Eh bien non, c’est Carton-Rouge.ch qui rame pour le coup, puisqu’on a pratiquement 3 ans de retard pour parler du phénomène. Non non, le barbu sur la photo n’est pas Michel Corne, c’est Louis Rame. Non pardon, c’est Louis Margot qui rame. Là-dessus aussi on est un peu à la bourre, mais on y reviendra. En tout tout cas, c’est le même genre de secoué que son aîné sud-africano-suisse ou peut-être helvético-sud-africain.
Le pourquoi …
Vous allez vous le demander tout suite, mais la raison de cet article, la voici : Louis Margot est parti il y a pratiquement 3 ans de Colombier-sur-Morges, le 3 septembre 2023, pour un tour du monde à la force humaine. Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien en une phrase, le Monsieur fait le tour du monde à la force de ses (pas si gros) muscles, à vélo quand c’est vert ou brun sur votre mappemonde et à la rame quand c’est bleu. Sur la question des muscles, on serait en droit de s’attendre à un titan qui déchire ses t-shirts après 3 ans de rameur et de home-trainer, non ? Que nenni, Louis a un physique tout à fait respectable et sans doute très affuté, certes, mais résolument normal. Morale de l’histoire, oubliez ces engins au fitness si vous voulez être taillé en V et allez pousser de la fonte. Voilà, vous pouvez maintenant prendre le temps nécessaire pour vous poser la fameuse question du pourquoi faire une chose pareille ?
Eh bien, Louis seul peut y répondre … Mais il est certainement dans une zone sans 5G, donc on a pas pris la peine de lui demander. La raison évoquée durant les recherches est la suivante : pour battre le record du tour du monde à la force humaine. Le plus inquiétant là-dedans est donc qu’il y a au moins un autre ravagé qui a déjà tenté (et réussi) cette folie. Pour tout vous dire, il y en a même 4 autres.
Le premier à avoir réalisé un tour du monde sans l’assistance d’un moteur ou du vent est Jason Lewis, qui a parcouru le globe entre 1994 et … 2007 (parfois accompagné de son ami Stevie Smith). Pendant 13 ans, il a marché, fait du vélo et du roller à travers les continents. Pour ce qui est de la partie aquatique, il a nagé, utilisé un kayak et un bateau à rames et préparez-vous à saigner des yeux. Il a traversé les océans en PÉDALO ! Déjà que quand on en loue un sur le Léman, on se fait royalement chier et on se dit que la demi-heure aurait suffi au lieu de l’heure complète. Sans compter qu’on a oublié le tube de crème solaire dans la voiture sur le parking de la Place du Marché à Vevey et qu’on va ressembler à un schüblig grillé en allant au boulot lundi matin.
Il y a aussi Colin Angus et Julie Wafaei qui ont réussi ensemble un tour du monde à la force humaine, mais alors eux, ils ont quand même fait fort ! Deux ans à pédaler, courir, ramer et même skier. Tout ça pour que leurs efforts ne soient même pas validés par Guinness des records parce qu’ils n’étaient pas passés par deux points antipodes (complètement opposés sur la Terre pour les illettrés).
Le dernier, Erden Eruç, un Américano-Turc, Turco-Américain ou États-uno-Turc (on ne sait jamais comment écrire ces Turcs) a réussi l’énorme défi, validé par le Guinness cette fois-ci, en 5 ans 11 jours. En même temps le mec a eu le temps de vérifier les règles du célèbre livre des records, il a mis plus d’un lustre pour faire le tour du monde.
Human Impulse
C’est donc le nom du projet de Louis Margot. Aurait -il été utile de le préciser plus tôt ? Peut-être, mais ici on s’embête pas à faire des récits linéaires. Et puis vous croyez que ça allait tout droit quand Louis pagayait sur le Pacifique ? Louis Margot, c’est un un peu le Joey Chestnut de l’aviron (et du vélo). Quand on dit à Chestnut d’aller manger son hot-dog à la cantine de l’entreprise à midi, il en fait son métier et en enfourne 76 en 10 minutes. Louis c’est pareil, on lui dit d’aller faire une sortie à vélo pour se dégourdir les guibolles, il fait Colombier-Sur-Morges – Portimao. Et paf, 2424 kilomètres.
Déjà que c’est complètement con de faire 200 bornes par jour pendant 3 semaines sur les grands tours cyclistes, 2424 km comme échauffement, ça dépasse les bornes des limites. En parlant de bornes et de limites d’ailleurs, le mec vient du bon patelin puisque selon un article de la revue de Ethniques, surnoms et sobriquets des villes et villages en Suisse romande, Haute-Savoie et alentour, dans la vallée d’Aoste et au Tessin de 1990 écrit par Paul Fehlmann, le surnom des habitants de Colombier-sur-Morges serait « lè Rondze-Bouène » ; traduit : ceux qui rongent les bornes et détruisent les limites en patois vaudois. Oui, c’était rigolo de mettre tout le titre de la revue, qui fait 7 bornes de long et vous pouvez consulter le trajet de Louis en détail ici.
Oui, 2424 km d’échauffement parce que pour la deuxième étape, il s’agissait de ramer de Portimao à Santa Marta, en Colombie donc. 8332 km. Bon et puis parce que la rame ça fatigue les bras, on enchaîne sur 4030 km à vélo entre Santa Marta au Nord de la Colombie et Lima, la capitale du Pérou. Et les plus forts en géographie l’ont vu venir, c’est maintenant qu’on se met un grand coup de paume sur le front, il est temps reprendre les rames et traverser le Pacifique jusqu’à Surabaya en Indonésie. 25 309 km, c’est plus de 1171 fois le trajet aller-retour que Pierre-Alain fait pour aller bosser à la vigne depuis chez lui à Chippis jusqu’à St-Léonard.
Et pourquoi disait-on dans le chapô que c’était plutôt carton-rouge.ch qui ramait plutôt que Louis Margot ? Eh bien tout simplement parce que Louis ne rame plus ! Il est arrivé à Surabaya en Indonésie le 27 mai 2026, terminant donc la partie pagaie de l’aventure. Enfin presque, parce que vous ne serez pas étonné de savoir que l’Indonésie est composée de pas moins de 17’500 îles et pas plus de 18’100 (c’est pas une science exacte). Il a donc encore traversé 2-3 gouilles depuis, mais il est désormais définitivement sur la terre ferme et sur le chemin du retour.
Techniquement, il a toujours été sur le chemin du retour puisque la terre est ronde (ou sphérique plutôt, même ellipsoïde si on veut faire les cakes), enfin, pour la plupart d’entre nous. Parlons maintenant du sujet qui fâche. L’objectif était de réussir un record en moins de trois ans et notre cher créateur de Human Impulse a donc moins d’un mois pour rallier Colombier-sur-Morges à vélo depuis la Thaïlande. Dans une époque où on n’est plus certain de le faire même en avion avec le blocus du détroit d’Ormuz et les autres activités explosives au Moyen-Orient, on peut dire sans trop s’avancer que les carottes sont cuites pour le lapin perdu en Asie du Sud-Est. Si on considère qu’il lui reste environ 13’000 km, ça implique quand même une moyenne de 590 km par jour pour arriver dans le Canton de Vaud dans les temps. Il faudra plus qu’un ou deux bidons collés par jour pour que ça passe. On laissera la FFL s’occuper du pari perdu.
Nous chez Carton-Rouge.ch, on tirera quand même notre chapeau bien bas ou notre bob Ricard au badadia (nom de son bateau à rames) de Colombier. Et puis si vous avez deux minutes, allez voir ce que ce saccagé du cigare nous réalise. Vous pouvez même le soutenir, parce que qu’aventurier, c’est comme tavernier, c’est pas une sinécure.
Crédits photographiques – Facebook Human impulse

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