Le GOATisme lui monte à la tête

Une raquette dans une main, une ordonnance dans l’autre

Deux jours! Il lui a fallu deux jours, à la si véloce Serena, pour que le GOATisme lui monte à la tête et lui fasse oublier de bien rester le plus au centre possible de sa réserve quand on traine une collection de casseroles si bruyantes. Même à la retraite, on peut donc constater que, tel un vétéran du FC Fully, elle n’a rien perdu de sa rapidité, notre Williams surboostée. Sa lucidité, par contre…

Le 14 avril, sur votre site préféré, elle lisait – et vous certainement aussi – que de toute l’Histoire du tennis, la GOAT, c’était elle, sans discussion aucune. Et moins de trois jours plus tard, la voilà qui, la tête un peu trop enflée du titre décerné par nos bons soins, nous fait un crise de GOATisme aigue, se vantant une fois encore, au contraire de Jannick Sinner, d’avoir passé tous les tests anti-dopage avec succès et se réclamant au passage de n’avoir jamais pris « rien de plus fort que de l’Advil* ». De l’Advil, rien que ça ? Chuck Norris peut faire boire de l’eau à Renaud, mais à nous, tu ne nous la feras pas, Serena.

Rembobinons. Peu avant les JO de Paris, Jannick Sinner, tennisman italien assez bien placé à l’ATP, est accusé de dopage par les chantres du sport propre, puis blanchi par cette même organisation, puis quand même condamné à des vacances forcées de juste trois mois (au lieu des 4 ans du règlement), parce que bon, faut pas trop perdre la face non plus. Je vous avais déjà dit que l’AMA était un grand cirque, je réitère.

Ce 16 avril, Serena monte alors au filet de ses certitudes, dans le Time Magazine : « Si j’avais fait ça, honnêtement, j’aurais pris 20 ans. On m’aurait retiré des tournois du Grand Chelem ». Perso, je lis « Jannick, t’es un peu con, mon ami. Pour la prise de produits interdits, tout est question d’organisation. Moi, j’en étais la reine, et si on m’avait pincé, ma famille en aurait ri pendant au moins 20 ans. »

Je vous avais déjà dit que l’AMA était un grand cirque, je réitère et je relance.

Car oui, Serena est la reine incontestée du tennis, mais aussi — je vous le dis — du formulaire médical. Sur plusieurs années, elle a collectionné les Autorisations d’Usage à des fins Thérapeutiques (AUT) comme elle a collectionné les trophées. Les AUT, me direz-vous? Une spécialité de l’anti-dopage, comme la négociation de la peine, je vous répondrais.

Rembobinons encore. En 2016, des hackers russes ont eu la bonne idée d’ouvrir la boîte de Pandore des dossiers médicaux de stars du sport. Surprise ! Serena avait reçu plusieurs AUT pour des substances interdites (tout comme sa sœur Venus ou encore l’ibérique Rafa). Rien d’illégal, bien sûr. Tout était signé, tamponné, médicalisé… Juste un peu rétroactif.

Genre : « J’ai pris le médoc il y a deux semaines, pouvez-vous me dire que c’était OK, svp ? ». Tiens, regarde la petite liste non-exhaustive des AUT délivrées à Serena Williams, sur une partie de sa prodigieuse carrière ci-dessous:

On parle ici de corticostéroïdes costauds (Prednisone, Prednisolone) et même d’Oxycodone, un médicament que l’on distribue généralement pour des douleurs oncologiques ou après une opération du cerveau… voire un quart de finale à Miami, apparemment. C’était écrit Advil sur la boîte, Serena ?

Évidemment, ces AUT tombaient pile juste avant ou pendant les tournois : Miami, Madrid, Rome, Roland-Garros. Serena a remporté tous ces tournois. Quelle coïncidence !

Les experts, les vrais, eux, lèvent un sourcil, juste un : les AUT rétroactives sont censées être réservées aux urgences. Mais dans le tennis de Serena, l’urgence est permanente : un tournoi chaque semaine, une compète par jour, difficile d’avoir le temps d’aller chez le médecin avant de prendre le médicament. Donc on soigne d’abord, on justifie après. Pratique, non ?

Cerise sur le gâteau : une AUT lui a été accordée après avoir gagné Roland-Garros 2015. Elle dit qu’elle était « trop malade » pour jouer la finale. Pourtant, GOAT ultime, elle a gagné. Chapeau bas !

Que dit le rapport de l’expert de l’AMA qui s’est penché sur le cas ? Parce que rassurez-moi, il y a bien eu un expert de l’AMA qui a vérifié l’urgence qui obligeait notre championne à prendre ces médicaments interdits, non ? Spoiler alert : non.

Williams insiste en disant qu’elle ne triche pas. Et franchement, pourquoi tricher quand on peut se soigner légalement avec des produits interdits ? Tout est dans la paperasse. En bonus, elle toussait vraiment, donc ça rend l’affaire presque crédible. Prends ça, Jannick !

L’ITF**, de son côté, jure que le système est solide. Solide comme un château de cartes peut-être, mais solide quand même voyez-vous : « Les médecins indépendants décident sur base de dossiers anonymisés (juré craché) et prennent donc leurs décisions objectivement ». La communication, on maîtrise, chez ces gens-là et si le peuple ne comprend pas, c’est que c’est la faute du peuple. Point.

Chuck Norris peut faire boire de l’eau à Renaud, mais à nous, tu ne nous la feras pas, Serena.

Bref, l’histoire est simple : Serena a été très malade, très souvent, durant sa merveilleuse carrière, mais jamais dopée. Elle prend des médocs interdits, mais avec permission. Et quand l’autorisation arrive après coup, c’est juste parce qu’elle est trop occupée… à gagner.

Je pense qu’on s’est trompé d’ennemi pendant toutes ces années avec la chasse aux dopés. L’ennemi, le vrai, c’est la crédulité qu’un sport sans dopage soit possible. Virez-moi toute cette chasse aux sorcières, il en va de la crédibilité des instances « dirigeantes ».

Pour le reste, Advil que pourra.  

 

*Advil est un médicament anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) contenant de l’ibuprofène, utilisé pour soulager la douleur et réduire la fièvre. Il est disponible en vente libre et peut être utilisé par les adultes et les enfants de plus de 20 kg (environ 6 ans) pour des douleurs comme les maux de tête, les douleurs dentaires, les courbatures et les règles douloureuses.
**L’ITF (la FIFA du tennis), L’ITF est régulièrement mise en cause dans la presse pour son manque de transparence vis-à-vis des cas de dopages dans le tennis. Elle est soupçonnée de négocier, directement avec les athlètes mis en cause, une retraite ou un éloignement des courts, afin de ne pas nuire à l’image du tennis.

A propos Olivier Bender 43 Articles
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5 Commentaires

  1. Et puis bon, pour etre le goat du tennis il faut être avoir un record de titres en tournois masculins. Gagner 23 titres en grand chelem en 3 sets gagnants c’est moins impressionnant que 20 GC en 5 sets avec vraie concurrence. Serena qui se dit la goat c’est autant ridicule que Rapinoe qui dit avoir le même statut que Messi ou Ronaldo parce qu’elle a eu le ballon d’or féminin.

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