Vous êtes supporter du LHC, de Genève-Servette, du Eh Ha Tsé Biou, voire même du SCB et vous avez envie de vous faire un dernier petit plaisir glacé avant la fin des vacances ? Vous aviez par ailleurs adoré la première saison de Sunderland ‘Til I Die en son temps ? Vous êtes certain que le fait que les termes « fiasco », « flop » et « Fribourg » commencent par la même lettre n’est pas qu’une heureuse coïncidence ? On a ce qu’il vous faut: il dure 66 minutes, il passe en boucle 19 fois par jour sur les ondes de La Télé depuis le 23 août au soir et il offre la garantie de déclencher des accès d’hilarité incontrôlée chez tout fan romand ou bernois de hockey sur glace dont l’animal-totem n’est pas une créature ailée munie d’écailles au souffle hautement inflammable. On a bien sûr nommé le documentaire consacré au titre au long parcours en playoffs au départ précipité en vacances de Fribourg-Gottéron lors des séries finales 2024: Until the End (sic). À dévorer comme s’il s’agissait d’un sachet de noix de cajou miel-sel, ces suppôts de Satan de l’apéro.
« Faire rêver tout le canton qui attend toujours son premier titre »
Le film s’ouvre sur des images du dernier match de la saison régulière 2023/2024, un derby Fribourg-Berne remporté par les Dragons ainsi que cette phrase (un sacré spoiler des 65 minutes et de la saison 2024/2025 qui vont suivre au passage) prononcée par Marie Ceriani en direct au micro de Radio Fribourg. Bon, mais au moment de choisir les scènes marquantes qui formeront ce documentaire, on a bien dû se rendre compte qu’une défaite en demi-finale en 5 matches n’allait pas suffire à accomplir un tour d’horloge en reflets filmés. On a donc dû sortir Slava Bykov, Jakob Lüdi (qui ça ?) et Philippe Ducarroz du formol (avec une intervention du chef mat’ Olivier Sugnaux et une du président Hubert Waeber en bonus) pour nous déclamer l’histoire non abrégée du club, afin de meubler les 8 premières minutes de cette saga pas tout à fait épique. À ce stade, on avoue avoir été très déçu de ne pas assister à un caméo de René Fasel en duplex depuis son verger de Krasnodar. Tant pis.

Ah bon ?
« Les supporters se mettent à croire à un premier titre de champion suisse, un titre derrière lequel patine le club depuis plus de 40 ans »
Spoiler alert, cette phrase et ses multiples variations et autres paraphrases seront l’un des leitmotivs du documentaire. Enfin jusqu’à la défaite en demi-finale après laquelle on soutiendra mordicus que le titre n’est pas si important que ça par rapport aux émotions tout compte fait. On en profite d’ailleurs pour nous rappeler en images, juste après la partie historique susmentionnée, que… l’histoire, encore elle, avance un chouïa moins vite qu’ailleurs sur les bords de la Sarine, puisqu’on est toujours à la recherche de la première connexion internet dans ce coin reculé du pays, ce qui force les supporters locaux – qui, on vous le rappelle, se sont mis à croire à un premier… enfin bref – à faire la file (si si, une file physique sans salle d’attente virtuelle sur le site du club) pour se procurer un billet format papier pour le quart de finale face à Lugano, véritable prouesse archéologique en 2024. Cette phrase étant presque aussi longue que l’Acte II entre Fribourg et Lausanne cette année-là (patience, on y arrive), on se permet de placer un retour à la ligne histoire (décidément !) de reprendre notre souffle.
« S’amuser »
« On sent que les années comme celle-là à Fribourg c’est pas toutes les saisons. On a eu une saison régulière assez incroyable. On a un groupe qui est soudé, on a un groupe qui vit super bien, on a une super bonne ambiance, tout un peuple fribourgeois, tout un canton qui nous pousse, qui est derrière nous, qui y croit. […] Tous ces éléments font que si t’as envie de gagner, je pense que c’est celle-là, c’est clair. » Bon. On sait tous que le temps des playoffs est surtout celui des clichés éculés et des phrases aussi vides de sens qu’une décision du directoire de l’AC Milan depuis le rachat par Red Bird, mais vous auriez réussi à deviner que cette sortie de Julien Sprunger datait de 2024 et pas de, au hasard, n’importe quelle autre saison depuis la montée en LNA en 1980, vous ?
En parlant de poncifs sans cesse rabâchés, il a quand même fallu attendre presque 20 minutes d’un reportage à la subjectivité assumée consacré à Gottéron pour enfin entendre parler de son fameux public aussi nombreux que bruyant, en un mot comme en cent i-ni-mi-ta-ble (notamment lorsque Fribourg mène largement au score, mais chut). Pour ce faire, on va jusqu’à convoquer Pierre-Alain Morard, directeur de l’Union fribourgeoise du tourisme (et donc parfaitement objectif sur le sujet) et surtout ancien acolyte du regretté PAD à l’antenne de la RTS lors des week-ends de feu la Coupe Davis (bon OK, ça c’est une vraie preuve qu’il s’y connaît en ambiances de folie). Même DiDo y va de son couplet pro-BCF Arena (qui lui permet surtout de tirer à balles réelles dans la direction générale de son ex-employeur bernois). Bref, on y croirait presque si on n’était pas quasi certain que ce bon vieux Chris a déjà répété le même refrain soigneusement rôdé du côté de la Léventine, où tombe désormais son salaire. Et probablement aussi la neige comme on est déjà en septembre.
Retour aux choses sérieuses: « Quel est l’objectif ? » demande-t-on aux joueurs et au staff. Tout le monde, de Diaz à Sörensen et Berra en passant par Streule, l’aiguiseur de patins, le débiteur de citrons Weight Watchers et le chauffeur suppléant de la Zamboni, répond (évidemment) qu’il s’agit de gagner / de remporter le titre. Tout le monde ? Non. Un coach québécois résiste encore et toujours à cet horrible envahisseur qu’est l’ambition et préfère répondre: « s’amuser ». Spoiler alert (encore): ce but, contrairement aux autres, a au moins eu le mérite d’être atteint dans les grandes largeurs.

Quand ton coach respire la joie de vivre à ce point, comment ne pas mourir sur la glace pour lui ?
Rendons toutefois à la production ce qui lui appartient: outre quelques sorties aussi lunaires que désopilantes, Until the End a le grand mérite de démontrer de manière aussi implacable que la mort, les impôts et un pétage de plombs de Medvedev à New York que le licenciement de Christian Dubé qui a suivi cette saison (presque) passée à la postérité ne venait probablement pas totalement de nulle part.
Triste clown
Andreï Bykov expliquera de manière sibylline plus tard sur le plateau de La Télé que l’idée venait du « coaching staff », mais on se demande si ce n’est pas Dubé lui-même qui est à l’origine de ce qui restera le clou(n) de cette heure et 6 minutes de fou rire presque ininterrompu. Si vous suivez la NHL, vous avez certainement déjà vu de multiples manières plus ou moins imaginatives de symboliser une victoire sur le chemin du titre lors des séries finales. Euh… en fait non, c’est plus ou moins toujours la même chose: des pucks plantés un par un dans un logo des playoffs ou de la Coupe Stanley (même s’il y a moyen d’y ajouter un casque de pompier à Calgary ou un chapeau de cowboy à Dallas par exemple).

Un peu comme Parmelin et KKS à Washington, on avoue humblement qu’on n’était pas prêt.
Eh bien à Fribourg, on a décidé de s’affranchir de toute tradition en mettant en scène l’assassinat sauvage d’un ballon de baudruche sans défense frappé du logo du club adverse sous les yeux d’un personnage à mi-chemin entre le It de Stephen King et le Joker version Joaquin Phoenix. Le fait que l’objet visiblement contondant servant à ouvrir le ventre de la bête semble tout à fait inefficace et force son dépositaire à s’acharner sur sa proie comme s’il s’agissait d’un club de foot français dans la ligne de mire de Véronique Rabiot nous aide à atteindre le comble du ridicule en un temps record.

Voici le SOS d’un Terrien en détresse.
Au nom de la Rose
Malgré tout le respect que l’on doit à ce brave Jacob, c’est évidemment pour Bykov, futur retraité, qu’on se bat en cette post-season 2024 du côté de Saint-Léonard. On arrive à la demi-heure de visionnage quand soudain on se souvient que si on veut garder Until the End comme titre de travail malgré la chute (absolument imprévisible on vous le rappelle, puisque c’était L’Année Ou Jamais Pour Gottéron), il va falloir changer l’angle narratif. C’est donc Andreï qui nous raconte comment il a pris la décision de raccrocher comment son club de toujours l’a jeté comme une vieille crosse usagée. Là, on avoue, les téléspectateurs non avertis risquaient de ne pas bien capter la portée du moment. Il était donc absolument nécessaire de superposer une piste de… violon (oui oui, littéralement du violon, le pathos est à ce prix) aux paroles du numéro 89 fribourgeois sous peine de risquer de confondre cette confession avec une scène d’euphorie pure (oui, ne vous inquiétez pas, on parle bientôt de la série contre Lausanne). Blague à part, le fils de Slava n’a pas sauvé que le titre du film puisqu’il en est de très loin le personnage le plus attachant. Et on est presque sûr que ça aurait aussi marché sans violon.
« Cette année on sent vraiment qu’il y a quelque chose de spécial à Fribourg »
On le saura. Ce qu’on ne saura pas, c’est pourquoi Miguel Piccand, présenté comme « consultant hockey », est le seul intervenant qui semble lire un téléprompteur au moment d’analyser les performances fribourgeoises face caméra sur un ton qui rappelle jusqu’à la caricature les voix off chères aux documentaires du siècle dernier. Bref, « Fribourg ne va affronter ni Zoug ni Zurich en demi-finale, ce sera le Lausanne Hockey Club ». Facile donc. D’autant que, on le sent, cette année c’est la bonne (on vous l’avait déjà dit ?).

107 minutes de jeu plus tard, ça s’est passé exactement comme ça. Enfin presque. Ils sont rentrés, c’est déjà ça.
On vous passe les détails du speech de Dubé qui traite ses joueurs de dégonflés (contrairement à la baudruche LHC numéro 2 qui finira par survivre à la série entière), une accusation qui sort quand même un peu de nulle part à 0h43 après avoir joué quasiment 6 tiers-temps, pour finir par les menacer de les envoyer en tribune lors de l’Acte III. Un meneur d’hommes, un vrai. Franchement, il a le leadership qui suinte par tous les pores notre futur ex-coach et cette fois on n’a vraiment pas besoin d’un petit air de violon mélancolique pour comprendre immédiatement que la série est d’ores et déjà terminée, même si d’aventure on s’était trouvé en villégiature sur Callisto pendant tout le printemps 2024. S’il y avait encore l’ombre d’un doute, les fluctuations dramatiques dans le volume de la voix du technicien canadien entre le début et la fin du troisième duel (a-t-on déjà entendu pareil découragement émaner des cordes vocales d’un entraîneur professionnel ?) suffisent à définitivement nous convaincre.

L’histoire ne dit pas ce que sont devenus nos espèces de Kinder Surprise gonflables.
Allez, on laisse la dernière punchline à Slava Bykov, qui a loupé les JO de Sotchi et les 30 derniers Tours de France: « Dans le sport, tu peux pas tricher, c’est le meilleur qui gagne. »

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