Ronaldo prend enfin Laporte

Bienvenue à Dallas* (ou Dallâsse pour les Vaudois), son million virgule trois d’habitants dont 28,1% de caucasiens (on n’est plus chez nous ma bonne dame), sa vie nocturne gay trépidante (mais que fait l’UDC locale enfin ?), son maire échangiste (on vous explique après), ses balades présidentielles en limousine littéralement mortelles, ses 28 cm de neige le 11 février 2010 et sa vie sportive absolument primesautière. En effet, 5 Super Bowls, une Coupe Stanley, un Winter Classic, un titre NBA et un autre en World Series garnissent l’armoire à trophées de la cité texane. Ah oui, et aussi deux Lamar Hunt US Open Cups, mais ça c’est du soccer masculin et tout le monde s’en branle ici. Ça tombe bien puisque c’est dans ce sport que les 80’000 sièges hors de prix du AT&T Dallas Stadium, antre des Dallas Cowboys, étaient censés se voir attribuer un postérieur pour un huitième de finale entre le Portugal et l’Espagne.

*Techniquement, le stade se situe à Arlington, à 19 miles à l’ouest du centre ville de Dallas, ce qui est aussi plus ou moins la distance entre Berne et Fribourg. On dira donc dans le plus grand des calmes que la BCF Arena se situe à Berne.

Le match en deux mots

Qualifications terminées.

Ben oui, faut pas déconner, ces Coupes du monde à 48 équipes (et 512 dans un futur proche, c’est un multiple de 16 donc pas besoin de poules) c’est pas la phase finale qui commence plus tôt, c’est juste les qualifs qui s’éternisent.

Mais non, on plaisante, un Afrique du Sud-Canada (un exemple parmi tant d’autres incluant tous les matches du Paraguay et de la Norvège) n’avait de loin pas le niveau des qualifications d’un tournoi intercontinental. Graines de Foot Juniors D à la rigueur. Et pas les qualifiés pour le tournoi final du 21 juin dernier.

Bref, quand on aime le jeu, suivre cette Coupe du Monde, c’est un peu comme s’informer sur les tenants et les aboutissants des canicules auprès de Yann Barthès et du Figaro. Même si, comme pour toute règle, il y a apparemment des exceptions.

L’homme du match

D’abord, on voulait vous parler de Diogo Costa. Le portier est – le saviez-vous – né en Suisse ! Si le hockey est votre sport de prédilection, vous pouvez remplacer « Diogo Costa » et « en Suisse » par « Yannick Weber » et « à Morges » et vous aurez une phrase absolument i-né-di-te qu’aucun commentateur n’a répétée 300 fois au cours du même match. Il faut bien avouer que c’est encore mieux que Renato Veiga qui a joué à Bâle. Bref, pourquoi Costa ? Pour son double arrêt décisif à la 16ème minute sur Lamine Yamal et Alex Baena qui aurait pu valoir de l’or pour son équipe en cas d’entrée d’un avant-centre en état de marche en lieu et place de Cristiano Ronaldo.

Ensuite, on s’est dit qu’Unai Simon et sa double parade sur João Félix et Ronaldo à la 37ème méritaient peut-être aussi quelque chose. Mais bon, « en voiture Simon », on l’a déjà faite trop de fois.

Et puis finalement, pourquoi pas Pedro Porro qui dévie la frappe terrible de Nuno Mendes sur la latte à la 41ème ? D’autant plus qu’un Porro associé à une patate, ça ne devrait surprendre personne en terres vaudoises.

Bref, tout ça c’est quand on se disait encore que cette purge allait se terminer en vieux 0-0 après 120 minutes. Mais soudain, à la 91ème minute, un homme est venu ravir tous les amateurs de métaphores filées à deux balles chez Lidl : Mikel Merino a su profiter des largesses de la défense centrale adverse, de pauvres chiens de berger sur ce coup, pour ne pas endosser le rôle de mouton noir de sa sélection et mener tout un peuple à la transhumance vers les quarts de finale. Philippe Von Burg lui-même a fini par saluer son geste dans les dernières secondes des arrêts de jeu en s’exclamant que l’Espagne « sent que l’écurie est proche ». À défaut d’être le GOAT, Merino n’est au moins pas la pire des chèvres. C’est bon, on s’arrête là, vous pouvez rouvrir les yeux.

La dinde du match

Cristiano « Joe Biden » Ronaldo, qui s’était plaint en conférence de presse – entre deux mentions de lui-même à la troisième personne – d’être persécuté depuis 23 ans alors que ça doit faire à peu près autant de temps qu’un journaliste fanboy n’a pas osé lui poser de question dérangeante, avec applaudissements gênants à la clé en guise de clôture (non, Mikel, on en a fini avec toi on a dit). À ce stade, c’est un peu comme si un parti populiste de droite un poil drastique lançait une initiative pour la durabilité. D’autant qu’on s’est aperçu en ce 6 juillet 2026 que quand c’est pas l’Ouzbékistan en face, ça coince quand même la moindre aux entournures.

Avoir le soutien sans faille du sosie lusitanien de Blaise Bersinger devrait pourtant suffire au bonheur de CR7.

L’esthète du match

Le trio offensif Alexia Putellas-Penélope Cruz-Rosalía, présentes à Los Angeles pour le 16ème de finale de leur sélection masculine, et qui l’avait suivie au Texas. Euh ah non, apparemment pas. Mais on a aperçu Javier Bardem dans les gradins. On a aussi vu Pepe qui serait clairement interdit de territoire si les USA n’étaient pas devenus une république bananière.

Seul un tiers du trio s’était pointé à Vidy le 30 juin 2025 par contre.

Plus sérieusement, l’esthète de cette rencontre ne pouvait être que Mikel Oyarzabal, qui est au narcissisme et à l’égolâtrie ce que Jean-Marc Jancovici est à l’obscurantisme.

On veut bien sûr parler de celui qui traîne ses Basques dans le club médiocre de son coeur depuis 12 ans, qui n’avait pas touché le ballon pendant la première demi-heure d’Espagne-Cap Vert, et qui s’efforce de rendre hommage au sport préféré des locaux durant ce tournoi par son altruisme, un peu comme CR7 (ah non). En effet, la moitié des joueurs impliqués dans un match de football américain semblent devoir tout faire pour ne jamais se saisir du cuir ovale. C’est ce que Gemini nous a dit en tout cas.

Bref, le gars est tellement allergique à la lumière qu’il a volontairement raté le but portugais de 30 bons centimètres à bout portant à la 8ème minute alors qu’il aurait pu classer l’affaire à ce moment-là.

Le moment MAGA du match

Et donc, ce maire échangiste ? Il ne s’agit pas ici de couples, mais bien de partis politiques. En effet, Eric Johnson, élu maire de la ville pour la première fois en 2019, a soudain décidé (probablement sur décision de la VAR après visionnage du ralenti de ses positions concernant l’avortement et les impôts) de passer du parti démocrate au parti républicain, et ce à peine quatre mois après sa réélection avec 93% des voix (!) en 2023. Quand tu te rends compte que tu es républicain à ce moment de l’histoire américaine et que les trois années suivantes ne t’ont pas fait (re)changer d’avis, c’est effectivement que tu n’appartiens pas à la gauche radicale. Son divorce en 2021 à la suite d’une relation extra-conjugale avec une membre de son staff n’aurait pourtant pas été renié par Bill Clinton.

Le point commun entre les deux équipes

Elles ont toutes deux un hymne national. Fou. D’ailleurs les hymnes nationaux sont de loin le meilleur moment du match, on ne comprend pas pourquoi on n’arrête pas tout à ce moment-là. Ou pourquoi on n’a pas mis fin au tournoi après l’élimination de l’Ecosse.

Le sachiez-tu ? L’hymne espagnol n’a pas de paroles (c’est bien la première fois que quelqu’un vous le fait remarquer, hein ? hein ?), ce qui doit bien emmerder les racistes et leurs cousins xénophobes qui ne peuvent même pas bouéler sur le fait que les binationaux et autres naturalisés ne chantent pas.

Oui, notre collègue Joey a dit plus ou moins la même chose ici, mais pour notre défense on a écrit ce passage il y a déjà bien 5 jours pour éviter de regarder le match trop attentivement et donc de devoir en parler. D’ailleurs, pour faire plaisir à Joey, Roberto Martinez, ibère de son état, a chanté à tue tête l’hymne de son employeur face à son pays natal. C’est un peu comme si le prochain sélectionneur helvète des Bleus – donc Yves Martin s’il ne cède pas au chant des sirènes anglaises et néerlandaises – chantait la Marseillaise à pleins poumons avant un huitième de finale de la Coupe du monde 2034 face à la Nati à Riyadh.

Le chiffre à la con

0. Comme le nombre de joueur dont les parents ont eu l’audace de l’affubler d’un prénom identique à son nom de famille. Une pensée pour le hockeyeur Ivan Ivan, récemment passé de Colorado Avalanche aux Boston Bruins, qui a dû avoir tellement de mal à trouver des héros au patronyme double auxquels s’identifier quand il était un petit garçon. La représentation, c’est important.

Cela dit, on ne blâmera ni les Portugais ni les Espagnols puisque ce cas de figure est tout de même hautement improbable dans deux pays où le rejeton est accablé du nom de famille de son père suivi de celui de sa mère et finit souvent par réduire tout ça à un surnom pour éviter des AVC trop fréquents au sein de la corporation des floqueurs de maillots.

L’anecdote

Honnêtement, s’il y avait un endroit qui méritait sa séance de tirs au but (ou « fusillade », comme on dit au Québec), c’était bien la ville de Lee Harvey Oswald. Mais on est quand même bien content que ce ne soit pas arrivé, on n’a plus 20 ans et on a besoin de nos 16 heures de sommeil pendant les vacances d’été. Un pote nous a même dit l’autre jour qu’on était bientôt quadragénaire. L’enfoiré.

La surface de Dealey Plaza s’étendant sur environ 6 hectares, il était certes moins aisé d’atteindre sa cible durant la séance de 1963.

D’ailleurs, le sachais-vous ? Joel F***ing Kiviranta est de retour aux Dallas Stars où il débutera la saison prochaine en NHL. Oui, cet article est assez niche, on s’excuse auprès des footeux qui étaient venus lire un article de foot et qui se tamponnent joyeusement le coquillard au lustre de tout le reste.

Les commentaires en forme de balles perdues sur Reddit.

Si le match avait été une junk food

On est un peu rebuté par le fait que « food » soit devenu un terme comptable pour les besoins de ce canevas, mais on va serrer les dents.

On sait que selon Trip Advisor In-N-Out Burger est un incontournable pour tout fan de junk food visitant le sud-ouest des Etats-Unis. Mais nos souvenirs d’étudiant en échange 189 miles au sud du stade (site visité par Fast Foot pendant le Mondial) en l’an de grâce 2011 (sous Barack Obama 🥹) nous dirigent plutôt vers ce bon vieux Jack in the Box et ses burgers qui vous donnent la très nette impression que vos intestins sont en train de commettre un suicide collectif dans les minutes qui suivent. Un peu comme ce match en somme.

Le fameux Jack in the Box Buttery Jack Bacon and Swiss. Ça nous met l’eau à la bouche, tiens. Pas comme cette Coupe du monde.

La minute Léonard Thurre

Philippe Von Burg commentant depuis Genève (on le saura !), on a décidé de l’ignorer. Et de continuer à faire campagne pour augmenter la redevance plutôt que de continuer à bêtement leur couper les vivres. « On est de retour à Dallas et son univers impitoyable » nous aurait de toute façon décidé en faveur d’un boycott à lui seul.

Comme on se refait les 15 saisons d’Urgences sur Netflix ces derniers temps, on a donc plutôt choisi un dialogue qui date de 2003 (saison 9, épisode 18, « Finders Keepers ») qui pourrait très bien avoir eu lieu entre Gianni Infantino et la population mondiale concernant les trois dernières Coupes du monde:

Dr. Kerry Weaver: « You know, I really wish you’d try to appreciate the fact that we’re trying to do you a favor here. »

Dr. Robert « Rocket » Romano: « What you’re doing is bending me over and driving it up the chocolate highway, let’s be honest. »

On vous épargnera la traduction. Pour plus de détails, consultez votre gastroentérologue.

Le pronostic d’avant-match selon l’indice EPSTEIN (Epic Post-apocalyptic Soccer Tournament Enormous Index, North america)

Pour une fois, l’indice s’est royalement planté puisque ce match était clairement la finale avant la lettre, c’est-à-dire 1 contre 2.

 

Crédits photographiques :

Jack in the Box : Willis Lam/CC0/Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jack_In_The_Box_Buttery_Jack_Bacon_and_Swiss_(34780510111).jpg

Alexia Putellas: votre humble serviteur le 30 juin 2025 au Stade Juan-Antonio-Samaranch de Vidy, ce qui est quand même plus cool que le Gianni-Infantino Stadion de Brig-Glis.

Dealey Plaza: tout pareil muni d’un gilet pare-balles le 27 décembre 2019.

A propos Raphaël Iberg 260 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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