
D’aucuns essaient de vous faire croire que le tøurnøi åmicål entre pseudo-équipes nationales faites de bric et de broc qui vient de se terminer à Stockholm et Herning était ce que le hockey mondial avait de mieux à offrir en ce mois de mai aussi humide que le canal lacrymal d’un cocker dépressif. Pas de ça sur Carton-Rouge. Direction la Rogers Place – non, pas sur la Goldküste, à Edmonton – pour le troisième acte de la finale de conférence ouest de NHL entre les Oilers et les Stars qui en étaient à une victoire partout avant le puck drop. En d’autres termes, l’officieuse mais véritable demi-finale du championnat du monde. Jouée sur un best of seven et pas sur un malentendu dans une enceinte danoise qui sonne presque aussi creux qu’une allocution d’Ignazio Cassis.
Le match en trois mots
À quoi bon ?
Non, on ne parle pas du fait que Nino Niederreiter a pris une succession de vols Winnipeg Loseipeg – Minneapolis – Amsterdam – Billund histoire d’arriver juste à temps pour être sûr de jouer un Suisse-Kazakhstan im-por-tan-ti-ssi-me (il s’agissait tout de même de savoir qui allait accompagner la France dans sa chute en Division IA) mardi dernier.
Essayons de rester concentré sur le sujet qui nous occupe (même si ce n’est pas notre fort) : à quoi bon jouer cette finale de conférence ouest quand on sait que le vainqueur de la Coupe viendra de l’est ?
Tiens, comment sait-on cela au juste ?
Parce que ce rédacteur est un fan absolu des Stars doublé d’un pessimiste pathologique ? Certes.
Parce que les Florida Panthers tenants du titre sont nettement supérieurs à toute concurrence cette année encore ? Ça se tient.
Parce que les Oilers n’ont plus soulevé le trophée depuis 1990 (la seule fois sans Wayne Gretzky, mais avec le « Bernois » Reijo Ruotsalainen) et Lord Stanley n’a plus mis les pieds au Texas depuis l’été 1999, année de son seul voyage dans le Lone Star State ? Pourquoi pas.
Mais surtout parce qu’Edmonton est, selon nos doctes pronostics basés sur l’humidification d’un index en pleine bise lémanique, le favori de cette série et qu’un certain Corey Perry (40 ans) grossit les rangs de la franchise de l’Alberta. Si vous ne savez pas pourquoi cette info a priori complètement anecdotique est d’une importance capitale en finale de Stanley Cup, courez lire ces quelques lignes, vous nous en direz des nouvelles.
Bon OK, c’était 2155 mots, mais vous êtes de retour sans trop de séquelles, c’est le principal.
Et pour Perry c’est 1254 matches (de saison régulière donc) depuis sa première et dernière Coupe en 2007.
Les trois étoiles du match
⭐️⭐️⭐️ Les arbitres. Après avoir laissé le bien mal nommé Darnell Nurse envoyer Roope Hintz, centre numéro 1 des Stars, à l’hôpital impunément lors de l’Acte II, un puck sorti en zone défensive par les Oilers s’est transformé non pas en pénalité contre McJesus et Cie, mais en deux réussites en 36 secondes en fin de première période (Evan Bouchard et le McMessie lui-même, 15e minute, 2-0). La croix et la bannière. A moins d’être en colonie de vacances sur Ganymède depuis 10 ans, il est difficile de ne pas savoir que la ligue vendrait son âme pour pouvoir attribuer la Coupe à son Connor McGoliath chéri, mais il y a sûrement moyen de faire ça plus discrètement.
⭐️⭐️ Lian Bichsel. Quand tu as la ligne d’attaque la plus terrifiante de la ligue en termes de profondeur et que ton défenseur défensif suisse marque ton seul but du match (36e, 2-1 à ce moment-là), c’est qu’il y a un léger souci. OK, le but a été attribué bien plus tard à Jason Robertson, apparemment auteur d’une déviation invisible à l’œil nu, mais le constat demeure.
⭐️ Le Bamee Bar, qualifié de « fantasque » (c’est le prénom) par Robin Carrel dans les colonnes du 20 minutes. En effet, ce haut lieu des délires nocturnes lausannois par ailleurs adulé par tous ses voisins organisait un stand à saucisses (original pour un resto thaï) et un suivi de la finale du championnat du monde susmentionné susdénigré sur ses écrans dimanche soir, entre deux p’tits shots. Le tout servi par Benjamin Antonietti, Alain Reist et Alain Miéville. Le lieu de perdition favori de la rédac’ de CR aura définitivement mérité la première étoile le jour où il transmettra de la NHL en live accompagnée de burgers et de Bud Light, mais c’est un début qu’on aimerait saluer à sa juste valeur.
Le tournant du match
Le moment où Stuart Skinner, portier des Edmonton Oilers, a décidé de revêtir son costume de Dr Jekyll infranchissable (33 tirs stoppés, 97% d’arrêts) au détriment de celui de Mr Hyde, gardien de beer league au pourcentage de parades inférieur à 85%, comme lors de l’Acte I (81%).
Les fluctuations du niveau de Skinner en playoffs. D’œuf pourri ascendant crotte de nez au vomi à citron immaculé en deux jours.
Sur les réseaux au soir de la victoire 6-3 des Stars lors de l’Acte I. La réponse la plus « likée » en commentaire ? « This aged like milk ».
Le slapshot en pleine lucarne du match
Bouarf. Le tir décisif de Tage Thompson à la 63e minute de la finale Suisse-USA à Stockholm ? Oui, il nous arrive d’être assez littéral sur CR.
Le vieux rotoillon en cloche du match
Figurez-vous que la Suisse est devenue vice-championne du monde pour la quatrième fois (Goran Ivanisevic, Andy Murray and Jan Ullrich like this) dimanche soir, et ce sans aucune considération pour Lian Bichsel, qui en plus d’être privé de convocation sous les drapeaux jusqu’en 2026 compris, n’a même pas pu regarder la finale puisque cet Acte III (autrement plus important, on en convient) commençait une heure après le coup d’envoi de la finale à Stockholm.
Le Suisse-USA U16 des JOJ le 19 janvier 2020 n’était pas mal non plus. Le score final ? 2-8.
Au fait, à l’attention des membres de la presse et des médias américains qui s’échinent à prononcer son nom « Bischel » pour des raisons obscures :
Image rare de Patrick Fischer se prosternant devant son joueur banni pour qu’il réintègre l’équipe nationale pour le Mondial à domicile et les JO de 2026.
Le chiffre à la con
5-1. Comme le score entre Dallas et Edmonton au nombre de Finlandais par équipe (oui, on s’attribue les victoires qu’on peut). 5 pour les Stars (Miro Heiskanen, Mikko Rantanen, Roope Hintz, Mikael Granlund et Esa Lindell) et 1 pour les Oilers (Kasperi Kapanen).
De l’autre côté du pays, 4 autres ressortissants de la contrée du sauna et de l’hilarité et de la loquacité excessives – euh ah non, juste du sauna – portent le maillot le pelage des Panthers et affrontent les Carolina Hurricanes (qui ne sont pourvus que de 3 Finlandais, les pauvres) pour l’autre place en finale. C’est sûrement pour ça que ce qui restait de leur équipe nationale a pris une seille contre les États-Unis en quart de finale du Mondial jeudi dernier.
L’anecdote
Le coach d’Edmonton se nomme Kris Knoblauch et c’est la seule explication qui tienne la route pour justifier le fait que l’immortel Andres Ambühl – et ses 151 matches au Mondial – n’ait jamais percé en NHL. Oui, il faut ressusciter vos restes d’allemand du gymnase pour celle-là.
Ce patronyme est au passage presque aussi baroque que celui du GM des Winnipeg Jets qui fait partie des trois nominés pour le Jim Gregory General Manager of the Year Award au même titre que ses collègues de Dallas et Florida : Kevin Cheveldayoff.
Une image qu’on peut entendre. C’est cadeau.
Et sinon dans les tribunes ?
Comme vous le savez si vous avez suivi notre live ticker dimanche soir, le public new-yorkais était littéralement suspendu aux lèvres des commentateurs sur les divers écrans des bars de Manhattan qui transmettaient simultanément les exploits des Stars et de l’équipe nationale US. Et on ne parle pas ici uniquement des téléspectateurs sourds.
Le mot que vous cherchez est « liesse ».
Ah mais à Edmonton vous dites ? Bah, les gars étaient habillés en orange et étaient contents quoi. En espérant que ça change mercredi soir (l’humeur, pas la couleur).
La minute Ryan Suter
On rappelle pour les profanes que Suter est le Jonas Junland texan, dont le contrat a (enfin !!!) été racheté par la franchise l’été dernier, histoire de se débarrasser d’un poids mort à 3,65 millions de dollars la saison et de l’envoyer à St-Louis. On n’a pas fait le décompte pour savoir combien coûte la bourde défensive à ce tarif.
On va dire que cette minute revient à toute la défensive texane pour les 6 buts encaissés dimanche.
La rétrospective du prochain match
Au-delà du reste de cette série, on a envie de vous dire qu’on espère trouver le temps de se rendre à Grenoble la saison prochaine, puisque les Brûleurs de Loups semblent avoir enfin fait valider leur candidature pour une place en National League helvétique. Ajoie n’a qu’à bien se tenir.
On veut bien affronter des ressortissants de plus d’un pays à l’extérieur, mais leurs patinoires ne doivent pas être séparées de plus de 675 km.
Crédits photographiques:
Image de tête, partie gauche (Connor McDavid): All-Pro Reels/CC0/Flickr https://www.flickr.com/photos/joeglo/51860833430/
Image de tête, partie droite (Mikko Rantanen): Jenn G/CC BY-SA 2.0/Flickr https://www.flickr.com/photos/jennthulhu_photog/54418748206/
Lian Bichsel contre les USA: Martin Rulsch/CC BY-SA 4.0/Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:2020-01-19_Ice_hockey_at_the_2020_Winter_Youth_Olympics_%E2%80%93_Men%27s_tournament_%E2%80%93_Preliminary_round_%E2%80%93_Switzerland_vs._USA_(Martin_Rulsch)_063.jpg
Lian Bichsel & Matty Beniers: Jenn G/CC BY-SA 2.0/ Flickr https://www.flickr.com/photos/jennthulhu_photog/54428703868/
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