souvenirs et vous revivrez sans doute par l’intermédiaire de vos rédacteurs préférés de grands moments de sport.

Enfin, à Carton Rouge, c’est bien connu qu’il n’y a aucun tabou. Les rédacteurs ne vous cacheront rien. Vous pourrez même, chers lecteurs, leur poser vos questions les plus pertinentes. L’invité du numéro suivant vous sera chaque fois annoncé à la fin de l’entretien précédent et vous pourrez poser vos questions en commentant l’article en question. Et comme à Carton Rouge on n’est pas du genre à se débiner, je m’y collerai lors du prochain numéro et j’inaugurerai ainsi cette nouvelle rubrique.

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