Bon. Notre détour par une région de l’Europe où on parle une langue compréhensible à défaut d’être particulièrement réputée pour son élégance n’aura pas duré longtemps. Nous revoici en terrain hostile, où le moindre H mal placé peut fendre votre crédibilité et où il faut parfois attendre plusieurs jours ouvrables avant d’entendre le principal verbe d’une phrase : nous sommes en Allemagne.
L’histoire complètement bidon du club : Les Deux Panthères et l’Ours
De l’ERC Ingolstadt l’histoire pas si bidon
est bien connue des polissons.
Pour honorer la tradition,
contons-la donc en chanson.
En fable, même, tenez-vous prêts !
Deux panthères naguère en Bavière vivaient.
Panthère bleue des Schanzer,
d’Ingolstadt et de sa forteresse la fierté,
Panthère noire des Fugger,
marchands augsbourgeois de noble et longue lignée,
sans relâche, par honneur et vanité
se livraient moult duels sanglants
en bonnes voisines ne pouvaient se supporter
semblables aux hommes en cela, soit dit en passant.
Le roi d’Allemagne, vieux lion affaibli par les ans
ayant trépassé en sa demeure de Berlin
sans héritiers, n’ayant eu aucun gamin,
sa couronne fut convoitée par ses courtisans,
qui tous s’en vinrent de par le royaume impatients.
Maître Knut l’ours blanc
de loin le plus fort et le plus rusé
de ses rivaux n’en craignait qu’un,
ou deux, pour être plus précis :
les panthères de Bavière qui, main dans la main,
eussent surpassé en force, en agilité,
en nombre, cela va de soi aussi
ainsi qu’en férocité notre coquin,
pour peu qu’elles voulussent cesser
leur querelle datant bien de la saint Glinglin.
Knut le rusé les rencontra tour à tour:
celle d’Ingolstadt puis celle d’Augbsourg
et mania si habilement ses mots
souffla si bien à l’une le froid et à l’autre le chaud
qu’il eut tôt fait de raviver
leur vieux conflit de vanité.
Les deux panthères en public s’étripèrent
et de maître Knut firent ainsi l’affaire.
Personne n’osa plus contester
sur la couronne son autorité.
Et c’est ainsi que notre vilain
prit ses quartiers à Berlin
tandis que nos panthères
s’en retournèrent en Bavière poursuivre leur guéguerre.
La légende encore nous dit
que celle-ci dure toujours aujourd’hui.
De cette histoire quelle morale fait la conclusion ?
Nos semblables et nos proches voisins
Bien souvent au plus haut point
et plus que tout nous haïssons
Mais comme le Maître de la fable avant moi l’a bien dit
Les seuls bénéfices des querelles des plus petits
vont au bout du compte aux plus grands.
Ainsi maître Knut de Berlin l’ours blanc
les deux panthères chaque année croque allègrement
et s’est offert onze titres sur les vingt derniers ans,
comme le chat pour régler leur différend
croquait lapin et belette en son temps
et considérait l’affaire classée.
Que cela vous donne à penser.
Couleurs, symboles et mascotte à la con
Vous l’aurez compris, autre pays, autres coutumes. Sous nos latitudes, on est habitués à des Lions, des Aigles, des Dragons, des Tigres et des Ours. Mais en Allemagne, il fallait en faire un peu plus pour se démarquer, et c’est pourquoi on se retrouve avec des Requins, des Pingouins, des Tigres blancs et des Ours polaires, des Coqs ou encore, justement, des Panthères (2 fois, comme on l’a vu). Une ménagerie qui rendrait les Knie jaloux, et dans laquelle il fallait vraiment que, de toutes les espèces existant au monde et de tous les clubs de hockey de D1 allemande, les deux qui crèchent le plus près l’un de l’autre, Ingolstadt et Augsbourg, choisissent le même foutu bestiau : une panthère. Et pour le coup, n’en déplaise à l’ERC, le rival augsbourgeois a au moins l’avantage sur une chose : la panthère en question.
Oui, nous y voilà déjà. Il nous faut parler de ce logo. Vous vous dites peut-être que la jurisprudence Ilves Tampere et Storhamar hamar nous invite, justement, à la prudence, mais moi je dis qu’elle ne doit pas nous forcer pour autant à cautionner cet espèce de gloubiboulga asymétrique au possible constitué d’une tête vaguement féline à la géométrie semblable à celle d’un trente-six tonnes posée sur un diamant au style Wordart même pas dissimulé. BERC, Ingolstadt, y’a pas à dire, c’est bien la ville du Docteur Frankenstein, et on le soupçonne même, après avoir vu sa créature lui filer entre les doigts, d’avoir travaillé pour se consoler sur le logo du club de hockey local. La panthère du HC Lugano, ça, c’était une panthère. Ce truc, là, c’est au mieux un Transformers, au pire un nouveau rebrand raté de Jaguar (dans la ville d’Audi, c’est le comble en plus).
Pas la peine d’épiloguer. Ça doit déjà assez difficile comme ça d’avoir un maillot où les sponsors paraissent mieux que le logo du club. Mais enfin, ils pourront répondre qu’eux, au moins, ils ont l’équipement rempli de sponsors. Touché.
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Il n’empêche. Ingolstadt fait autre chose de juste, et si vous avez suivi la série jusque-là, vous devinez peut-être de quoi je parle. Bingo ! Ils ont repris les couleurs de la ville, et jouent en bleu et blanc. Mais alors, question subsidiaire : pourquoi s’être arrêté en si bon chemin ? On comprend que les Belfast Giants ne voulaient pas d’une cloche pour emblème, mais là, le dragon du blason de la ville tendait ses pattes griffues !

Et j’irais même jusqu’à dire qu’il n’y a pas grand-chose à changer à ce dragon pour en faire un logo de club de hockey accordé aux standards actuels du BERC.
Mais non, il fallait qu’on se retrouve avec Xaver la panthère (et on a vérifié pour la 58e fois, non, il ne manque pas non plus de « i » ici, ça lui fait un petit point commun avec un certain joueur du LHC). Au-delà de ça, dites ce que vous voulez de Xaver, mais c’est la seule mascotte de notre joyeuse bande qui, au moins, se protège. Jugez plutôt :
Stade et supporters
Enfin, nous voilà dans un pays où la culture fan et la culture ultra sont bien vivantes. Figurez-vous qu’en se renseignant un peu sur l’antre des Panthères, on découvre quelques statistiques assez surprenantes :
- l’ERC Ingolstadt compte autant de clubs de soutien (26) que de joueurs.
- la Saturn arena est la plus petite arena (4’815 places) à avoir vu son équipe remporter un titre de champion au XXIe siècle dans les 5 grands championnats européens*.
- la Saturn arena compte à peu près 60% de places debout.
Ça a bien changé, Pizza Planet.
Bon, d’accord, si on sort un peu des stats, l’intérieur de la Saturn arena rappelle plus les tubulures de Malley 2.0 que les loges suspendues à 30 mètres de haut de la Swiss Life arena. Mais ces quelques chiffres en disent long sur le genre d’atmosphère qui peut régner à Ingolstadt. Atmosphère qu’une fois encore on n’aura pas l’occasion de voir cette saison puisque l’ERC visitera le LHC et non l’inverse.
M’enfin, qu’à cela ne tienne, le voyage ne fait pas peur aux Schanzer, car c’est là leur surnom, et ce, en Allemagne comme à l’étranger : ils avaient par exemple envahi Salzburg lors de leur dernière participation en CHL avec 800 fans (sur 2’000 présents dans l’aréna locale ce jour-là) et un beau tifo à la clé.
Los geht‘s in Salzburg! Rund 800 ERC-Fans sind in der Mozartstadt am Start. pic.twitter.com/rE6HXmxK5h
— ERC Ingolstadt (@ERCIngolstadt) September 7, 2023
Replaçons un peu le contexte : les fans d’Ingolstadt sur cette vidéo ne sont pas à Ingolstadt, mais bien à l’extérieur, et même pas dans leur pays. C’est sûr que c’est pas à la Vaudoise aréna qu’on verra ça (enfin, pas dans le secteur visiteur, on s’entend).
C’est vrai, la culture ultra, on n’en a pas beaucoup parlé jusque-là (doux euphémisme). En même temps, on était en Finlande, en Suède et en Irlande, donc bon, on a une excuse. Mais les supporters d’Ingolstadt, et notamment la principale section ultra du club (appelée la Gioventù, allez comprendre…) permettent enfin de lui faire au moins un peu honneur, puisque les fans d’Ingolstadt se sont fait les auteurs de quelques tifos remarquables par le passé. Mais si on ne devait en retenir qu’un, ce serait sans aucun doute celui de la récente célébration du 60e anniversaire du club fondé en 1964, qui ne s’apprécie réellement qu’en vidéo :
C’est sûr qu’on l’apprécie mieux en vidéo que dans le virage, surtout quand on en est à la 32e minute de jeu et que le tifo n’est toujours pas terminé.
Pour ceux que l’Allemand n’effraie pas trop, n’hésitez pas à vous offrir un petit voyage en coulisse de ce tifo monstrueux juste ici, chez la Gioventù elle-même.
Comme quoi, contrairement à ce qu’on pense à Belfast, c’est pas la taille qui compte, et même les plus petites arénas peuvent être le théâtre de pépites d’art sportif contemporain. On espère donc voir les Schanzer nombreux à Lausanne, histoire, pour une fois, d’avoir un peu d’animation en tribune dans un match de CHL.
Le joueur qui pourrait avoir sa statue à l’entrée du stade
L’ERC Ingolstadt a retiré depuis sa fondation un quatuor de maillots qui valent tous la peine d’être mentionnés, parce qu’ils font un peu penser aux Quatre Fantastiques :
- Jimmy Waite, alias la Chose, gardien entre 2003 et 2009 qui détient toujours le record de blanchissages en une saison régulière de DEL (8) qu’il a atteint deux saison de suite.
- Glen Goodall, alias Mr. Fantastique, qui porte au demeurant bien son nom puisqu’en plus de ses 11 années de service sous le chandail de l’ERC Ingolstadt, il a lancé le projet de charité Goals for Kids qui existe toujours aujourd’hui.
- Doug Ast, alias la Femme invisible (bon, ok, celui-ci sonne pas très bien, pour une raison qui m’échappe), premier joueur de l’ERC à avoir scoré 100 goals pour le club dans l’élite du hockey allemand (ça vaut ce que ça vaut, à ce que je sache, on attend toujours pareil exploit chez nous).
- Et enfin Jakub Ficenec, alias la Torche humaine, surnommé en son temps « Bum Bum » parce que, je cite le site du club (et aussi un peu Jean-Charles Sabattier, merci fréro), « il était toujours très dangereux offensivement et avait EIN RAKEEEEEETEEEEEEEE« . Non ? Personne l’a ? Bon.
Le joueur à placer sur une case mot compte triple
Si je vous dis : TOP. Gardien de hockey sur glace canadien né en 2002, fabriqué sur une île française, célèbre pour sa fraîcheur, sa texture crémeuse, qui vivra en 2025-2026 sa première saison en Europe, souvent utilisé dans la préparation de beignets ou de gâteaux, idéal aussi avec de la confiture de figue… BINGO ! Vous me répondez Brochu. Brett Brochu, pour être précis. Et c’est une bonne réponse.
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Vous pensez peut-être que cette rubrique s’essouffle. Vous avez tort. On en est déjà la troisième tentative de réanimation au bouche-à-bouche. Mais contrairement à l’attaquant Peter Abbandonato, on continue le combat ! Tenez, on a même préparé une pétition pour quadrupler le nombre de clubs hongrois et polonais dans la prochaine édition de la CHL. Aidez-nous en la signant ici !
Si le club était une bière

Attention. Là, on touche à un sujet presque patriotique. La bière, en Bavière, ça ne s’invente pas. Ce n’est pas pour rien si Ingolstadt n’est autre que la ville où fut promulgué le décret de pureté de la bière de 1516, probablement le plus vieux règlement au monde en la matière, par le duc de Bavière. Stipulant qu’on ne peut utiliser pour la fabrication de la bière que du malt d’orge, de l’eau et du houblon, ce décret constitue aussi une tradition toujours respectée à la lettre aujourd’hui par de nombreux brasseurs allemands, et pas que. Ici, les zestes de citron, les pelures de cerise, le matcha et autres inepties nées de la tyrannie woke, c’est Raus ! Plus qu’une tradition, la bière bavaroise, c’est presque un dogme, et c’est sans parler de l’Oktoberfest.
Il n’est donc que justice que l’on mentionne une bière locale, servie par une brasserie qui pousse le vice jusqu’à proposer son site web en boarisch, certainement la langue qui se rapproche le plus du Suisse-allemand sans être elle-même un autre dialecte de Suisse-allemand, et c’est pas peu dire. Fin du suspense, on a opté pour la Schanzer Weisse de la brasserie Nordbräu, dont le nom renvoie lui aussi à ce fameux surnom des habitants d’Ingolstadt, qui signifie quelque chose comme « embastionné ». Plus qu’à espérer que cette équipe sera plus facile à prendre que la forteresse dont est issu ce surnom.
Ok, et actuellement ?
Il faut dire que la DEL depuis 2000, c’est un peu comme la Pologne à la fin du XVIIIe siècle ou l’ATP tour entre 2005 et 2023 : ça se partage entre trois grandes puissances qui ne sont pas polonaises. En l’occurrence, les clubs de Berlin, de Mannheim et de Münich. Ingolstadt a donc le mérite, un peu comme Del Potro en son temps, d’avoir décroché un titre au milieu de ce triumvirat qui a confisqué 18 des 20 derniers championnats. C’était en 2014, et on ne doute pas que les Schanzer s’en souviennent bien. Ingolstadt avait terminé la saison régulière neuvième sur quatorze équipes, mais grâce à la merveilleuse invention des play-in, avait ensuite éliminé successivement le triple tenant du titre national (les Eisbären de Berlin, en play-in, donc), puis le premier et le deuxième de la saison régulière, respectivement en quarts et en demi-finale de play-off, avant de s’adjuger la finale à l’acte VII, à l’extérieur (et pas n’importe quel extérieur : la Lanxess Arena de Cologne, rien de moins que la plus grande patinoire d’Europe) avec un blanchissage à la clé. Sur la liste des parcours de play-off légendaires, celui de l’ERC Ingolstadt de 2014 se place donc là.
Et si vous voulez voir ce que ça donne quand on installe la clim dans une aréna de cette taille, c’est juste là (time codes : 1:00:50 et 1:10:20 (mention spéciale au défenseur de Cologne qui fait le deuxième assist)).
Le temps où le club d’Ingolstadt vendait des t-shirt estampillé champions (de deuxième division) avant de perdre en finale (de deuxième division) mais d’être promus quand même (en première division) semble donc loin. Attention à eux, donc, car si on a le malheur de les sous-estimer, ils ne manqueront pas de saisir leur Schanze !
Crédits photographiques :
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Flagge_Ingolstadt.svg
https://fr.wikipedia.org/wiki/Saturn_Arena#/media/Fichier:Saturn_Arena.JPG
https://www.nordbraeu.de/nordbraeu-weissbier
*Ces cinq grands championnats ont été choisi tout à fait arbitrairement et sont les championnats nationaux suédois, suisse, finlandais, allemand et tchèque. N’hésitez pas à me rappeler en commentaire que la NHL est le meilleur championnat du monde et que j’ai aussi oublié la Ligue 1.

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