Un titre qui ne Sierre à rien ?

Le mardi 7 avril 2026 restera gravé dans la mémoire de tous les Valaisans (à l’exception d’un certain village d’irréductibles Viégeois) comme le jour où le HC Sierre a remporté pour la première fois depuis 1968 la Swiss League face au HCC, six fois champion de LNA et huit fois de LNB. Il est bon de le rappeler : à La Chaux-de-Fonds, il y a au moins une chose qui fonctionne et qui ne donne pas envie d’aller voir son psy, c’est son club et son palmarès. D’ailleurs à quand une option RIP j’habite la tchaux sur le site des impôts afin de pouvoir réduire ceux-ci drastiquement ?*

Malgré cette belle victoire en finale (4-1 contre les Abeilles), le HCS n’a pas eu l’occasion de disputer les barrages de promotion-relégation contre le vaincu des play-outs de National League, le HC c’est pas l’Ajoie. Si les Ajoulots peuvent s’en réjouir (et on les comprend parfaitement), nous, spectateurs assidus de la Ligue, trouvons cela un peu dommage. Pas de belle série en perspective, peu importe le résultat, et donc un trou un peu moins profond dans le budget déjà bien malmené par l’abonnement MySports ou SkySports… ou les deux si vous avez un budget de la taille du Cervin.

Pourquoi tant de haine ?

L’infrastructure reste la principale raison de ce refus. Parmi tous les critères exigés pour obtenir la licence National League, plusieurs faisaient cruellement défaut à la patinoire de Graben. La capacité minimale demandée est de 5000 places, contre seulement 3648 actuellement (ou 4500 si on déplace quelques meubles et qu’on serre un peu les fans). Il faut également des toilettes en nombre suffisant pour évacuer les litres de bières consommées pendant le match (ne faites pas ça dans les gradins svp), des normes de sécurité ultra-strictes, des zones médias adaptées à la télévision, des locaux VIP pour les politiques voulant faire semblant d’aimer le hockey mais sans trop s’approcher des moins de 10’000 par mois, des vestiaires conformes, un système de circulation fluide et bien d’autres exigences techniques.

Le HCS a déposé une demande de licence accompagnée de plans de rénovation concrets, mais celle-ci a été refusée. La Ligue aurait-elle eu peur de travaux qui n’en finissent jamais, en Suisse ? On ne peut que spéculer. Regardez la nouvelle gare de Lausanne, je suis sûr que comme annoncé (il y’a fort longtemps) elle va être terminée en 2032, nos impôts ne sont pas utilisés à la légère je vous le rappelle.

Le budget joue aussi un rôle déterminant. Le HCS, comme le HCC, évolue avec un budget estimé entre 6 et 8 millions de francs. C’est largement insuffisant pour aligner un contingent d’étrangers de qualité en National League. Le HC ce n’est toujours pas la joie, avec ses environ 15 millions de CHF, en est la preuve vivante : même avec ce budget « modeste » pour l’élite, le club peine souvent à se maintenir. Passer de 7 à 15 millions en quelques saisons représente un saut financier énorme, presque insurmontable (comme payer vos primes d’assurance-maladie dans quelques années) sans un soutien massif des sponsors et des collectivités.

Un futur en LNA ?

Pour nos amis buveurs de Williamine, tout porte à croire que le HC Sierre peut et va monter dans les prochaines saisons. Et ce serait franchement bénéfique d’avoir enfin une équipe qui représente dignement le Valais au plus haut niveau suisse. Un club valaisan en National League, ce serait une belle histoire dans une ligue dominée par les grandes villes, à part certaines exceptions comme Ambri-Piotta bien sûr.

Mais la route est encore longue. Tout repose sur la future Valais Arena même si personnellement je trouvais que la Constantin Arena sonnait mieux… dommage ! Cette Const.. Pardon Valais Arena pourra accueillir 6500 places. Le projet est ambitieux et séduisant sur le papier, mais malheureusement, sa réalisation n’est pas attendue avant 2030, voire plus tard en cas de retards un peu trop évidents. D’ici là, les obstacles vont s’accumuler. Le HC La Chaux-de-Fonds et l’EHC Visp sont actuellement les mieux armés (et surtout ont l’autorisation) pour tenter la montée. Ils ne vont certainement pas se laisser faire et attendre gentiment qu’une autre équipe leur prenne « leur » place en barrages.

Même si le HC Ajoie est actuellement moins compétitif que plusieurs de ses concurrents directs en NL, cette situation ne devrait pas durer éternellement. L’engagement récent de Ville Peltonen comme head coach pour la saison prochaine en est la meilleure preuve. L’ancien coach de « Gauloise sans filtre Servette » a déjà démontré sa capacité à remettre une équipe sur les rails de la victoire.

Cas biennois

Pour bien comprendre pourquoi il est si difficile de monter aujourd’hui, il faut regarder les clubs qui ont réussi par le passé. Biel (et pour les Romands, c’est la même chose) en est l’exemple le plus parlant. Après une période dorée en première ligue (trois titres en 1978, 1981 et 1983), le club a été relégué en 1995. Il n’est remonté qu’en 2008, après 13 longues années de purgatoire en deuxième division.

Cette année-là, les Biennois étaient clairement supérieurs à leurs adversaires (victoire nette en barrage contre Bâle), mais ils bénéficiaient surtout d’un projet d’arène moderne : la future Tissot Arena. Bizarre, me direz-vous : la Tissot Arena n’a été inaugurée qu’en septembre 2015 ? Exactement. Cela prouve que les exigences de licence étaient plus souples à l’époque, ou du moins qu’on donnait réellement une chance à une équipe de prouver si elle pouvait jouer chez les grands messieurs. À noter que Bienne avait déjà évolué chez ces grands messieurs (ils sont tous grands l’équipe, à part Genoni) avant sa relégation, et cela a certainement joué en leur faveur.

Conclusion

En réalité, il faut bien comprendre que rien n’est aussi simple qu’on voudrait nous le faire croire (je suis un complotiste acharné dès qu’il s’agit de la Ligue). Il n’est quasiment plus envisageable pour un club de National League de descendre tant le manque à gagner financier serait monstrueux. Ce n’était déjà pas une partie de plaisir avant, mais aujourd’hui c’est encore plus vrai. La Ligue est devenue une sorte de club très fermé où l’on protège farouchement les intérêts économiques des membres.

Une des mesures qui pourrait tout relancer serait la création d’une 15e place en National League, mais cela ne semble pas du tout à l’ordre du jour. L’état de la patinoire n’est pas le seul critère exigé : toute la structure autour du club (finances solides sur plusieurs années, centre de formation, organisation, staff, etc.) est passée au microscope.

Ce sera dur, très dur. Mais pas forcément impossible. Surtout si un certain Monsieur Chris **Mc Solaar, pardon… McSorley reste aux commandes du navire sierrois. L’homme qui a fait monter Genève en 2001 connaît les rouages de ce genre d’exploit mieux que quiconque. Après tout, il l’a déjà fait une fois. Pourquoi pas une deuxième avec Sierre ? Et surtout McSoso, n’écoute pas les rageux, ne change jamais de lunettes !

* peut s’appliquer également à la ville de Bienne

** blague réservée aux plus de 30 ans

 

A propos Jeremy Develey 2 Articles
Épicurien à ne surtout pas prendre au sérieux

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