
Vous êtes fan de hockey romand et le niveau statistico-tactique de ces matchs de remplissage tout juste bons à gonfler les droits TV de la National League que sont les play-in n’a pas encore achevé de vous dégoûter du plus beau sport du monde qu’est le vôtre ? Réjouissez-vous ! Pas parce que les play-in, justement, touchent enfin à leur palpitant et dramatique point final à couper le souffle et que vous allez bientôt savoir quelle équipe de seconde zone vous allez rouster lors des quarts de finale des play-off – et accessoirement, si vous allez pouvoir enfin les réserver, ces nuitées au Tessin. Bon, d’accord, vous avez le droit de vous réjouir pour ça. Mais vous pouvez aussi vous réjouir de lire la suite de notre revue de presse de la saison de National League 2024-2025, à la sauce Carton-Rouge bien entendu. Si vous aimez les étoiles autant que Claude Nicollier mais finissez invariablement dernier lorsqu’il s’agit de les collecter sur Mario Party, en voici quelques-unes décernées par nos soins aussi arbitrairement qu’une pénalité mineure dans un match impliquant le Zürich SC. Allô Houston, la deuxième volée de nos Galactiques de la National League 2024-2025 est parée au décollage !
L’étoile Albert Buchard
Il y a de ces endroits où tous les plus fins connaisseurs de notre sport s’accordent à dire qu’il est difficile d’aller gagner. Par exemple, au hasard, une station située à plus de 1’500 mètres d’altitude qui compte à peine plus de 2 fois la capacité de sa patinoire en habitants. C’en est presque devenu une excuse, histoire de faire de la moindre victoire à Davos où à Lugano un exploit surhumain. Cela dit, existe aussi l’école des connaisseurs encore plus fins qui préfèrent se ranger derrière le fameux « dans cette ligue, de toute façon, tout le monde peut battre tout le monde. » Mouais. Il y a quand même des équipes qui en battent moins d’autres que d’autres (Suivez mon regard…), et les chiffres le prouvent.
Et quoi qu’on en dise, il y a aussi des équipes qui voyagent mieux que d’autres, peut-être parce qu’elles ont tout simplement un meilleur car. En l’honneur du fondateur de ces bus bleus qu’on a tous déjà emprunté au moins une fois à 4h du matin pour se réveiller (pour ceux qui arrivent à y dormir) à Europa Park à 9h, l’étoile de l’équipe qui a le mieux voyagé revient cette année aux Zürich Lions. Mais on ne pourra pas dire que ce classement n’était pas serré, puisqu’aux 41 points récoltés sur la route par le Z suivent les 40 points de Berne, les 39 de Fribourg, les 38 de Davos et les 37 de Lausanne. Cela promet en vue des play-off !
L’étoile Heinz Ehlers
Si Napoléon Bonaparte a peut-être vraiment dit, un soir au chalet, entre une conquête territoriale et une conquête charnelle, la fameuse phrase citée la semaine dernière (désolé, il faudra lire mon article précédent pour savoir laquelle, ou alors lire ce qui suit et faire preuve d’un peu de jugeote, à vous de voir), Heinz Ehlers, de son côté, a plus que certainement prononcé chaque matin en se levant, comme un mantra, sa contraposée : « La meilleure attaque, c’est la défense. » Plus que cela, l’entraîneur danois l’a appliquée avec un systématisme détaché et une inéluctabilité implacable forçant l’admiration durant toute sa carrière, demeurant invariablement inflexible alors même qu’il est le premier spectateur du jeu qu’il propose chaque soir de match. Ehlers, c’est un peu une petite métaphore de l’Homme à lui tout seul : on sait bien que ce qu’on fait, c’est moche. On sait qu’on pourrait faire mieux si on le voulait. Mais on ne le fera pas, parce que ça marche comme ça.
Comme on l’a vu, il y a les équipes qui ont bien voyagé, et il y a celles qui sont allées jusqu’à amener leur bus sur la glace et le planter devant leur but. Vous l’avez compris, l’étoile Heinz Ehlers récompense la meilleure défense du championnat. On dit que l’attaque fait gagner des matchs et la défense des titres, et Heinz Ehlers a le mérite de prouver le contraire. N’empêche que, cette saison, l’étoile de la meilleure défense coïncide bien avec réussite au classement puisqu’elle est remportée par les Lions de Zürich.
À noter que ce classement récompense aussi d’excellents gardiens, puisque le Lausannois Kevin Pasche et son presque record de blanchissages en une saison ainsi que le portier de Langnau Stéphane Charlin suivent le Zürichois Simon Hrubec sur le podium. Rien de moins que les trois meilleurs gardiens de la ligue en buts encaissés par 60 minutes. Et là, tout à coup, comme on a peur de se transformer en vrai journaliste du Blick, on va tout de suite embrayer en vous donnant une autre information qui vaut aussi son pesant de saucisses : Thibaut Fatton, le troisième gardien de Lausanne, est tout simplement le meilleur gardien de la ligue cette saison avec un taux d’arrêt de 100%. Pour 6 tirs reçus (et arrêtés). Quand c’était ? Excellente question. On enchaîne.
L’étoile Cédric Borga
À l’heure où les expected les plus variés et les plus poussés envahissent le sport, il demeure une stat que les vrais fans de hockey espèrent ardemment voir apparaître sans vraiment le savoir, un peu comme on espère toujours que Batman va tomber du ciel pour nous aider à nous relever quand on trébuche dans les escaliers en public (ah bon ? Je suis le seul ?) : celle des points volés par les arbitres à chaque équipe durant la saison. Nul doute que nos zèbres en accumuleraient assez sur une saison pour jouer une qualification en play-in, à tout le moins. Rien qu’à voir : tout le monde s’arrache la première place de ce classement fantôme sur les réseaux sociaux chaque soir de match aux quatre coins de la Suisse.
Alors comme cette statistique, pour des pseudo-raisons d’objectivité, n’existe toujours pas malgré les innombrables réclamations qui servent de papier toilette au juge unique (il paraît que Berne et Zürich auraient mis leur véto), on a préféré aborder ce qui s’en rapproche le plus parmi les stats officielles autorisées par la ligue dans sa grande magnanimité : le temps passé en powerplay et en boxplay durant la saison. Cédric Borga gardera son précieux sac de points volés bien au chaud dans sa cave et en fera ce qu’il voudra, promis, on n’y touchera pas. On se contentera ici de décerner l’étoile portant son nom au *roulements de tambour dramatiques* HC Ambri-Piotta, car ce sont bien les Léventins qui ont passé le plus de temps en powerplay cette saison.
En ce qui concerne les Romands, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, vous apprendrez que Fribourg est deuxième de ce classement tandis que Genève est dernier, et Lausanne antépénultième (ça veut toujours dire avant-avant-dernier). Là, si j’étais face à vous, en direct, je laisserais après cette information un silence éloquent et révélateur, mais comme j’écris tout seul dans ma chambre, je vais passer à la suite, non sans vous dire que l’avant-dernier de ce classement (entre Lausanne et Genève, donc), n’est autre que le SC Berne *bruit de toux étouffée*.
Et côté boxplay, quoi de neuf ? Ben, que du vieux. Lausanne et Genève, en plus de passer le moins de temps en powerplay, ont aussi passé le plus de temps en boxplay cette saison. Et Ambri, encore eux, a passé le moins de temps en boxplay. À méditer, donc.
L’étoile Mike Tyson
Il est fini, le temps où les gardiens dont le nom commence par Sandro et se termine par Zurkirchen encaissaient des buts gags depuis la ligne rouge marquant le milieu de la patinoire. N’est-ce pas ? Demandez un peu à Charlie Lindgren, qui nous a offert il y a quelques semaines de quoi constituer un joli dossier d’accusation pour pari sportif. Les joueurs, et même les goalies, l’ont bien compris eux-mêmes, comme le démontre la vidéo ci-dessous : plus on se rapproche du but, plus on a de chances de marquer. C’est d’une logique implacable, et aussi simple que ça. Pour la vérifier, il suffit de décerner aussi sec l’étoile Myke Tyson du combat rapproché, en se penchant sur la distance moyenne des tirs dans l’élite du hockey suisse. À ce petit jeu, c’est bien l’attaque la plus efficace du championnat qui s’en sort le mieux : l’EV Zoug a pris le taureau par les cornes en tirant en moyenne à 11,34 mètres du but – stratégie efficace, comme on l’a vue la semaine dernière. Au fond de la classe, le HC Ajoie a préféré, comme dans la regrettée émissions « Intervilles », prendre ses distances avec la vachette en tirant en moyenne à 12,58 mètres du but adverse. Et Ajoie, pour ceux qui se posent encore la question, a bien la pire attaque de National League cette saison (d’assez loin d’ailleurs, avec plus de 20 buts de retard sur ce qu’on peut appeler le peloton). Alors, il y en a encore qui doutent du pouvoir implacable des statistiques ?
Charlie Lindgren rips a backhand into his own net. Because Brayden Point was the last Lightning player to touch the puck, Point is credited with a goal and therefore a hat trick tonight
byu/eh_toque inhockey
L’étoile Legolas Vertefeuille
Le grand Wayne Gretzky disait de son temps : « On rate cent pour cent des tirs que l’on ne prend pas. » Cette étoile-ci nous permet de faire honneur au GOAT de l’histoire du hockey au moins une dernière fois avant que celui-ci ne soit dépassé (à moins qu’il ne l’ait déjà été au moment où cet article paraît) par le vétéran Alex Ovechkin (en passe de battre le record de buts en NHL). L’étoile Legolas Vertefeuille correspond en effet au classement du nombre total de tirs pris (cadrés, sur les montants et hors-cadre, toutes catégories confondues) par chaque équipe de National League cette saison.
Car s’il y a des équipes qui attendent patiemment d’être le plus près possible de la cible pour faire feu, il y a aussi de ces équipes qui font feu de tout bois et n’arrivent à cours de flèche dans leur carquois qu’environ une fois tous les six films, ou une fois par siècle en d’autres mots (et je prie pour qu’il en reste ainsi). Et le comble, c’est que c’est toujours pile là où ça compte le plus. On ne peut qu’espérer (ou pas, tout dépend du point de vue) que cela n’arrivera pas au SC Bern, l’équipe qui domine ce classement des tirs 2024-2025 avec un total de 3076 tirs pris cette saison (soit près de 60 tirs par match !), et qui reçoit donc, en prime, l’étoile nommée d’après l’elfe préféré de ton elfe préféré. Mais ne vous emballez pas, les Ours, ça ne compte quand même que pour une !
L’étoile Antony Matheus dos Santos
Y a-t-il dans l’histoire du football joueur ayant plus sous-performé que le Brésilien Antony, transféré à Manchester United pour la modique somme de 100 millions d’euros à l’été 2022, devenu indésirable en un temps record et envoyé depuis cet hiver prendre le soleil en Andalousie, au Bétis Séville, après avoir marqué 12 buts en près de 100 matchs pour les Red Devils ? Nous sommes d’avis que non, et sur cette base transpirant l’objectivité, nous avons décidé de faire honneur à celui qui a récemment fait passer le 2e du classement du Ballon d’Or 2024 Vinicius Junior pour un bouliste lors de la victoire du Bétis 2-1 devant le Real Madrid (la première depuis environ cinq ans). Pour ce faire, nous lui avons confié non pas l’étoile du plus beau spinorama, mais bien celle de la sous-performance.
Comment ai-je mesuré la sous-performance, me demanderez-vous alors tout à fait légitimement ? Je ne peux me vanter d’avoir compris dans les détails toutes les nuances et tous les enjeux de cette statistique nébuleuse que représente l’expected goal (hormis bien sûr pour le fameux poncif d’une limpidité absolue « à la fin du match, l’équipe victorieuse a 100% de chances de l’emporter »). Malgré cela, je me suis mis dans la peau d’un vrai journaliste, pour une fois, et je me suis basé sur un simple calcul différentiel entre le nombre total de but marqués d’une équipe et le nombre total de buts escomptés au cours de la saison. Si une équipe a marqué plus que ce qu’elle était supposée marquer selon les dieux du hockey, elle a surperformé. Si, au contraire, elle a marqué moins que ce qu’elle aurait dû selon les sacrosaints esprits de la rondelle, elle a sous-performé. C’est aussi simple que ça. Et à ce petit jeu, c’est le HC Fribourg-Gottéron qui est largement en tête avec un indice de sous-performance de plus de 20. Vous avez bien lu, Fribourg a égaré 20 buts par rapport à ce qu’il aurait dû marquer cette saison. Où ? Quand ? Comment ? C’est un mystère que seuls les maîtres des arcanes de notre sport détiennent. Mais c’est peut-être de bon augure pour les play-off, là où, à l’autre bout de la chaîne, l’EV Zoug s’est débrouillé pour inscrire 20 buts de plus que ce que la grande balance mystique des patinoires ne le lui a alloué cette saison (en mots plus simples, Zoug a cumulé 20 buts marqués de plus que de buts escomptés).
Étoile bonus bonus n°2 : l’étoile David Luiz Moreira Marinho
Il fallait bien en donner une au HC Ajoie. Non ? Si. Vous vous demandez tout à fait légitimement laquelle, et, à ce stade, moi aussi, mais laissez-moi d’abord vous en donner la très simple raison : le HC Ajoie, c’est le chantre, le modèle, le champion toutes catégories confondues de la lose du hockey suisse. J’en veux pour preuve que sur les 12 classements établis par nos soins, le HC Ajoie est dernier ou avant-dernier 8 fois (et pas non plus sur les classements les moins significatifs). C’est d’ailleurs sans compter le classement rétro, dans lequel il n’est pas dernier juste parce qu’il n’était pas en ligue nationale A à l’époque (et ça, Messieurs, je n’appelle pas ça une excuse valable). Ajoie, c’est la pire équipe à domicile, la pire équipe à l’extérieur, la pire attaque, la pire défense, la plus grande distance moyenne des tirs et le moins de tirs pris cette saison. Merde, si au moins on pouvait accuser le sort, mais le HCA est même dernier en tirs sur les montants ! À ce stade, c’est quand même pas croyable !
Bref, si ces Messieurs de la ligue nous lisent, déjà, on salue leur bon goût, et deuxièmement, on se permet de leur signaler qu’il y a peut-être au moins une leçon sérieuse à tirer de cet article. On n’est pas le Blick, mais nous aussi on le dit : il y a peut-être au moins une équipe de trop dans cette ligue qui se prétend volontiers l’une des meilleures en Europe. Rien que pour ça, il fallait bien accorder une étoile de la lose à nos amis jurassiens, qu’on ne croit pas rancuniers, au vu des performances de leur équipe.
Cette étoile, c’est sûrement la seule qu’ils pouvaient espérer glaner, hormis l’étoile de la constance au classement. D’un footballeur brésilien à un autre et en mémoire d’un match inscrit au panthéon de la lose sportive du XXIe siècle (voire de l’histoire), ce n’est que justice que cette étoile porte le nom, avec tout le respect qu’on lui doit, du capitaine de la sélection brésilienne du Mondial 2014. Cette étoile, c’est celle du temps passé à être mené au score, que les Ajoulots remportent haut la main en ayant passé 49.98% du temps à courir après leur retard au tableau d’affichage cette saison. C’est 10% de plus que Rapperswil, deuxième, et près de 30% de plus que Zürich, « dernier » de ce classement. À l’inverse, le HCA n’a passé qu’un maigre 16.94% du temps à mener. Et s’il y a bien une logique implacable dans le sport, c’est que plus longtemps tu es mené au score, moins tu gagnes. Et, comme dirait l’autre, moins tu gagnes, moins tu gagnes.
En définitive, Ajoie a conclu sa quatrième saison de National League fixé à la dernière place du classement de septembre à février et aussi solidement que deux pièces de LEGO plates de deux carrés sur un emboîtées l’une sur l’autre. C’est bien simple, dans le Jura, le seul plan qui a marché en quatre ans, c’est le plan anti-Chaux-de-Fonds (consistant globalement en le prêt de joueurs à l’adversaire de la Chaux-de-Fonds dans les play-off de deuxième division afin de s’assurer de l’élimination du principal candidat à la promotion en National League, et donc, de la principale menace pour la place du HCA dans l’élite du hockey suisse). Il faut croire qu’ils n’en ont pas encore eu assez. Quant à nous, on ne se posait plus de questions sur le jeu proposé à Porrentruy depuis au moins 3 ans, et on ne s’en pose désormais plus non plus sur la mentalité. C’est pas la joie. Mais un consultant dont on ne citera pas le nom arguera probablement qu’après tout, la Chaux-de-Fonds aurait du s’y attendre, et que c’est donc un peu de leur faute, non ?
Que dire d’autre pour conclure sur cette cuvée 2024-2025 de National League ? Qu’en gros, quand on arrive à la fin de la saison en hockey, rien n’est encore fait, et que si vous connaissez Mario Party, vous avez forcément déjà vécu au moins une fois cette partie où un de vos potes finit troisième ou quatrième du classement avant de vous souffler toutes les étoiles bonus de fin de jeu et de passer devant vous comme si de rien n’était au final, ne vous laissant que vos yeux pour pleurer. Je conclurai donc qu’au hockey, c’est parfois pas si différent, et que j’ai comme qui dirait l’idée que cette année, on va assister à ce genre de partie. Et vous ?
Crédits photographiques :
Albert Buchard : Buchard Voyages, https://www.buchard.ch/historique/
Heinz Ehlers : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ehlers_Heinz.jpg
Cédric Borga : Flickr, https://www.flickr.com/photos/mark6mauno/14862056130
Mike Tyson : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mike_Tyson_Photo_Op_GalaxyCon_Austin_2023.jpg
Legolas : YouTube
Antony : Wikidemia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Antony2022.jpg
David Luiz : Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:David_Luiz_ConfedCup2013Champions17.jpg
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