
Vous l’avez déjà entendue, celle-là ? Elle date de 2021, mais comme l’idée risque de se faire reléguer aux oubliettes par celle d’Arsène Wenger qui voudrait « juste modifier un peu la règle » (comme on l’a déjà fait 14 fois par le passé), je me dois d’y braquer mon projecteur. Marco van Basten voudrait supprimer le hors-jeu… Van Basten, triple Ballon d’Or, poète des surfaces, finisseur létal, mais surtout, plus grand hérétique depuis Galilée, pour tous les sachants.
« Le football serait plus spectaculaire, plus fluide, plus intéressant sans cette règle dépassée. » Marco van Basten, visionnaire.
Blasphème, pour les ayatollahs du hors-jeu, gardiens de la foi linéaire ! Cette règle est sacrée, transmise par Moïse lui-même sur les tablettes du football. Scandale. Incompréhension. Tremblement de terre sur Twitter (X) et sueurs froides chez les con-sultants. L’idée a fusé, et l’orthodoxie du canapé – ces braves soldats en claquettes-chaussettes qui défendent becs, ongles, binch et chips au paprika le « vrai football » – a immédiatement répliqué : « Non mais quelle idée débile ?! Pis de toute façon, y’a eu le hors-jeu depuis toujours ! »
Le genre d’argument qu’on réserve d’habitude aux gens qui s’opposent au vote des femmes ou à l’électricité. Mais ici, c’est du sérieux : il en va de l’avenir du « vrai football », celui où l’on célèbre un bon vieux 0-0 bien fermé au match aller à l’extérieur et un hors-jeu sifflé à cause d’une phalange mal placée.
Car pour ces valeureux défenseurs de la tradition, le hors-jeu n’est pas une règle. C’est une identité. Une religion. Une raison d’être. Pouvoir gueuler « y’a hors-jeu » puis « bordel, y’avait hors-jeu, l’a de la merde dans les yeux, çui-ci » lors de la validation du but, ça n’a pas de prix. Et van Basten, tel un Luther cramponné, vient placarder ses 95 thèses sur la porte du temple FIFA. Résultat : cris d’orfraie, tribunes indignées, pluie de commentaires et compilation de tweets (Xs) alarmistes.
Un monde sans hors-jeu, c’est Sodome et Gomorrhe sur pré-carré. Leur héros, c’est le juge de touche. Lui et uniquement lui. Ils rêvent même d’un album Panini des papes de la ligne, ces aficionados.
D’ailleurs, certains sont allés jusqu’à sortir leurs encyclopédies, clamant avec leur arrogante certitude : « Depuis 1863, le hors-jeu existe, monsieur ! » Oui, comme la bougie ou le choléra. Et alors ?
« Moi j’aime quand un but est annulé après 7 minutes d’attente et 17 ralentis en HD. C’est ça, le vrai football moderne ! »
Les opposants ont parlé. Et ils sont formidables. Leur argument phare ? « Mais si on enlève le hors-jeu, les attaquants vont camper devant le but ! » Bien sûr. Parce qu’en 2025, au plus haut niveau, on imagine très bien Kylian Mbappé faire du camping sauvage dans les six mètres pendant 90 minutes, sandwich triangle à la main, pendant que le reste de l’équipe court pour lui. Non, vraiment, une vision tactique d’une rare finesse. Une seule règle est supprimée et fini le jeu d’intelligence, la stratégie, le mouvement…
Car oui, ces génies stratégiques pensent sérieusement que des joueurs professionnels vont se planter devant le but durant 90 minutes sans jamais bouger, pendant que les défenseurs les regardent, impuissants. #Logique
On entend aussi : « Mais ça va tout foutre en l’air ! » Ce qui, dans leur bouche, signifie surtout : « J’ai peur de ne plus comprendre ce que je regarde. » Car s’il y a bien une chose que ces experts de la troisième mi-temps redoutent, c’est l’évolution. Déjà qu’ils ont mis dix ans à accepter la passe en retrait au gardien sans prise de main, on ne va pas leur balancer une révolution maintenant, chaque nouveauté est vécue comme un traumatisme national : la goal-line technology, la VAR, les maillots moulants… et maintenant, le jeu fluide ? Trop, c’est trop.
Mais ne soyons pas injustes. Ces croisés de la rigueur défensive ont au moins une qualité : la constance dans leur bonne foi digne d’un tirage au sort de Coupe du monde de la main innocente du Sepp de Viège. Ils aiment les hors-jeu d’un orteil, les buts refusés après cinq minutes d’arrêt, les analyses sur « l’intention de faire action de jeu en position semi-passive décalée par l’épaule ». Du bon football. Du football pur. Alléluia !
Van Basten, lui, rêve d’un jeu sans chaînes, d’un football qui se joue vers l’avant, sans lignes fluorescentes ni débats en slow motion. Quelle honte, n’est-ce pas. Car au fond, ce que vous, amoureux du passé, redoutez le plus, ce n’est pas le chaos. Non. C’est le plaisir. Le spectacle. L’imprévu. Ce petit truc qui ferait qu’on regarderait un match en se disant « wesh, dinguerie ».
Alors forcément, maintenant si on vous retire ce petit plaisir du dimanche, vous êtes perdus. Désemparés. Obligés de recentrer votre rage sur la couleur des crampons, la nullité de votre défenseur central, la longueur de l’attente à la cantine à la mi-temps et la queue au pissoir.
Mais je veux vous rassurer : le hors-jeu vivra encore quelques années. Avant ça, il vous restera encore plein de choses à détester. Le VAR. Le ballon connecté. Les coachs qui ne crient pas. Les tirages de maillot. Les buts trop fêtés. Les cartons pour maillot retiré suite à but. Et bientôt, les matches en 4×22.5 minutes pour les droits télé.
Micro-trottoir des réactions (florilège de réactions de principe, logique facultative, mauvaise foi illimitée)
« C’est la mort du football », Jean-Michel, ancien latéral de 3ème ligue.
Didier L., président du syndicat des défenseurs aigris :
« En fait, maintenant, c’est simple : tu mets Mbappé devant le but à la 1re minute, tu l’envoies un long ballon, but, et voilà. Bravo, super. Autant jouer à la pétanque, c’est plus équitable. »
Pascal P., spécialiste autoproclamé de la tactique :
« Franchement, ça ruine toute la beauté du 0-0 bien construit. »
Un ex-coach qui n’a jamais digéré la montée de son adjoint en Challenge League :
« Le hors-jeu, c’était l’intelligence du jeu. C’était comme les échecs. Là, c’est comme jouer au Uno avec des enfants sous amphèt’. »
Cristiano R., amateur de miroirs et de records :
« Moi, je marquais des buts AVEC le hors-jeu. Je les méritais. Maintenant, tout le monde va en mettre. N’importe quel attaquant va finir Soulier d’Or. Où est le respect ? »
Gérard, 58 ans, n’a pas regardé un match en entier depuis 2014 mais « sait comment ça doit se jouer ».
« Moi je suis contre. Je sais pas encore pourquoi, mais je suis contre. »
Colette, 71 ans, a vu le dernier match de Pelé et en parle comme d’un miracle de Lourdes.
« Supprimer le hors-jeu ? Et pourquoi pas les gardiens pendant qu’on y est ? »
Hubert, anti-woke, analyste YouTube auto-certifié, qui regrette le foot « où on mettait des coups et personne ne pleurait ». « Le hors-jeu, c’était le sel du football. Sans hors-jeu, c’est du quinoa. »
Auteur inconnu, au Bar du Stade, »Ça va favoriser les attaquants. »
Oui, c’est littéralement le but, tout comme les 14 autres modifications de la règle depuis son introduction. Mais chut, faut pas trop leur dire, ça les rend encore plus furieux.
Philippe, 47 ans, qui continue de dire « Mundial » depuis 1982.
« Je suis pas contre le progrès, mais faut que ça reste comme avant. »
Le cerveau humain seul n’est pas capable de juger parfaitement un hors-jeu en temps réel. C’est la science qui le dit.