Skions pendant qu’il reste de la neige

À quand reverrai-je...

C’est le 26 octobre que sera lancée la Coupe du Monde de ski alpin 2024-2025. Honneur aux dames qui, comme de coutume, ouvriront les feux par le traditionnel slalom géant sur le glacier de Rettenbach, à Sölden. Parce que là-bas, eux, ils ont la chance d’avoir un glacier encore skiable, bien recouvert cette année de la belle blanche déposée sur les cimes de la vallée de l’Ötztal par la tempête Boris, tempête qui, faisant le bonheur des skieurs d’octobre, a également ravagé une bonne partie de l’Europe centrale au passage. Mais bon, la misère de tout un chacun face à l’écologie punitive, la vraie, c’est pas le sujet, ici et maintenant.

Et puis ? Et puis on verra bien, en fonction de la météo, de l’enneignement, etc…

Une chose est sûre, on ne verra personne traverser la frontière helvético-italienne face au Cervin à plus de 120 km/h, faisant l’œuf, bâtons sous les bras. La faute à la neige, la faute au vent, la faute à ces maudites conditions naturelles inhérentes aux activités d’extérieur, la faute aux critiques virulentes des athlètes. Quel dommage d’avoir été obligé de caser ces épreuves à une date où, les centenaires de Zermatt vous le diront, les conditions ne sont jamais très bonnes, voire toujours exécrables. Et pourtant, le vénérable président de la FIS, le Suédois Johan Eliasch le disait très clairement dans les colonnes du Nouvelliste : « On doit rendre notre sport plus attractif, le rajeunir, trouver de nouveaux fans, de nouveaux marchés, de nouvelles destinations. On doit devenir des aventuriers, sortir du lot. C’est ce qu’on devait réaliser avec les épreuves de Zermatt-Cervinia, qui illustrent notre nouvel état d’esprit ».

L’aventure ! Le nouvel état d’esprit ! Le bonheur !

Pourtant, Zermatt, le nouveau marché, la nouvelle destination, c’est un beau zéro pointé : huit annulations en huit courses programmées depuis l’annonce en grande pompe début 2022 de cette nouvelle étape… seule nouvelle étape, en vrai, soyons francs. La piste des jeux de Pyeongchang ? Pas assez bien pour devenir étape officielle de la Coupe du Monde, semble-t-il. Et celle de Pékin ? Itou. Ou est-ce les habitants du coin qui n’ont pas jugé intéressant de proposer leurs pistes à la FIS ? C’est dommage, on nous avait pourtant bien vendu du rêve avec l’organisation de ces jeux dans ces contrées sortant du lot, illustrant le nouvel état d’esprit des sports d’hiver, ces nouveaux marchés si bien peuplés de si nombreux nouveaux fans. Pile dans la cible mentionnée par Johan Eliasch, pourtant.

On lance des pelleteuses, dès septembre, sur le glacier de Rettenbach pour préparer l’inauguration de la saison. Travaux nécessaires pour assurer la sécurité de tous. Évidemment. On n’en doute pas une seconde. On sait que la partie est perdue, mais on s’accroche aux rêves. On artificialise la montagne pour y tenir des épreuves sportives, alors même que les effets du réchauffement y sont spectaculaires – un dilemme déjà illustré par l’organisation des épreuves de ski des Jeux de Pékin sur des pentes arides, desséchées, désertiques – tout sauf idéal pour la glisse télévisée en mondovision – ou préparées à l’aide d’hélicoptères et camions de neige pour garantir la tenue de l’épreuve sur la mythique piste autrichienne de Kitzbühel (départ à 1665 m d’altitude pour une arrivée à 800 m).

À l’heure où le monde devient brûlant et où les domaines skiables de basse altitude ferment les uns après les autres, peut-on déjà se demander si les champions que l’on acclamera cette saison seront dans les derniers à faire briller nos yeux sur les classiques, ces belles courses des anciennes et vénérables destinations, que ce soit Wengen (1’274 m d’altitude), Kitzbühel (800), Bormio (1’225), Adelboden (1’350), ou encore Schladming (745) ?

Dépêchons-nous de ne pas rater une miette de la nouvelle saison. Elle s’annonce froide et sans neige. Pas un souci, froide rime encore, toujours et surtout avec enneigement artificiel. 2024-2025 devrait jouer. Et puis, si jamais, on pourra toujours utiliser les belles pentes menant à nos chères stations pour s’adonner et vendre au plus offrant d’autres activités sportives lucratives. Souvenons-nous, la montée du glacier de Sölden a déjà servi d’arrivée à deux étapes du tour de Suisse, en 2015 et, par l’autre côté, en 2017.

Conditions idéales depuis quelques années, même à 2780 m d’altitude.

A propos Olivier Bender 43 Articles
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1 Commentaire

  1. Bon jusqu’à maintenant j’aimais bien les articles de Bender, mais là un adepte de l’écologie punitive, je sens que je vais avoir plus de peine dorénavant…
    Je pense personnellement qu’il faut inciter, pas punir ou interdire. Le ski a aussi plein de bon côtés ne le nions pas.
    Bonne journée.

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