Pigeon 3 – Murat Yakin

Quand les rédacteurs en chef m’ont parlé de ressusciter les Pigeons, j’ai tout de suite dit que je m’occupais de Yakin. Forcément : il occupe beaucoup mes pensées. Quand j’ai des idées noires je pense à Yakin, quand j’ai la gastro je pense à Yakin, et j’ai un furoncle au cul que j’ai baptisé Murat.

Mais c’était un peu précipité de ma part, car tout a déjà été dit sur Yakin, y compris sur ce site, et y compris bien évidemment par mescolles. Et puis nos lecteurs regardent les matches eux aussi. Nul besoin de leur expliquer que ça ne fonctionne pas, ils le voient, c’est sous leurs yeux, c’est indéniable.

On peut rappeler pour le fun qu’au sortir de l’Euro et de sa prolongation de contrat (jusqu’en 2028 ! Misère…) Murat s’est vu fixer par sa hiérarchie un double mandat : que la Nati conserve sa place dans le groupe A de Ligue des Nations, tout en renouvelant l’équipe dans la perspective du Mondial 2026. Inutile de revenir sur la première partie du deal (6 matches, aucune victoire, 14 buts encaissés), la Suisse a tout simplement été ridicule dans cette compétition. La deuxième partie est plus intéressante à mon sens, car cela crève les yeux que Yakin n’a pas du tout, PAS DU TOUT, le profil pour y arriver.

Murat est un gars qui fonctionne aux coups d’éclat. Il n’aime rien tant que surprendre son monde avec un système inédit, une rocade, une sélection surprise. Souvent ça merde, et tu en prends six contre le Portugal en huitième de finale de coupe du monde, mais ce n’est jamais de sa faute (jamais, vraiment jamais) et parfois ça passe et tu bats la Hongrie au premier match de l’Euro sur un but de Kwadwo Duah. Un joueur qui ne représente pas la relève (il a 27 ans), qui n’était pas dans le groupe avant, et qui ne l’est plus aujourd’hui (il a joué 15 minutes sur l’ensemble des deux premiers matches de la Ligue des Nations, puis n’a plus été sélectionné). C’est absolument emblématique de la méthode Murat.

Confier le renouvellement à long terme d’une sélection à un entraîneur qui est un adepte des coups de poker, qui sont par définition du court terme, ça ne tient pas debout. C’est comme si j’amenais ma fille à la lecture en lui offrant des livres de Gabriel Matzneff, il y a un truc qui coincerait.

Le résultat est que cette équipe ne ressemble plus à rien.

En 2024, les amoureux de l’équipe de Suisse sont fatigués. Cette Nati est comme une vieille relation que tu essaies d’entretenir sans plus y croire vraiment. Tu continues à aller la voir quand l’occasion se présente, parce qu’au fond tu es toujours un peu épris, mais il n’y a plus de sel, plus assez d’émotion. Tu sais déjà avant chaque rencontre que tu vas être déçu, qu’elle n’arrive plus à te faire vibrer, que ce même moment un peu plat, tu l’as déjà vécu 100 fois.

Et contre toute attente, au milieu de cet océan de platitude, de ce désert émotionnel, de ce coma sentimental, elle te fait la meilleure pipe de ta vie le 29 juin en battant l’Italie 2-0 lors d’un match parfaitement maîtrisé de bout en bout.

Alors on retient quoi ? Le spasme de l’été ou l’engourdissement du reste de l’année ?

Pour ma part ce sera un gros bec pour l’orgasme, et un pigeon pour le reste de son œuvre. Au risque de fâcher ceux qui s’occupent de sa page sur Wikipedia :

A propos Yves Martin 257 Articles
Cette Nati a deux vertus : celle de faire rêver quasi tout son peuple, et celle d'emmerder les connards de la fachosphère. Longue vie à elle.

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