Bienne : silence, on construit

Après quelques détours, digressions en tout genre, situés vaguement entre la nécessité de «tout couvrir» et le bavardage, voici venu le temps de vous parler de hockey, du vrai. Celui qui se joue accroché à la barre. Si 38 supporters ne pourront malheureusement plus être de la fête par pure injustice, ce n’est pas grave. Il semblerait qu’une filière touristique se soit ouverte dans le canton de Vaud et qu’il soit désormais très «tendance» d’être aperçu dans les gradins de cette patinoire au nom d’une pureté extrême : le Stade de Glace.

2008/2009 : Mise à l’enquête 

Si l’expérience de l’année précédente a montré que le cœur ne suffisait peut-être pas à gravir toutes les montagnes, cette sortie de 13 ans de purgatoire aura au moins permis de tester un grand nombre de joueurs n’ayant pas ou peu d’expérience de la grande ligue, en voyant lesquels étaient à même de tirer leur épingle du jeu. Un calcul qui peut s’avérer payant sur le long terme, lorsqu’on remarque qu’une équipe visant le titre arrivera en général à intégrer un ou deux jeunes à son effectif par saison. Mais cette année, Bienne cesse d’être son propre club ferme et collaborera plus étroitement avec Ajoie, dans la bonne humeur. Ça pour une première !
C’est donc avec un peu moins d’inconnu et un peu plus de budget que le HCB peut entamer la saison à venir. S’il n’a pas été possible de s’offrir une diva suisse qui ne chante qu’en état d’ébriété ou de se risquer à une trouvaille d’outre-Atlantique, le recrutement des étrangers a été d’un heureux opportunisme, teinté d’un zeste de risque. Et pour orchestrer le nouveau cadre, il ne fait nul doute que le retour du dernier entraîneur à avoir fait gagner le titre de champion de Suisse à une équipe romande permettra d’exploiter le potentiel du groupe au maximum. On espère que celui-ci saura trouver un meilleur équilibre entre système de jeu et épanouissement des individualités que son prédécesseur. Il faut aussi dire que «Chemical Sean», «Jiri the Fan» et «Ricky Meulefarb», entre autres, s’en sont allés rejoindre leur troupe de la Caravane de l’Etrange, qu’ils n’auraient jamais dû quitter.


«Je vous hypnotise et après je peux aussi jouer au hockey»

Colmater quelques brèches

Si le titre peut prêter à confusion et laisser penser que nous avons prévu de lancer une polémique au sujet de ces trous faits à la scie sauteuse dans certains murs du Stade de Glace et par lesquels s’engouffrent toutes sortes de courants, d’odeurs et de lumières, mille excuses. Bien que ce sujet peut paraître porteur, nous l’omettrons puisque Bienne pourra bientôt (on parle de 2016) disposer d’une patinoire moderne sans devoir la partager avec des colocataires aussi douteux que Beyoncé ou Kador du Valon. Alors non, notre dessein (pas très intelligent, certes) était plutôt de passer en revue les différents travers dans lesquels les poulains d’Heinz Ehlers tombaient l’année précédente.
Avoir un avantage de deux buts à 5 minutes du terme ? Rien n’était fait pour Bienne qui, pour tenir le score, allait devoir aligner les mêmes joueurs qui avaient produit l’effort offensif. Or cette année, une véritable checking line devrait s’articuler autour de Brown. Pas un luxe pour immobiliser/stabiliser le tableau d’affichage, à condition, bien entendu, que quelqu’un du staff technique se soit dévoué entretemps pour le réparer.
On s’en souvient aussi, l’année précédente, Bienne avançait de bon cœur dans sa saison, mais son efficacité à un homme de plus sur la patinoire était largement la plus faible de la ligue. Cette lacune du jeu allait bientôt contribuer à la lente descente aux enfers qui amena l’équipe à une altitude de quelque 20 mètres supérieure au fond du lac de Bienne.


L’arche de Noé qui ne pourra malheureusement
contenir qu’un hooligan mâle et qu’un hooligan femelle

On peine aussi à effacer de nos mémoires les «artificiers» placés à la ligne bleue qui dirigeaient des fusées sur la cage adverse. Matériel pyrotechnique qu’ils avaient dû acheter à bon prix pour la fête nationale dans une grande surface, tant cela semblait risquer de leur «péter à la gueule» ou rappelait vicieusement à certains spectateurs le prix de leur abonnement. Cette année, l’ô combien talentueux et ô combien moins confirmé Philippe Seydoux et le «surconfiant en ses moyens» Adrian Trunz devraient au moins réussir à blesser les adversaires sur la trajectoire de tir, de temps en temps. Qui sait, avec un peu de chance, Rick Jackman pourrait s’essayer à l’exercice, permettant à certains sceptiques – qui ont certainement des problèmes de boissons bien plus graves que toutes les crasseries que l’on a pu lire à son sujet – de comprendre pourquoi Dallas l’a choisi en 7e position du repêchage de la LNH. Bordeleau, quant à lui, en plus de pouvoir jouer à la pointe, devrait permettre d’ajouter cette petite dose de réalisme qui fait parfois défaut aux Biennois. Car un peu de réalisme, sans espérer un retour en vogue d’Émile Zola au sein des plus besogneux supporters seelandais, c’est une nécessité.

Chantier préparatoire

Après avoir payé le tarif forfaitaire contre Kloten, l’édition actuelle du EHCB a démontré que son jeu reposait sur un système la dispensant assez bien des grandes phases de panique et des cafouillages qui donnent des buts laids à l’adversaire ou qui font se retrouver à court d’hommes. Ce n’est pas à sous-estimer si l’on considère que la force de Bienne sera plus de disposer une grande profondeur de joueurs de 3e et 4e trios que d’avoir un contingent truffé d’individualités, qui pourront se battre pour faire la différence à un septième match de finale. Et Bienne ne pourra plus vraiment jouer sur l’effet de surprise et plus du tout sur l’euphorie de la promotion, comme ce fut le cas en début d’exercice précédent. Le premier tour de cette année devra être axé sur la création d’automatismes et sur une remise continuelle de l’ouvrage sur le métier.
L’esprit de compétition, la fidélité au Seeland et la maîtrise des moments clés de Rico Fata devraient être toujours aussi appréciables, de même que l’efficace discrétion d’Emanuel Peter. Si Thomas Nüssli s’est montré décevant durant les matches de préparation, celui-ci devrait avoir moins de responsabilités sur les épaules et devrait pouvoir éviter de finir la saison sur les rotules. Mais aimera-t-il se retrouver dans un rôle un peu plus effacé et PASSER la rondelle ? Truttmann ne semble pas vraiment trouver sa place. C’est d’ailleurs à se demander si ses bonnes saisons à l’étage d’en dessous ne lui ont pas un peu coupé l’envie de travailler et que son gabarit modeste n’a pas fini d’être pris à défaut. L’heureuse surprise vient de Beccarelli très en verve et buteur à quelques occasions durant les rencontres préparatoires.
Des jeunes pourraient aussi éclore cette saison. Quelle belle déclaration teintée d’optimisme ! Mais prenons Loetscher. Un ailier droit naturel, ça ne court pas les rues (ça, le marketing du club l’a bien compris). S’il améliore son patinage et que Fata lui donne certains conseils pour ses entrées de zone, il pourrait prendre une place indiscutable sur une ligne offensive. En défense, les Gossweiler, Schneeberger et Kparghai ont une année de plus. C’est un bon point puisque Steinegger et Meier aussi. Zigerli, quant à lui, manque encore de robustesse et d’expérience pour pouvoir prétendre à de grosses responsabilités. Mais il pourrait obtenir cette année l’occasion d’ajuster son jeu à la LNA en évoluant sur un quatrième trio. Les mercenaires ont l’air de prendre plaisir à beaucoup communiquer avec les jeunes. C’est à la fois normal en match de préparation, mais c’est aussi de bon augure. On a déjà vu qu’un défenseur dans la force de l’âge et complet pouvait être un excellent enseignant à Fribourg. Quant à Brown, son sens du placement suffit à empêcher tout développement de jeu adverse durant une présence entière. Un joueur qui se couche devant les tirs durant un match de préparation est une sorte de leader qui n’a pas besoin de faire preuve d’une grande éloquence pour prêcher la bonne parole aux plus jeunes.

Conditions d’étanchéité

Si Bienne s’est renforcé à l’entre-saison, les autres équipes ont aussi retrouvé des joueurs laissés sur la touche par des blessures, revenus de l’étranger ou donné la place à une relève prometteuse. Cela nous laisse penser que l’on pourra donc espérer un moins grand nombre de matches à sens unique. Mais si le EHCB entend jouer les trouble-fêtes, il faudra que Rick Jackman relance sa carrière en assurant pleinement son rôle de quart arrière ; que Thomas Nüssli ait fait une blague au sujet de son état de forme et que Reto Berra gagne en stabilité dans ses performances, pour son engagement dans le jeu, Caminada devrait être une bonne source d’inspiration. Le retour de Stephan et Manzato a certes fait baisser la valeur de son acquisition… mais on est toujours plus malin après coup et un retour d’Amérique, c’est comme y partir : peu de certitudes. Toujours attendus en dessous ou très près de la barre, le capitaine Tschantré et ses moussaillons devront accepter leur place et prendre goût à la victoire. Sans quoi, les changements apportés ne pourraient être que de l’esbroufe, visant à soigner la différence de but franchement catastrophique de l’année précédente.


Si Jackman raffole de ces babioles kitches, pas de problème :
il en trouvera plein d’autres à la brocante proche de la patinoire.

Worst Case Analysis

Imaginer le pire, c’est un bon moyen de se faire mousser ou de se donner une existence un tant soit peu spirituelle, notamment si vous êtes journaliste au Matin. Certes, mais pour éviter de se retrouver devant des situations qui dépassent l’entendement, il est parfois nécessaire de se projeter dans un futur volontairement pessimiste. Voici donc une liste d’événements qui pourrait donner de vifs espoirs à certains Vaudois du bas et Neuchâtelois du haut.
– Sébastien Bordeleau se blesse en jouant avec l’équipe de France ;
– Rick Jackman se plaît tellement à Bienne qu’il s’engage à corps perdu pour la cause du Trip Huus, un espace à vocation autonomiste qu’il décide de réoccuper, avec ses chiens fraîchement recueillis.
– Philippe Seydoux est victime de son succès auprès de la gent féminine. Un groupe d’adolescentes en rupture sociale le kidnappent en pensant pouvoir demander un sacré magot pour «le chanteur de Tokyo Hotel».
– Mathieu Tschantré se fait agresser par un fan suffisamment ivre pour l’avoir confondu avec Christian Dubé.
– Dominique Antenen, speaker, star de la télé locale et parfait bilingue (il parle deux langues avec l’accent de l’autre), reçoit une autorisation spéciale pour tourner son émission sur la glace durant un match contre le SCB.
– Un artiste contemporain décide d’incruster des pièces de monnaie sur la surface de glace. Voir les patineurs se casser la gueule et se tordre les genoux serait un moyen de faire réfléchir le public sur la société. Des joueurs, pas avertis de la démarche artistique, patinent sur cet éminent esprit critique lorsqu’ils le croisent en ville.
– Les Biennois se prennent de passion pour le dressage de chiens de berger et décident, par referendum populaire, de transformer la future patinoire en centre mondial dédié à cette discipline.
– Le plafond du Stade de Glace ne résiste pas au poids de l’isolation naturelle (un mélange de neige mouillée et de feuilles mortes) et s’effondre pendant un entraînement des protégées de Nathalie Krieg. Le club est contraint d’aller jouer ses rencontres à domicile sur la glace naturelle de Reuchenette.
– Martin Steinegger, dépité qu’après un cumul de 26 heures passées en prison, personne n’aie pensé à lui installer le câble sent l’arthrose gagner son corps. Il décide de s’inspirer du brio d’un personnage historique (si, même que c’est M6 qui le dit !) qui s’était tatoué sur le corps le plan d’une prison pour s’en évader. Hélas, dans une scène aussi grotesque que pathétique, il s’étrangle en tentant de lire les rustiques indications présentes sur son dos et achève ainsi une brillante carrière d’artiste du corps.
– Kevin Schläpfer, avec le souci d’améliorer quelques détails, part à la recherche d’un étranger à la mi-saison. Un informateur très proche du club lui conseille un Canado-Suisse évoluant dans les rangs d’Ajoie.
– Jörg Reber, un type qui connaît bien le club et privé de glace à l’Ilfis, revient à Bienne son appendice entre les cuisseaux, le Hockeygott se montrant incapable de résister à son regard de cocker battu façon pinata.


Le techniquement très équipé Reber de retour au
Stade de Glace ? Ça tombe bien, il fallait peller le toit.

– Thomas Nüssli et Rüfen8 reprennent les choses là où ils les ont laissées le lundi de Pâques au premier choc entre Zoug et Bienne. Tous deux sont suspendus à vie pour avoir tenté de s’égorger l’un l’autre au milieu de la glace avec leurs patins avant même le début du match. Corolaire (et non jugulaire) positif : le doute de la question 10 sur Zug pourrait laisser place à une belle suture !
– Dernier match de la saison : victoire essentielle de Bienne pour rejoindre les play-offs qui mène d’un but à trente secondes de la fin de la rencontre. L’arbitre siffle un surnombre. Kent Ruhnke prend son temps mort et pour motiver ses troupes infériorisées par le nombre, cite Darwin.

Écrit par Jean-Boris Cochet-Lamouche et Jean-Philippe Ritz

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7 Commentaires

  1. Dis donc, les deux rédacteurs, votre but avec cet article est de figurer au prochain Guiness Book des Records dans la catégorie : « Article-le-plus-long-de-l’histoire-du-site-suisse-de-sports-Carton-Rouge.ch-dans-la-sous-catégorie-hockey-sur-glace-présentation-d’une-saison-2009-2010-qui-s’annonce-longue, mais-longue, mais longue-pour-tous-ceux-qui-ne-s’intéressent-pas-à-ce-sport »

    Ou bien ?

    Y-a des courageux qu’ont lu tout l’article ?
    Allez, dénoncez-vous 😉

  2. Assez d’accord avec toi Ch.Logoz, et ceci malgré que je pense aimer le hockey plus que toi, mais alors là  » cocher la mouche et j’enfile-ip royal plaza « , vous pouvez vous recycler comme vendeurs de vallium, car je me suis endormi au beau milieu de l’article, et désolé mais ce n’est pas tellement une tartine type carton de rouge…

  3. Quel plaisir de retrouver ce cher Chrimani sur notre site favori ! Ou étais-tu donc passé ces derniers mois ?

    En tout cas, n’hésite pas à nous raconter à nouveau si bien les derbys de 5ème ligue du Gros-de-Vaud et alentours, ce sera un plaisir de te lire…jusqu’au bout ! 😉

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