
Si la défaite concédée au Parc Saint-Jacques dimanche était plus ou moins attendue, c’est bel et bien une grande victoire contre le FC Thoune, 3 jours plus tôt, qui a conforté le SFC dans son pari fou et aujourd’hui déclaré ; venir à la Pontaise le 29 mai jouer LE match de l’année pour le football romand, une finale quasi annoncée bien que l’enjeu soit des plus tristes. En effet, avec un match en moins, il n’y a plus que 4 points qui séparent les courageux Grenats aux bras cassés des Plaines du Loup.
Pour tous ceux qui pensaient voilà encore quelques mois que le destin du Servette était scellé au profit d’un LS qui n’avait, soi-disant, plus besoin de s’entraîner, c’est une tournure inédite des événements qui se propose au public romand. Avec un écart aujourd’hui fortement réduit et quelques échéances où la bande à Fournier, compte-tenu de ses dernières prestations, pourrait bien récolter encore quelques points, il y a fort à penser que les antiques épouvantails du championnat suisse arriveront côte à côte au Stade Olympique fin mai pour un match de tous les dangers, à moins évidemment que les Lausannois ne se révoltent. Hélas, il y a vraisemblablement plus de chance de voir un stade pousser en une nuit sur les bords du Léman que d’assister à pareil miracle. Quoi qu’il en soit le supporter avisé aura la prévoyance de prendre son billet à l’avance puisqu’il s’agira peut-être de la première occasion, voire de la dernière en Super League, de remplir ce magnifique stade, bouc-émissaire de tous les maux du club, de la ville, de la Suisse, comme nous le rappelle chaque semaine la direction du Lausanne-Sport.
Rien à faire contre l’ogre bâlois
«Une classe de différence». «Peur de jouer». A entendre les sages et mesurées paroles de Routis et Rüfli, la tâche proposée au Servette en ce dimanche après-midi ressemblait plus à une séance dans la cage de Satan qu’à un match de football que l’on pouvait raisonnablement estimer jouable pour ce dernier compte-tenu du laisser-aller rhénan depuis la fin de sa campagne européenne. En même temps, un cadeau tel que Lucerne avait reçu quelques rondes auparavant avait très peu de chance de se reproduire en raison de l’ethnie romande des visiteurs si tant est que l’on parle encore de sport. Sans surprise, le périple a bien eu lieu, sans pour autant prendre une tournure dramatique puisque les hommes de Murat Yakin se sont simplement contentés d’une victoire propre sur des Grenats qui n’ont fait que de passer leur tour. La différence s’est notamment faite dans le dernier quart d’heure de la première mi-temps par Stocker puis Dragovic alors que de l’autre côté du terrain Sommer tentait de garder ses gants en température avec la complicité des ramasseurs de balle. La seconde mi-temps ne sera guère plus flamboyante de la part des Genevois qui auront passé plus de temps à regarder chaque 30 secondes leur banc afin de distinguer le score du match de leur grand rival de cette fin de championnat, qu’à démontrer l’immensité de leur orgueil à leurs adversaires bâlois qui, somme toute, n’attendaient qu’une chose : le coup de sifflet final. En résumé, un grand match de football qui nous rappelle à quel point les dimanches après-midis peuvent être tristes.
Dernière ligne droite
L’attitude du Servette peut néanmoins se comprendre vu les cinq derniers matchs qui l’attendent et qui pourraient le faire passer de l’enfer au paradis, croisant devant les saintes portes du jugement dernier leurs voisins dont certains partageaient le même vestiaire il y a pas si longtemps. En effet, comme nous tous, Vitkieviez et compagnie se sont finalement rendu compte que si Lausanne continue à gratifier son public du même football champagne que lors des 4 derniers mois, ces derniers ne récolteront très vraisemblablement aucun point, alors que les Grenats, mine de rien, semblent avoir plus de chance d’en récolter contre des adversaires qui seront prenables : YB le week-end prochain, le FC Sion M16 la semaine d’après, le «relégationico» contre le LS au Stade Olympique le 29 mai, et pour conclure le FC Lucerne à la Praille, soit un florilège d’adversaires qui ressemblent à tout sauf à des équipes imbattables, si ce n’est pour les indignes de la Pontaise dont même Lucifer commence à s’en exaspérer.
Bien entendu parler ainsi de nos amours ne mène point à la jouissance, si ce n’est au désarroi, voire au cynisme, de se réjouir d’un match qui décidera de la condamnation d’un monstre du football romand en Challenge League. Qui plus est, nombreuses sont les mémoires qui s’obstinent à repasser en boucle les souvenirs des grandes années où ce genre de match soulevait la passion d’un pays tout entier et où un titre était en jeu, un monde qu’on a décidément quitté et dont la modernité de notre sport n’a pas encore fini de torturer.
Photos Pascal Muller, copyright www.mediasports.ch
Bâle – Servette 2-0 (2-0)
Parc Saint-Jacques, 26’797 spectateurs.
Arbitre : M. Klossner.
Buts : 32e Stocker 1-0, 42e Dragovic 2-0.
Bâle : Sommer; Steinhöfer, Schär, Dragovic, Park; F. Frei; Salah, Elneny, Serey Die (74e Diaz), Stocker (83e D. Degen); Bobadilla (73e Zoua).
Servette : Barroca; Rüfli, Kusunga, Mfuyi, Moubandje; De Azevedo, Pasche, Kouassi (80e Pizzinat), Moutinho (46e Schneider); Eudis (67e Routis); Karanovic.
Carton jaune : 56e Rüfli (obstruction).
Écrit par Thierry Rossier
Je le sens le 5-2, je le sens!