
La Sampdoria est reléguée en Serie C (…quoique) et vous, pendant ce temps, chères lectrices et lecteurs, vous vous êtes bien plus souciés de la future relégation méritée d’Yverdon Sports ou de la possible non-venue des fesses d’Alisha Lehmann aux Bains de Saillon. Et pourtant, si vous prétendez aimer le foot en vénérant l’un des maillots aussi mythique que celui du FC Sion estampillé du logo ‘Nouvelliste’, l’aller-simple pour les oubliettes de la Serie C du club de Vialli, Vierchowood ou Mancini devrait vous conduire au Prozac, voire pire, à vous infliger à regarder le replay de la finale de Coupe de Suisse entre Bienne et Shaqiri. En acceptant de voir disparaître des ligues supérieures européennes les Sochaux, Kaiserslautern, Torpedo Moscou, le Deportivo, le Chievo Verona, Vitesse Arnhem, Munich 1860, Wisla Krakow, Schalke 04, Blackburn et le Vevey-Sports (oui, monsieur !), les fédérations nationales et l’UEFA balaient indifféremment l’histoire indélébile de ces clubs sous le tapis d’émirs qataris, de riches américains ou simplement d’entrepreneurs-fraudeurs locaux qui profitent impunément de cet éminent foot populaire. Alors, oui, s’il n’en reste qu’un, sauvons au moins la mythique Sampdoria d’une funeste disparition.
My sailor is rich
« Et si on mélangeait le nom de la Sampierdarenese et de l’Andrea Doria pour en faire un club de foot? » En 1946, c’est certainement ce qu’ont dû se dire d’ingénieux et enivrés marketeurs du dimanche dans une officine du port de Gênes lorsqu’ils ont créé la Sampdoria. Alcoolisés peut-être, mais ces esprits créatifs furent en réalité des Kevin Germanier (© made in Valais) en herbe puisque le maillot bleu royal de la Samp tint depuis le début de la beauté des jambes de Scarlett Johannson et de l’élégance de la plume de notre maître à tous, Yves Martin (comme quoi, coucher Scarlett et notre rédac en chef de la Nati dans un même espace, c’est possible !). En effet, le maillot des Blucerchiati est rempli de symboles : il mêle quatre couleurs qui sont associées à des valeurs qui ont disparu du foot 2.0 trop friqué par des proprios qui connaissent autant au foot qu’un Zambien à l’hornuss. Le bleu des Bluecerchati représente la confiance et la loyauté ; le blanc, la paix et le fair-play ; quant au rouge et au noir, ils sont des références à Jeanne Mas pour les incultes ou à Stendhal pour les érudits, mais pour les vrais amoureux du calcio génois, ces deux couleurs rappellent le fair-play cher au fondateur de la Sampierdarenese. En flanquant le maillot d’une Doria, une sorte de tête de marin hirsute, nos joyeux marketeurs créèrent ‘the most beautiful jersey in the world’ selon le magazine anglais Four Four Two. Magnifico !
Avec les lacets dans le col !
Chocolat avec Ferrero
C’est pas tout ça d’avoir un joli maillot, mais ils savent jouer au fote ces lascars ? On aurait plutôt dit oui à voir la liste de joueurs doués qui sont passés par la Doria dans la dernière décennie : Eto’o, Icardi, Muriel, Eder, Gabbiadini, Ekdal, Schick…et même Kasami (cherchez l’intrus). Toutefois, la belle ville portuaire de Ligurie aurait dû se méfier de l’expression qu’elle a sans doute participé à créer : « Le poisson pourrit toujours par la tête ». Tristement, l’arrivée du fantasque et tumultueux Massimo Ferrero aux commandes du club en 2014 symbolisa le début du déclin fatal de la Sampdoria. Supporter déclaré de l’AS Roma (!), Ferrero passa plus de temps à remplir les pages à scandales des journaux italiens que les caisses des Liguriens. Gérant son club aussi bien que la CGN ses bateaux, le président de la Samp se fit avant tout remarquer par des sorties racistes « Il faut virer ce Philipino de la présidence de l’Inter » ou malvenues durant le COVID « Leur test salivaire, ils peuvent se l’enfiler au c*l !».
Et puis, administrant les finances du club avec un boulier emprunté à Valérie Dittli, Ferrero fit aussi exploser la dette du club en la passant de 15 millions d’euros en 2014 à plus de 50 millions en 2021. En vendant systématiquement ses meilleurs joueurs (Eder, Quagliarella, Skriniar et même Bruno Fernandes) et en épuisant ses entraineurs (Zenga, Ranieri, Montella…), le Romain émietta petit à petit l’esprit de la Sampdoria. Avant de débuter une nouvelle carrière dans les geôles calabraises pour banqueroutes en tout genre, Ferrero déclama : « J’ai repris les Bluecierchati avec le seul but de gagner des trophées et non pas pour me faire des millions ». Tout ce que l’on observe après ses blablas, c’est qu’en sept ans, Ferrero aura véritablement réussi à mettre la Sampdoria chocolat.
Gênez-vous tous !
Peu aidée par la déliquescence présidentielle et la malchanceuse relégation de Serie A en 2023, la Sampdoria coula définitivement au printemps 2025, et ce, malgré le retour de Roberto Mancini en coulisse. Avec ses 38 buts marqués et ses 17 matchs nuls, la Samp manqua ostensiblement de tranchant en attaque. Mais avec un Rémi Oudin et un Borini dans des formes ‘Crivelliennes’ et une bande de coachs (Pirlo, Semplici, Evani et Sottil) aussi stables que le Petit Nesthorn, rien ne pouvait être sauvé dans cette équipe. Malgré tout, ces éminents entraineurs y allèrent tous de leurs lots d’excuses que n’aurait pas reniés Richard Virenque : « On perd trop de points dans les dernières minutes. C’est un problème mental », « Nous avons misé sur l’expérience, mais cela n’a pas suffi à compenser le manque d’intensité », « Si seulement on avait eu Barth Constantin pour nous construire une belle équipe, on serait en CL ». Et même quand ils eurent tout dans les mains pieds pour se sauver face à la Juve…de Stabia, les Borini, Perisan et Ronaldo Vieira (le cousin de l’un et le frère de l’autre) ne réussirent qu’un brillant 0-0 synonyme de lamentable relégation. Comme quoi, quand tous les ingrédients sont viciés en Ligurie (coachs, présidents, finances, joueurs, transferts ….), on ne peut que louper sa génoise.
Mission loupée, enfin, à ce jour, rien n’est moins sûr…
Brescia aux frocs
- « Ben moi Massimo, j’avais 3 clubs. »
- « Mais comment tu peux un peu en avoir 3 ? Tu peux avoir un club, pas 3. À la limite, tu peux avoir 2 clubs, ça peut arriver ça, mais pas 3. Attends, tu peux avoir 3 clubs, ça peut arriver ça à la rigueur, oui tu peux avoir 3 clubs, mais pas plus. »
Car oui, Cagliari, Leeds et Brescia ont tous dû endurer l’infâme « mangeur d’entraîneurs », alias Massimo Cellino qui, durant sa carrière, a passé plus de temps devant les juges d’instructions qu’à recruter des entraîneurs de valeur, une genre de Constantin Chagaev en quelque sorte. Entre détournements de fonds publics lors de la construction du stade Is Arenas et une fraude fiscale du côté de Leeds, l’homme a pu démontrer sons pédigrée dans la gestion de clubs de foot. Donc, évitons peut-être de lui confier la gestion de l’argent de la Chaîne du Bonheur pour reconstruire Blatten.
Pourquoi je vous parle de ce prestidigitateur comptable ? Parce que le Brescia Calcio s’est fait pénaliser de quatre points quelques jours après la fin du championnat de Serie B, pour infractions financières et violations comptables. Quatre points, c’est peu et beaucoup, comme on dit dans les vestiaires d’Yverdon Sport, mais cette déduction comptable malvenue fit passer le Rondinelle de la 15e place à la 18e, estampillée « relégation » dans les catacombes de la Serie C. Miraculeusement, cette mésentente financière entre la Lega Nazionale Professionisti B et Signore Cellino catapulta la chanceuse Sampdoria dans un match de playout de tous les dangers contre la Salernitana. On vous fera grâce des recours en tout genre qui vinrent pimenter ce spectacle sportivo-médiatique à l’italienne mais pour ceux que ça intéresse, les matches pour éviter la fatale culbute en Serie C auront lieu autour du 15 juin (… ça dépendra de la justice italienne, des avocats de Cellino, de la dispo des joueurs, de la santé du Pape…). Bref, tout le foot qu’on aime.
Mais une grande question qui subsiste aujourd’hui : les hommes d’Alberico Evani et d’Attilio Lombardo, parviendront-ils à nous faire une Ajoie ? Si l’on se base sur l’élégance des costumes Gucci d’Evani, la réponse est toute positive. Toutefois, avec des Mbaye en mode Speedo-claquette et un Romagnoli bientôt prêt pour un EMS, je pense plutôt qu’une odeur du sapin pourri rôde autour du Stadio Luigi Ferraris. Toutefois, « On n’arrête pas d’aimer un club parce qu’il perd. On l’aime encore plus », disait Gianluca Vialli. Alors, on l’aimera définitivement encore plus fort, cette immortelle Samp !
Soyez le premier à commenter