Alors, on n’attend pas Patrick ?

Nous y voilà, les Mondiaux de hockey sur glace 2026 sont finis depuis déjà deux mois. Dommage, diront certains. « Je m’en tape de tes Mondiaux », diront d’autres. Peut-on quand même parler de Mondiaux réussis malgré la finale ratée côté suisse ? Oh oui, je crois qu’on peut se le permettre. Que ce soit à Fribourg ou à Zurich, l’organisation de l’événement était au top. Les arènes pleines à craquer, une ambiance électrique, des bénévoles souriants (même s’ils n’avaient pas le choix de paraître heureux) et une logistique impeccable. Les JO de Milan-Cortina 2026, pour ce qui est du hockey, paraissent bien fades à côté de l’organisation helvétique. Bon, en même temps, quand vous ne vendez que des coronas dégueulasses et uniquement pendant la durée des matchs, ce n’est pas très difficile de faire mieux.

Et l’équipe de Suisse ? Bordel, que c’était beau à voir ! Une équipe soudée comme jamais, un King Josi donnant tout ce qu’il avait pour ses coéquipiers, des fans en nombre chantant à tue-tête le désormais beaucoup trop vieux Richi (mon allemand en sueur). Des gardiens au sommet de leur forme et enfin Saint Jan Cadieux prouvant qu’il est largement à la hauteur des défis qui s’offriront à lui. Je sais, je m’inspire de manière un peu trop évidente de l’idée des Fribourgeois d’appeler leur capitaine Saint Julien Sprunger, mais je fais ce que je veux.

Oui, je sais, nous savons : c’est horrible de voir la Nati perdre encore une finale, et en plus en prolongation en 3 contre 3. Comme l’a si bien dit Monsieur Bertschy en interview d’après-match : « Ça fait chier ! » Mais ma douleur étant encore trop grande, je ne veux pas parler de cette finale dans cet article. Non, je veux parler de ce qui s’est passé avant ces Mondiaux : le licenciement du désormais ancien entraîneur de la Nati, Monseigneur Patrick Fischer.

Cela a-t-il impacté le résultat de la finale ? Je m’en fous, j’ai dit que je ne voulais pas en parler, rooo (j’en parle après quand même). Le moment pour en parler est bien choisi, je trouve. Ce n’est pas comme s’il y avait des Mondiaux de foot en ce moment qui nous volent la vedette.

Beaucoup de fans sont unanimes : Patrick Pêcheur (oui je suis mort de rire), dit amicalement Fischi avant de se faire virer, aurait dû pouvoir participer à ses derniers Mondiaux à domicile. En effet, le désormais ancien grand prophète de la Nati s’est fait licencier le mercredi 15 avril 2026, soit un mois tout pile avant le début de la compétition qu’il avait contribué à organiser.

Keskicépassé ?

Vous vous rappelez du Covid ? Cette période bénie des Dieux où le simple fait de mettre votre masque à la con qui traînait depuis trop longtemps dans votre poche sous votre nez vous valait de vous faire traiter de tous les noms d’oiseaux possibles par certaines personnes, juste avant leur pause clope et leur repas équilibré au McDo du Flon, bien entendu. Eh bien, c’est durant cette période que Saint Patrick Fischer a merdé.

Merdé ? Oui, car durant les JO de Pékin en 2022, il a admis avoir utilisé un faux certificat de vaccination Covid acheté en Bitcoin sur Telegram pour pouvoir y participer avec l’équipe. La Chine imposait à l’époque des règles sanitaires extrêmement strictes, avec quarantaines obligatoires et contrôles drastiques. Ce choix lui a valu, en 2023, d’être condamné à titre personnel à une amende conséquente d’environ 40’000 francs suisses pour falsification de document. Mais cette histoire, le grand public ne la connaissait pas jusqu’à mi-avril 2026. Et d’ailleurs, je pense que beaucoup auraient aimé qu’elle ne sorte jamais, vu tout le bruit qu’elle a fait en Suisse. Je tiens tout de même à rappeler que le scandale Fischer a probablement été plus « étudié » dans nos médias qu’un certain dossier Epstein. C’est bizarre, non ? Mince, attendez, je dois vous laisser, je crois que le Mossad vient de sonner à ma porte.

C’est cette médiatisation massive, conjuguée à la pression exercée par certains hauts cadres du sport suisse et de la fédération internationale (IIHF), qui a valu à Monsieur Fischer d’être remercié (comme dirait si bien votre RH) juste avant les Mondiaux à domicile.

Le parcours exceptionnel de Fischer

Pour bien comprendre l’impact de ce licenciement, il faut remettre les choses en perspective. Patrick Fischer, né le 6 septembre 1975, n’est pas n’importe qui. Ancien joueur professionnel, il a connu une belle carrière en National League avant de se reconvertir comme entraîneur. Il a pris les rênes de la Nati en décembre 2015. À l’époque, la Suisse était une équipe respectable mais pas encore une puissante nation de hockey. En dix ans, il a transformé l’équipe en une machine de guerre : passage de la 8e à la 2e place au classement IIHF mondial, trois médailles d’argent aux mondiaux (2018, 2024, 2025) et une culture de jeu moderne, physique et collective.

Sous sa direction, des talents comme Roman Josi, Nino Niederreiter, Kevin Fiala ou encore les jeunes pousses ont explosé. Il a aussi su créer une véritable identité suisse : combative, solidaire et capable de rivaliser avec les grandes nations comme le Canada, les États-Unis, la Suède ou la Finlande, enfin pas tout le temps.

Les deux erreurs de Fischer

Patrick Pêcheur (à ne pas confondre avec le célèbre martin-pêcheur – photo explicative ci-dessous) aurait eu la possibilité d’effectuer une quarantaine à son arrivée en Chine et se serait donc vu octroyer le droit de participer aux JO avec son équipe. D’ailleurs, durant les Jeux, plusieurs athlètes non vaccinés ont été mis en quarantaine et ont pu quand même concourir. Ce choix isolé lui a coûté cher.

Patrick pêcheur à la droite de son acolyte le martin Fischer

L’affaire des « Patrick Papers » a été dévoilée au grand public par un journaliste de la SRF mi-avril 2026. En effet, Patoche, lors d’un dîner avec ce fameux journaliste, a parlé « off the record selon lui » de sa petite magouille lors des JO. Bien mal lui en a pris, car dès que son très cher ami de la SRF en a eu l’occasion, il en a profité pour tout dévoiler. Le off the record est un élément central de cette histoire. Fischi a-t-il assez insisté sur cette phrase magique ou avait-il trop bu à ce moment-là et complètement oublié qu’il était en face de quelqu’un travaillant pour une institution qui bande comme un ours (Kessler) en rut dès qu’elle peut sortir une affaire polémique ? Patrick est récemment revenu sur cette histoire dans le journal Blick, tentant de s’expliquer une nouvelle fois : https://www.blick.ch/fr/sport/hockey/hockey-patrick-fischer-sort-du-licence-id22014171.html

L’erreur de la fédération de hockey

Le 13 avril 2026, une vidéo est publiée via les différents canaux officiels de la fédération. On y voit Fischi expliquer ce qu’il s’est passé en 2022 et s’en excuser publiquement. Beaucoup y ont vu un signe de soutien clair. Mais que pouic : deux jours plus tard, le 15 avril, nous apprenions par le désormais ancien président Urs Kessler (plus d’inquiétude, Lüthi a repris le poste, tout va très bien se passer dorénavant) que le coach est licencié avec effet immédiat. Ouille ouille ouille, qu’est-ce que j’ai mal aux…

Cette décision a créé un véritable choc dans le milieu du hockey suisse. Une partie des fans et des observateurs y ont vu une forme d’ingratitude après dix années de bons et loyaux services.

Conséquences sur les Mondiaux 2026

Soyons très clairs : sur le championnat en lui-même, le licenciement de Fischi n’a, je pense, pas influé négativement sur les résultats de l’équipe nationale. Malgré quelques doutes au début et une lettre extrêmement polie de la part de King Josi concernant ce choix, Jan Cadieux a réussi à motiver et à entraîner ses joueurs. La Suisse a réalisé un excellent tournoi à domicile, atteignant la finale pour la première fois depuis… Bah les derniers championnats du monde en fait.

Mais cela, et ils le savent très bien, est beaucoup dû (sans enlever de talent à Cadieux) au travail de fond réalisé par Fischer durant ces 10 années. Il avait posé les bases tactiques, la mentalité et le recrutement. Dix ans, c’est long, très long (aucune blague douteuse sur long très long sera rajoutée à cet article). Rappelons que sur ces 10 années, il a non seulement fait passer l’équipe de la 8e à la 2e place mondiale, mais il a aussi contribué à populariser le hockey en Suisse romande et alémanique.

Le symbole Fischer

Au-delà des résultats sportifs, Patrick Fischer restera comme un coach authentique, parfois brut de décoffrage, qui n’hésitait pas à dire ce qu’il pensait. Son franc-parler lui a valu des ennemis, mais aussi un immense respect chez les joueurs et une partie du public de la complosphère apparemment. Son licenciement a divisé la communauté hockeyistique suisse : d’un côté ceux qui estiment que l’image de la fédération prime, de l’autre ceux qui trouvent que dix années de succès méritaient mieux qu’une éviction franchement dégueulasse à un mois d’un événement important pour le pays.

Avis de recherche

J’en profite pour vous alarmer sur le fait que Jesse Puljujärvi aurait perdu sa médaille d’or lors d’une bringue un peu trop arrosée. Si vous la retrouvez, il est important que vous la conduisiez à Nashville pour la donner à son véritable propriétaire, King Josi, puis que vous donniez cette info aux GSHC, un peu trop enthousiastes à la victoire des Finlandais.

Merci Patrick

10 ans de succès, de doutes, de joies et de moments forts. Ton authenticité et ton petit côté trop vrai nous ont énervés ou émoustillés à la fois. Que tu sois sur le banc ou non, tu resteras à jamais dans nos cœurs de petits fans de hockey. La Nati te doit beaucoup, et le hockey suisse aussi. Bonne continuation, Fischi. On n’attend pas Patrick… mais on ne t’oubliera pas non plus. Ha ! Et petit conseil, ne refuse pas trop de contrats chez les Tchèques ou tu risques de devoir retourner chez les Bernois.

A propos Jeremy Develey 2 Articles
Épicurien à ne surtout pas prendre au sérieux

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