
C’est une saison curieuse que vivent les passionnés de football en Italie. Curieuse parce que le classement est extrêmement difficile à déchiffrer en raison des pénalités infligées à la Fiorentina, à la Lazio et à l’AC Milan. Curieuse, car pour la première fois de l’histoire, la Juve ne prend pas part à la lutte au Scudetto, elle qui expie ses péchés dans l’enfer de la Serie B. Curieuse, enfin, car à la suite de calciopoli, ou pour d’autres raisons, nombreuses sont les stars du calcio à avoir quitté la Botte pour chercher fortune (sportive ou financière) ailleurs. Petit tour d’horizon (arbitraire) des quatre équipes qui, pour des raisons différentes, nourrissent des ambitions de titre cette année.
L’Inter, ou l’obligation de gagner
Une équipe faisait office de favorite numéro 1 à la conquête du titre, et ce à peine les verdicts du scandale énoncés : l’Inter de Milan. Les Nerazzurri, dont le dernier sacre remonte à l’antédiluvienne saison 1988-1989, n’ont simplement pas le droit à l’erreur. D’abord parce que, bien sûr, la Juve est hors-jeu, mais aussi parce que leurs cousins rouges et noirs ont commencé la saison avec un handicap de huit points. Et l’Inter ne peut objectivement connaître d’autres rivaux, étant donnée la richesse de son contingent et la largeur de son portefeuille. L’équipe devenue la risée de l’Italie à cause de son incapacité à gagner quoi que ce soit, se retrouve d’un coup d’un seul avec ses adversaires mis hors d’état de nuire.
Loin de son habituelle frénésie compulsive lors du mercato, l’Inter a cette année opté pour une campagne de transferts certes coûteuse, mais plus ciblée. Un grand joueur par ligne, c’est tout. Et si Grosso, Vieira et Ibrahimovic semblent avoir encore de la peine à s’imposer, on ne peut, pour l’heure, ne pas invoquer la classique «phase d’adaptation» dont chaque joueur a besoin après son transfert. Jusqu’à présent, les résultats sont moyens, car même si l’Inter est en tête de la Serie A (quinze points en sept matches), elle n’a pas encore convaincu pleinement les observateurs. La faute aussi à un début de parcours poussif en Champions League. Simple problème de temps ? L’avenir nous le dira.
Pour l’heure, le problème principal pour l’Inter se nomme Adriano. L’Imperatore est en crise, dit-on. Il ne marque pas et joue mal. Il affiche sa mauvaise humeur dans les médias, semble complètement démotivé sur le terrain, est manifestement en surpoids, critique les journalistes, les supporters (qui ne le «comprennent pas»), la vie à Milan… Ne nous voilons pas la face : Adriano a fait gagner beaucoup d’argent aux propriétaires de discothèques à Milan depuis son arrivée en Italie. C’est normal, Adriano est jeune et beau… Mais après il ne faut pas s’en prendre aux poteaux carrés si le souffle est court ou si le claquage guette… Bon, c’est vrai que nous, les mortels, ce genre de crasses, on connaît pas. Le problème, c’est qu’à l’Inter, au lieu de prendre les mesures et les sanctions qui s’imposent, on envoie Adriano en vacances pendant quelque temps au Brésil. Histoire de se soigner avec son médecin Edson Barmao do Caipirinho paraît-il. Tout ça pour dire que c’est aussi à la manière de gérer ces situations que l’on reconnaît un grand club.
Du point de vue technique, on peut déjà relever une solidité défensive qui semble assise et l’excellent état de forme affiché par deux joueurs : Cambiasso (qui se remet d’une blessure) et Stankovic. Ces deux-là sont partis pour faire une saison énorme, espérons donc qu’ils sauront emmener l’équipe dans leur sillage, pour la plus grande joie des supporters nerazzurri, qui après tant d’années décevantes méritent sincèrement d’être récompensés de leur patience. Un nouvel échec serait certainement fatal à Mancini, mais peut-être aussi à une bonne partie du cadre dirigeant actuel. Que de pressions donc !
Ancelotti tire le diable par la queue
De l’autre côté de la ville, chez le Milan AC, le début de saison a été marqué par le handicap de huit points que les hommes d’Ancelotti se devaient de combler. Ce qui clairement représente un frein aux ambitions de titre du Diavolo, mais ce ne semble pas être, malheureusement pour eux, le seul. Le départ de Shevchenko à Chelsea n’a pas été compensé comme il l’aurait fallu, si tant est que Sheva puisse être remplacé par quelqu’un. L’Ukrainien a laissé un vide immense dans le cœur des supporters, certes, mais aussi, dans celui du dispositif milanais. Et là c’est un peu plus grave. Nul doute que Ricardo Oliveira soit un bon joueur, comme l’ont démontré ses saisons au Betis, mais il revient d’une grosse blessure et doit encore s’acclimater au calcio… De plus, il n’est pas un joueur de classe mondiale, c’est certain.
Le départ de Shevchenko a également mis en exergue l’incapacité de Carlo Ancelotti de faire preuve d’un tant soit peu d’inventivité. Plutôt que d’essayer de remplacer Shevchenko par un autre joueur qui n’a pas ses caractéristiques, le bon Carlo devrait tenter un autre système de jeu… comme passer à une seule pointe, avec Gilardino seul à supporter le poids de l’attaque milanaise. Pour les profanes, Gilardino a inscrit 50 buts à Parme en deux ans, en jouant avant-centre dans un 4-2-3-1. Et ce n’étaient pas des Kakà, des Pirlo ou des Seedorf qui lui servaient les assists… Quoi qu’il en soit, l’attaque se pose d’ores et déjà comme la grosse lacune de cette équipe, qui n’a inscrit que six buts en sept rencontres de championnat, et si la bonne forme de Kakà semble pour l’instant pallier à ces défauts, nul doute que sur le long terme le problème risque de s’accroître. Et la sèche défaite subie dimanche dernier à San Siro contre Palerme semble avoir officiellement ouvert la crise des Rossoneri. À suivre.
Palerme et Rome, une surprise en vue ?
Transition facile : Palerme est LA surprise de ce début de saison, quoique… En fin de compte, cela fait maintenant deux saisons que les Siciliens briguent les places européennes, et les investissements consentis par le président Zamparini lors du mercato ont été importants, et surtout efficaces. Les achats notamment de Bresciano, Simplicio et Diana au milieu, ainsi que de Di Michele et Amauri en attaque ont été d’excellentes affaires, la preuve qu’il n y a pas besoin d’aller dépenser des centaines de millions pour (beaucoup) de très bons joueurs.
Le retour à Palerme de Francesco Guidolin, l’homme qui mena les Rosanero à la promotion en 2004 et en UEFA la saison suivante, n’est certainement pas étranger à cet excellent début de saison. Palerme a donc bien raison d’être ambitieux et a passé son premier examen de maturité en s’imposant chez le Milan AC, pour rejoindre l’Inter en tête. Nul doute qu’il y aura d’autres épreuves, mais les rêves de gloire des Siciliens semblent parfaitement légitimes. Attention toutefois à une perméabilité défensive un peu trop marquée (la présence de Zaccardo dans l’axe explique en partie ce problème…), car si l’attaque est très prolifique pour le moment, l’histoire enseigne que le championnat se gagne avec une grande défense.
Autre bonne surprise, la Roma du talentueux entraîneur Luciano Spalletti, qui réalise de véritables prodiges depuis deux ans à l’ombre du Colisée. Car la Roma a un effectif sincèrement lacunaire, et si elle peut compter sur un onze de base fort compétitif, il a fallu faire preuve d’imagination pour combler certaines déficiences évidentes. Ainsi, le contingent s’appuie en grande partie sur l’excellent centre de formation romain, qui fournit à l’équipe première pas loin de la moitié de ses remplaçants. Ensuite entre en scène le savoir-faire de l’entraîneur, qui aligne Francesco Totti comme attaquant de pointe depuis la saison dernière. Avant sa blessure, Totti disputait l’une des meilleures saisons de sa carrière. Revenu de blessure, le capitaine a pour l’instant de la peine à faire la différence, mais c’est peut-être là le plus intéressant : malgré un Totti en méforme, la Roma occupe la deuxième place au classement, et affiche une marge de progression probablement supérieure à beaucoup d’autres équipes. L’arrivée de David Pizarro, le stratège chilien que Spalletti a eu sous ses ordres à Udine a donné un équilibre impressionnant au milieu de terrain. Un milieu où Daniele De Rossi confirme que, s’il veut bien renoncer à péter les mâchoires des vils Américains, il peut devenir l’un des plus grands milieux défensifs du monde.
Le premier but de Totti le week-end passé fait rêver les supporters giallorossi. Où va bien pouvoir arriver cette équipe qui a su se hisser si haut sans l’apport de son joueur le plus performant ? La réponse au prochain épisode.
Écrit par Maurizio Colella
Soyez le premier à commenter