
On est en juillet, l’été bat son plein, et traîne derrière lui sa cohorte de certitudes puant la transpi : les forêts brûlent, les Allemands honorent le bon vieux temps en envahissant la Méditerranée, et le LHC rapatrie un ancien joueur dont le potentiel hockeyistique équivaut à peu près à celui d’une chaussette trouée utilisée comme verre d’eau (ça n’aurait déjà pas très bien marché à la base, mais le trou n’arrangera certainement rien). Oui, nous avons nommé Floran (on a vérifié pour la 57e fois, et non, il ne manque toujours pas de « i ») Douay. Car dans un mercato aussi saturé en joueurs à licence suisse talentueux qu’une saison du HC Ajoie en victoires, ben les directeurs sportifs, ils ont plus qu’à faire comme toi quand t’arrivais à la fin du tirage des équipes à la gym : prendre ce qui reste. Encore qu’eux, au moins, ils peuvent le justifier par l’argument de la profondeur de banc, des potentielles blessures, tout ça, alors que toi, t’avais juste pas le choix de la prendre, Karen. Désolé Floran, mais bon, voyons le positif, ça veut aussi dire que comme ton petit-cousin germain par alliance Désiré (On vous l’accorde, l’air de famille saute pas aux yeux.), tu auras la chance de jouer la Champions League. Et d’y affronter avec le LHC un monument du hockey européen, en l’occurrence le seul et unique recordman de titres en Champions Hockey League, le HC Frölunda Göteborg.
L’histoire complètement bidon du club
Laissons de côté la question de savoir si détenir le record de Champions Hockey League (en une grosse dizaine d’éditions) représente un plus grand ou plus petit exploit que détenir le record de NRJ Music Awards, car le club lui-même, au vu du nombre de mentions de la CHL sur son site, semble avoir formé une opinion sur le sujet. Parlons un peu des faits.
Vous le savez, nous le savons, l’année 1492 fut une année absolument cruciale dans l’histoire de l’humanité. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que les pérégrinations de Christophe Colomb sur la route des Indes l’ont d’abord mené… à l’entrée de la mer baltique, sur une petite île prise dans la glace. Là, le bon Christophe mit pied à terre, glissa, tomba, se releva, et fut surpris de se trouver devant une troupe de locaux barbus casqués, juchés sur des lames de métal glissantes, armés de bâtons recourbés et se battant pour la possession d’une petite rondelle de bois. Il prit ce qui devait être le tout premier Winter Classic de l’Histoire pour un rituel tribal primitif et ne s’en laissa pas déstabiliser. Il demanda poliment s’il se trouvait bien aux Indes (« Indias ? Indias ? »), quoiqu’il fît un peu plus froid qu’espéré. Il ne devait jamais comprendre la réponse : « Nej, du är i Sverige, stackars. » (« Ben non, t’es en Suède, pauvre tache. »)
Les Suédois inventèrent alors la bagarre générale et en firent usage de bon cœur sur le pauvre explorateur. Fort heureusement pour le cours de l’Histoire, Colomb parvint à s’enfuir, et les Suédois d’alors décidèrent de nommer en sa mémoire leur club nouvellement fondé les « Frölunda Indians », ainsi que l’île où il avait accosté d’après son cri de détresse répété.
Ainsi fut baptisée l’île de Hönö, au large de Göteborg. Heureusement que Colomb était réputé pour sa maîtrise de soi, on est pas passés loin d’une île appelée Mämmämiä ou Väffanculö.
Quant à Colomb, il fut soulagé de trouver les vrais faux Indiens en général bien plus facile à civiliser et se jura de ne plus jamais voguer vers le nord.
Couleurs, symboles et mascotte à la con
Depuis le passage de Colomb dans la baie de Göteborg, de l’eau a coulé sous les ponts. Le club a en effet tout récemment complètement changé d’identité (nom, logo et symbole), mettant en avant la question raciale pour éviter de devoir avouer qu’ils ont en fait enfin réalisé qu’il n’y a strictement aucun Indien en Suède. Fort logiquement, ils ont donc remplacé Indy l’Indien (rien à voir avec Indiana Jones, c’était la mascotte du club) par quelque chose qu’on observe beaucoup plus facilement sous nos longitudes : Frölle le bison. Sans commentaire.
Après le lion sortant de chez Burger King, nous vous présentons le bison qui a match de hockey à 19h et assaut sur le Capitole à 20h.
Dans le même temps, et pour les mêmes raisons, le logo du club a également été, disons, rafraîchi. Il a gagné en sobriété et perdu en facteur « attraction de fête foraine thème western un peu cheap dont tu sais pas trop si tu vas sortir vivant », s’entend.
Un petit avant-après, pour la route.
Tout en cercles et en traits harmonieux, orné au choix d’un bison vu de face ou de deux babibouchettes de profil se tournant le dos, le nouveau logo semble faire l’unanimité. Ou du moins, il garde le mérite de ne pas évoquer un symbole totalitariste. Car il faut avouer que la transition du HC Frölunda n’a pas été aussi sereine et fluide que la transition post-Svoboda du LHC. Le premier nouveau logo dévoilé par le club en 2022 a ainsi d’abord fait parler de lui pour une raison bien pire que la tête d’Indien flanquée d’une police façon franchise de drive-in à l’américaine de l’ancien. Vous ne croyez pas ça possible ? Alors faisons entrer l’accusé sans plus attendre.
Et là, un petit avant-avant (mais plus court)-après. Prenons ici une courte pause pour envisager l’idée que ce logo date de 2022, et qu’il est passé par une chaîne de production dans laquelle quelqu’un a donné de l’argent à quelqu’un pour le dessiner.
Si vous ne voyez pas le problème avec le logo du milieu, ça signifie peut-être que votre prof d’histoire était un peu trop à la bourre sur son programme, ça arrive (souvent), on vous pardonne. Au-delà d’une laideur assez évidente à mi-chemin entre l’héliport de Greta Thunberg et un nouveau chapitre du Kamasutra, ce qui a tué ce logo à peine deux jours après sa sortie, c’est une ressemblance rapidement dénoncée par la communauté hockey avec la croix gammée nazi. Oui, deux jours, c’est bel et bien le temps qu’il a fallu au club pour faire marche arrière. Deux jours de trop, soit également deux de plus que le nombre de jours passées sur la glace par Lawrence Pilut durant la saison 2024-2025.
On vous aurait bien parlé de la vraie origine de l’ancienne identité des Frölunda Indians, issue du fait que Göteborg se situe à l’ouest de la Suède et que Wild West, Indiens, tout ça, mais on a trouvé que 1) c’était déjà assez con pour ne pas en rajouter, même pour nous, et 2) si c’était vrai, alors les Frölunda Cowboys, ça aurait quand même sonné vachement mieux. Alors on passe directement aux couleurs du club, qui ne sont autres que le bleu et le blanc de la ville, couleurs ô combien originales dans le patrimoine hockeyistique international. Mais non, on déconne ! Bien sûr qu’ils ont tout envoyé bouler pour jouer en vert « marais de Dagobah » et rouge « robe de la Castafiore », avec une bande blanche épaisse en dents de crocodile pour couronner le tout.
Frölunda HC finally debuts their new logo and jerseys after 25 years of Indian logo jerseys got cancelled. How does the new jersey & logo stack up against the Indian logo?
byu/Xoleraz inhockey
Bon, le tout est moins moche que la somme de ses parties, mais n’allez pas y chercher une logique non plus.
Stade et supporters
Frölunda, en plus d’avoir donné son nom à la méconnue Frölunda Targaryen de la connue série Game of Thrones, se trouve être un arrondissement de la ville de Göteborg, coincé entre les bien moins enchanteurs Järnbrott, Kannebäck, et Balltorp. Un quartier dont les attributs comprennent un parcours de golf, mais ne comprennent pas, en revanche, l’accueil des matchs à domicile du HC Frölunda. Allez comprendre.
Pour faire plus clair, le Lausanne HC joue à Prilly, et le HC Frölunda Göteborg joue à Heden, un autre arrondissement de Göteborg. Plus précisément dans le Scandinavium, une aréna de 12’000 places qui a l’avantage indéniable d’être couverte par un toit en paraboloïde hyperbolique inversée (en gros, elle a la tronche d’une chips Pringles géante en volume). Par ailleurs, elle est dotée d’une offre de restauration qui ramène la currywurst de l’Ilfis exactement à ce qu’elle est, à savoir un McDonald’s.
Quant à son nom style arène romaine, il sonne heureusement un peu mieux que nos essais de transposition en terres helvétiques : au choix le Lémanium de Lausanne, l’Engadinium de Davos ou le Röstigrabenium de Bienne.
En plus d’accueillir le HC Frölunda, le Scandinavium se mue, comme la Vaudoise aréna, en salle de concert à ses heures perdues. Seulement, ses concerts sont, comment dire ? Disons qu’ils ramènent les concerts de la Vaudoise aréna exactement à ce qu’ils sont, puisque s’y sont produits entre autres Bob Marley, Queen et Elton John. Autre chose que le Cirque du Soleil, c’est certain.
Quant à son public, le HC Frölunda peut se targuer de la dixième meilleure affluence d’Europe, avec une moyenne de plus de 11’300 spectateurs par match. C’est la meilleure de Suède, bien entendu, et le HC Frölunda le doit entre autres au fait que le Scandinavium est aussi l’une des deux seules aréna de première division suédoise dont la capacité dépasse les 8’500 personnes. Notons que d’après nos recherches, le public du Scandinavium semble plutôt réputé pour une ambiance à l’américaine, assez peu bruyante et snobinarde sur les bords. Comment ? Qui a dit le Zürich SC suédois ?
Le joueur qui pourrait avoir sa statue à l’entrée du stade
L’un de mes confrères avait déjà parlé de Frölunda il y a quelques années, et si depuis, beaucoup de choses comme le nom du club ont changé (mais en République tchèque, ça arrive tous les 5 ans en moyenne), une chose est demeurée : la liste longue comme les travaux de l’A1 entre Lausanne et Vevey des « joueurs cultes et stars » du club suédois sur Eliteprospects. Laissons donc à César ce qui lui appartient, ne nous bornons pas à le répéter, et contentons-nous de citer le dernier en date, Rasmus Dahlin, n°1 de la draft 2018 et énième joueur de Frölunda qui, oui, on peut le dire, a percé.
D’un bison à un autre, Rasmus Dahlin joue désormais pour les Buffalo Sabres, l’une des pires équipes actuelles de la meilleure ligue du monde. Tant mieux pour lui, du coup, j’imagine ?
À ce sujet, le HC Frölunda Göteborg n’est en effet ni plus ni moins que le club européen comptant le plus de joueurs draftés en NHL (97 à son actif, aux dernières nouvelles, soit plus que le total de joueurs suisses ayant joué en NHL). On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que les critères pour avoir son maillot au plafond du Scandinavium soient légèrement plus restrictif que ceux, au hasard, du LHC. C’est absolument le cas. Liste non-exhaustive :
- avoir joué au moins 10 saisons au sein du club
- avoir remporté les JO ou les CM de hockey (ou avoir été nommé au Hall of Fame du hockey suédois)
- avoir remporté le championnat suédois avec le HC Frölunda
De quoi remettre l’Eglise au milieu du village, donc. Si la même rigueur était appliquée chez nous, nul doute que les plafonds de nos arénas romandes seraient plus légers.
Le joueur à placer sur une case mot compte triple
Dans la grande valse des noms dont la prononciation est aussi agréable à la bouche qu’un morceau de crépi, les Tchèques auront toujours un temps d’avance. C’est pourquoi, après avoir commencé notre tour d’Europe par le Mountfield Hradec Králové, nous déclinons toute responsabilité au cas où cette rubrique perdrait progressivement de son intérêt au fil des épisodes de notre Clubbing de cet été, jusqu’au point de causer bâillements, endormissements, voire AVC intempestifs sur votre lieu de travail.
À Göteborg, il semble par ailleurs que ce soit plutôt dans la géographie que sur la feuille de match qu’il faille chercher des assemblages incongrus de lettres à-même de vous sauver une partie de scrabble avec mamie. Au bien malheureux Filip Cederqvist, qui fut autrefois échangé contre des « considérations futures » par les Canadiens de Montréal et qu’il vous faudra par ailleurs placer en deux tours, répondent en ce sens les quartiers de Mölndal ou encore Hjällbo (littéralement « vie assistée », vive le Suédois).
Voir cette publication sur Instagram
Dommage que ça existe pas en Suisse, ça. Nous, à Lausanne, on verrait bien un échange Hügli-considérations futures (et on serait prêts à accepter un large éventail de considérations).
Si le club était une bière
Fraîche, ambitieuse (elle se veut « plus suédoise qu’Ikea ») et surtout éminemment locale : brassée à Göteborg, la Superswede n’est qu’une des bières de la brasserie Stigbergets auxquelles on serait tentés d’associer le club du HC Frölunda Göteborg. La Simply the Best, la Top Dawg ou même pour les amateurs de sensations fortes, la Top Pick, qui titre à 15%, noieront également efficacement la défaite du LHC dans le delta du Göta Älv, en vous rappelant que même en bière, on a encore des choses à apprendre.
OK, et actuellement ?
Le HC Frölunda Göteborg a connu son âge d’or en 2004-2005, bien aidé, il faut le dire, par la grève des joueurs de NHL dont quelques uns, en voulant entretenir leur passion du hockey, ont découvert qu’on en jouait aussi en Europe. L’année où le mythique Joe Thornton rencontrait la future Madame Thornton à Davos, c’est Daniel Alfredsson qui a porté le HC Frölunda vers le titre de champion de Suède.
Mais même sans ça, tous les voyants ou presque sont au vert pour le club de Göteborg, et on ne peut s’empêcher de tomber d’accord avec notre confrère sur le fait qu’il n’y a au final pas tant de blagues à faire sur le HC Frölunda : ils sont en première division nationale depuis 1995 (comme le LHC, sauf qu’eux ne sont pas redescendus entretemps), et ce avec 4 titres nationaux à la clé sur les 20 dernières années. Ils ont l’aréna la plus remplie du pays depuis une dizaine d’années (qui, en plus de ressembler à une Pringles et d’avoir un Mcdo, se situe pour couronner le tout juste à côté d’un parc d’attractions). Ils détiennent le record d’affluence pour un match de hockey en Europe (plus de 31’000 personnes en 2009, comme quoi la tradition du Winter Classic a perduré depuis Colomb). Ils détiennent le record de Champions Hockey League remportées. Et ils publient même tous leurs rapports financiers détaillés sur leur site. Tu parles d’un club modèle. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la seule ambition qui reste au HC Frölunda Göteborg soit, tout simplement, de devenir le meilleur club de hockey du monde.
Merde alors, vous voulez dire qu’il va falloir organiser une coupe du monde des clubs au hockey aussi ?
Seule ombre au tableau, le départ du Mister du club depuis plus de dix ans, l’entraîneur Roger Rönnberg, qui, comme nos médias ont pris plaisir à le rappeler à chaque tiers-temps de la saison 24-25 de National League, a accepté de devenir le premier entraîneur en CDI de l’histoire du hockey suisse en signant à Fribourg-Gottéron pour y rester « jusqu’à gagner un titre ». Alors, Gottéron va-t-il, tel le Tottenham de Postecoglou, se Rönnbergiser, ou au contraire, Rönnberg va-t-il, tels les Mourinho et Conte chez les Spurs, se casser les dents au pays du gruyère ? C’est une question à laquelle le prochain épisode de Klubbing ne répondra pas. Mais que ça ne vous empêche pas de le lire, puisque pour nous rafraîchir un peu au beau milieu de cet été torride, nous nous rendrons en Finlande. Alors restez à l’écoute, Klubbing will return !
Crédits photographiques :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%B6lunda_HC
https://en.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%B6lunda_HC
https://en.wikipedia.org/wiki/Scandinavium
www.stigbergetsbryggeri.se/beers/superswede/
Soyez le premier à commenter