La lutte anti-dopage est une mascarade, épisode 425’854

"L'AMA est juste un désastre" Martina Navratilova

Qui connaît le tennis connait Lucas Pouille et Nick Kyrgios et pas seulement les plus grands comme Roger Federer ou Yannick Noah. Qui connaît le ski de fond connaît Therese Johaug et pas seulement… euh… ouais… Qui connaît la « lutte » anti-dopage sait qu’on ne lutte pas tous à armes égales contre les chevaliers blancs de la vertu sportive. Démonstration.

À propos de Lucas Pouille et Nick Kyrgios, retenons que les deux hommes n’ont pas gardé leur langue dans leur poche lors de la publication du cas de dopage avéré mais non sanctionné de Jannik Sinner. « Faut peut être arrêter de nous prendre pour des cons non ? », dira le Français alors que le turbulent Australien y allait de son « Tu devrais être suspendu pendant deux ans. Ta performance a été améliorée ».

Jannik Sinner, le numéro 1 mondial a été testé deux fois positif au clostébol – un stéroïde anabolisant pouvant donner lieu à 4 ans de suspension – puis blanchi par un tribunal indépendant au prétexte qu’il a été contaminé à son insu par son physio. Celui-ci, pour se soigner d’une entaille au doigt, avait utilisé un spray réparateur très répandu en Italie contenant ce produit interdit.

Premier sursaut : le physio du numéro 1 mondial de tennis ne sait pas que son spray contient un produit interdit et que l’appliquer sur le doigt d’une main qui va masser le champion va provoquer un transfert de la substance de l’un vers l’autre. #lol

Depuis 2001, le Code mondial antidopage a instauré un truc rigolo qu’ils ont nommé « la responsabilité objective ». Cette règle stipule que chaque sportif est objectivement responsable des substances décelées dans son échantillon et qu’une violation des règles antidopages survient quand une substance interdite est trouvée dans son prélèvement corporel. Depuis, c’est bien connu, les athlètes prennent cette « responsabilité objective » tellement au sérieux qu’ils passent leur temps en cuisine à vérifier les ingrédients ajoutés aux repas qui leur seront servis ! #mdr

Deuxième sursaut : cette responsabilité objective qui dit que chaque sportif est objectivement responsable des substances décelées dans son échantillon et qu’une violation des règles antidopages survient quand une substance interdite est trouvée dans son prélèvement corporel ne s’applique pas lorsque l’on est contaminé à l’insu de son plein gré ? Ou seulement parfois ? Ou seulement si l’on se fait prendre en hiver ? Ou seulement le mardi ? À quoi elle sert ?

Quoi qu’il en soit, la quantité de clostébol détectée dans l’échantillon de Jannik était, selon le communiqué du tribunal indépendant, de « faible concentration » (moins d’un nanogramme, soit un milliardième de gramme).

Troisième sursaut : le clostébol permet de gonfler la masse musculaire et de mieux récupérer. Mais sérieux, c’est cette quantité qui va faire de Sinner un meilleur joueur ? Un milliardième de gramme. Pas de doute pour Kyrgios. Lui, il sait que si peu améliore les performances de l’Italien. De plus, les toutes belles règles antidopages ne prennent pas en considération cet élément de quantité négligeable ? Même sur la route, alors que la vitesse tue, elle, tous les jours, on admet qu’un radar peut avoir une marge d’erreur et on retranche quelques kilomètres/heure à la vitesse constatée pour infliger, ou non, une amende au contrevenant. Ceci dit, ni l’une ni l’autre des parties ne semblerait avoir poussé la réflexion jusqu’à pratiquer un examen capillaire permettant de savoir si la prise du clostébol était accidentelle ou en rapport avec une cure dopante. On sent le professionnalisme intégral, là.

Quatrième sursaut : savait-on dès le début que cette chasse au pécheur n’était qu’une mascarade ? Faut-il vous rappeler que, fin juillet, Sinner avait déclaré forfait pour les JO pour cause d’angine mais avait quand même participé au Masters 1000 de Montréal pendant la même période. L’effort physique est-il à ce point moindre dans un Masters 1000 par rapport aux JO qu’on peut y jouer malgré une angine ? Et une suspension n’est pas valable pour toutes les compétitions ? En tout cas, on sait être réactif, dans le milieu !

Des cas de dopage à ce stéroïde ont déjà été constatés. Par exemple, Marco Bortolotti, Italien lui aussi, testé positif au clostébol lui aussi, ceci lors du tournoi ATP Challenger de Lisbonne en octobre 2023, avait fait valoir que la contamination était involontaire et avait uniquement perdu les résultats obtenus lors de cette compétition, sans purger de suspension. Le bonheur est dans le pré, la responsabilité objective peut aller se rhabiller. « Je peux dire que le dopage volontaire au clostébol est pour les imbéciles et ce n’est pas un stéroïde qui vous dope » dira-t-il au sujet de la polémique Sinner, ajoutant pour finir d’enfoncer le clou « si vous entrez en contact avec du clostébol, vous pourriez être coupable. C’est ce qui est arrivé à Sinner ». Rien d’autre. Il a bien testé la perméabilité de la responsabilité objective et l’argumentation qui va avec, lui. Sinner peut l’en remercier.

Moins de chance pour la skieuse de fond norvégienne Therese Johaug, par contre, qui purgea 18 mois de suspension suite à la détection du même stéroïde anabolisant retrouvé dans ses échantillons. Elle avait utilisé un baume contenant la substance incriminée, prescrit par son médecin pour soigner des lèvres gercées. « Négligence », indiquera le TAS lorsqu’il alourdit la peine de 5 mois suite à recours déposé par la FIS, trouvant la sanction de 13 mois trop clémente. Bam, pas de JO pour elle ! « Imbécile », selon Bortolotti qui sait bien que tout ce que vous dit et vous donne votre médecin doit être scrupuleusement vérifié, sur l’autel de la responsabilité objective. Sinon, à quoi servirait Doctissimo ?

Cinquième sursaut : Sinner blanchi, Johaug condamnée. Normalement, afin de faire respecter leur rigolote règle intangible de la responsabilité objective, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) devait interjeter appel auprès du TAS contre Sinner, au vu de la condamnation de Johaug. Mais voilà, les 3 experts (Jean-François Naud, directeur du laboratoire de Montréal, Xavier de la Torre, responsable du labo de Rome et David Cowan, ancien directeur du labo de Londres) qui ont validé la thèse de la contamination, sont des experts reconnus par l’AMA. On ne se tire pas dessus parmi, chez ces gens-là. L’AMA et le TAS ne peuvent que poursuivre vaille que vaille et coûte que coûte, sur les mêmes rails, et tant pis si ça déraille. Ce désert moral qui gagne du terrain de jour en jour ne serait-il que les symptômes d’un système qu’ils tiennent à bout de bras avant qu’il ne s’effondre ? La réponse est dans la question.

Dans la foulée, Sinner vire son physio. Le bouc émissaire doit toujours expier ses fautes.

Le délai d’appel arrivait gentiment à son terme alors qu’aucun retour auprès du TAS des champions de l’AMA (à noter que si tu changes 5 lettres à champion et que tu mélanges bien fort, tu obtiens tricheur : bizarre, non ?) – dont on se demande jusqu’à quand ils vont cuver leurs saloperies en se drapant dans leurs belles intentions – n’était enregistré. Eh oui, le clan des élitistes montrait son vrai visage. Il y a, pour ces gens-là, les bons dopés et il y a les mauvais dopés. Les cibles et les intouchables. Et puis, au dernier jour ouvrable, les voilà qui, timidement, se réveillent et le déposent, leur recours, sans argumentation aucune, juste en précisant que « la conclusion selon laquelle il n’y a pas eu « faute ou négligence » n’est pas correcte au regard des règles applicables ». Ah ben voilà, les copains, on se rend enfin compte du contenu de votre « responsabilité objective » et vous voulez pas passer pour les guignols de service en vous enterrant bien profond en attendant que passe l’orage ?

Je vous le dis, votre lutte anti-dopage, c’est un acte de désespoir. Vous vous doutez que vous ne gagnerez jamais, alors vous lancez des spaghettis contre le mur en espérant que ça colle. Vous inventez des règles comme votre risible « responsabilité objective » et dès qu’elle vous gêne aux entournures, vous trouvez un bon moyen pour la contourner.

Si j’avais eu un jour de l’affection pour la lutte anti-dopage et pour l’équité sportive (j’étais jeune et naïf, j’avais 9 ans), je me rends tous les jours un peu plus compte que ces sentiments, si chaleureux étaient-ils, avaient une date de péremption passée depuis bien longtemps. Eh oui, certaines situations réveillent mon syndrome de la Tourette, mais en relisant cet article, je constate que cette fois-ci, j’ai réussi à me maîtriser. #fier

Affaire à suivre, comme on dit…

PS: nous aurions aussi pu parler, dans cet article, de la réduction de sanction de Paul Pogba à 18 mois au lieu des 4 ans infligés initialement, mais nous avons préféré ne pas mélanger les épisodes 425’854 et 429’854. #mascarade

A propos Olivier Bender 43 Articles
Si j'étais de bonne foi, croyez-vous vraiment que j'écrirais ici?

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