Bolton meilleur que l’Inter

Les Wanderers ont cloué le bec des Spurs vainqueurs de l’Inter mardi en Ligue des Champions, faisant redescendre sur terre la troupe d’Harry Redknapp, battue 4 à 2 au Reebok Stadium.

Suite à la magnifique victoire contre l’Inter de Milan en Ligue des Champions mardi, je me réjouissais de voir à l’œuvre Tottenham et Gareth Bale. Le jeune prodige est phénoménal en ce début de saison. Vu que le Gallois a ridiculisé Maicon – considéré comme l’un des meilleurs latéraux au monde –, la prestation de Lichtsteiner avec la Suisse n’était finalement pas si mauvaise.

Les Spurs sont à la peine en championnat avec dix points de retard sur le leader Chelsea. Tottenham n’a jamais gagné au Reebok Stadium en dix ans. Harry Redknapp a donc prévenu ses joueurs qu’après leur exploit contre l’Inter, il en attendait un autre contre Bolton. Raison pour laquelle le futur sélectionneur anglais ne peut pas faire complètement tourner son effectif face à une équipe qui ne lâche jamais rien à domicile. Bolton Wanderers, club phare d’une ville de 140’000 habitants dans la lointaine banlieue et dans l’ombre de Manchester, fait un honnête championnat et se trouve au milieu d’un classement toujours aussi condensé puisque cinq points séparent l’Europe de la relégation. Le club n’a pas un passé très prestigieux puisqu’il faut remonter en 1958 pour leur dernier titre en Coupe. De plus, il a un record dont il se passerait volontiers : 71, soit le nombre d’années non-consécutives dans la plus haute ligue anglaise sans n’avoir jamais gagné le titre. Cependant, au début des années 2000, le club a investi dans quelques joueurs qui resteront dans les annales (Djorkaeff, Bobic, Okocha, Anelka) et l’équipe s’est qualifiée à deux reprises pour la Coupe UEFA. Les Wanderers (vagabonds en français ; ils tiennent leur surnom du fait qu’ils n’avaient pas de stade attitré durant les vingt premières années du club) n’ont pas vraiment de stars dans l’effectif. Par contre, ils s’appuient sur un système de jeu qui laisse peu de place à l’adversaire et sur un collectif à toute épreuve. L’entraineur écossais Owen Coyle, adulé par les fans locaux, a façonné cette équipe depuis moins d’une année et son travail porte ses fruits puisque Kevin Davies et Gary Cahill ont fêté leurs premières sélections en équipe nationale anglaise en 2010.

Les Plaines-du-Loup anglaises

Le Reebok Stadium n’est pas le stade que je conseillerais à celui qui veut découvrir le football anglais. Inauguré en 1997, il est le premier en Europe à avoir utilisé le nom d’un sponsor, ce qui avait soulevé une vague de protestations dans la région. Le club, n’ayant pas d’autres moyens de financer la construction de son stade, avait dû finalement s’y résoudre. Cette problématique est toujours d’actualité dans certaines villes et notamment à Newcastle où les supporters ont menacé de boycotter le club si l’on touchait au «St James’ Park». Le Reebok, bien que fonctionnel et agréable, n’a pas vraiment d’âme et le maigre public des Wanderers n’aide pas à lui en donner une. Le stade se trouve dans une vallée où le mistral local souffle 300 jours par année, lui donnant un air de Pontaise. Il se raconte dans le nord que si tu souhaites être malade afin de ne pas aller au bureau le lundi matin, il faut aller voir un match à Bolton, sans veste, pendant le week-end et le résultat est garanti. La comparaison avec l’antre du LS ne s’arrête pas là : étant assis dans la tribune nord, j’y ai découvert les mêmes vieux docteurs ès football neurasthéniques et agaçants.

Sans Van der Vaart et Lennon, blessés, Redknapp se prive également de Huddlestone, par rapport au match de Ligue des Champions. Il est remplacé par le Brésilien Sandro devant la défense. Modric a pris la place de Van der Vaart en soutien de Crouch et Palacios celle du Croate dans l’axe central. Les Spurs placent la première banderille avec une bonne action entre Bale et Modric, mais Crouch est trop «court» et ne peut pas pousser le ballon au fond des filets. Sandro et Palacios ne sont pas mauvais lorsqu’il s’agit de récupérer le cuir, mais perdent un nombre incalculable de ballons à la construction du jeu. Sur une relance de Gomes, Sandro, aussi rapide qu’un serveur aux buvettes de La Praille, se fait tacler proprement par Muamba, à trente mètres des buts. Le Congolais transmet à Davies, certainement en position de hors-jeu, et le néo-international crucifie Gomes grâce à un coup de pied bien placé. Une ouverture du score heureuse, mais pas imméritée au vu de la stérilité adverse. Les inspirations de Modric et la vitesse de Bale permettent aux Spurs de se créer quelques occasions, mais Bolton domine légèrement le match. Pour être davantage dangereux et lancer Kranjcar et Bale dans le dos de la défense, il faut un jeu de transition rapide. Du coup, les quatre touches de balle de Palacios avant chaque passe ne facilitent pas les choses. Toujours privée de Dawson, King et Woodgate, la défense centrale londonienne semble bien moins sûre d’elle que contre l’Inter. Bolton abuse des longs ballons et comme Davies et Elmander prennent le dessus dans les airs sur les Français Gallas et Kaboul, la tactique s’avère payante.

La mascotte fait son show

Ces 45 premières minutes n’ont pas été transcendantes et j’ai eu tout le loisir d’observer la star locale, un lion nommé Lofty, la mascotte du club. C’est une particularité à Bolton, Lofty gesticule pendant les nonante minutes sur le bord de la touche. Et le lion ne se contente pas d’haranguer la foule, mais se permet de se prendre la tête dans les mains, de se rouler par terre lorsque l’adversaire commet une faute, de montrer à quel endroit doit s’effectuer la remise en jeu ou encore de critiquer l’arbitre de touche par des gestes explicites. Bien qu’il effectue un show à lui tout seul, on ne peut pas dire qu’il soit l’exemple du flegme et du fair-play anglais.

Tottenham revient sur la pelouse sans Palacios, remplacé par Pavlyuchenko. Harry Redknapp, dont le visage a été comparé par un journaliste à «quatre poumons qui luttent pour une place dans un sac plastique», aligne une formation plus offensive afin de combler rapidement le but de retard. C’est presque chose faite à la 52ème minute, mais le magnifique coup-franc de Bale s’en va mourir sur le poteau de Jaaskelainen. Puis, les Spurs vont gentiment mais sûrement prendre l’eau défensivement. A la 56ème, sur un corner mal dégagé, le ballon atterrit dans les pieds de Steinsson, oublié dans la surface, et l’Islandais smashe magnifiquement le ballon hors de portée de Gomes. L’ex-joueur de Young Boys accomplit un grand match : en plus de marquer là son premier but de la saison, il réussit à réduire considérablement le volume de jeu de Bale sur son couloir. Le rapide Gallois ne va le déborder qu’une seule fois en deuxième mi-temps, mais cette action reste vaine puisque Crouch manque encore une fois de catapulter son centre ras-de terre, donnant ainsi raison à ma mère qui disait toujours que dans l’asperge, le meilleur, c’est la pointe ! A la 75ème, Gallas prend le relais de Sandro et Palacios avec une perte de balle à mi-terrain en faveur de Lee, qui poursuit par un rush solitaire et finit par se faire faucher dans les seize mètres par Assou-Ekotto et Bolton obtient un pénalty. À un quart d’heure de la fin du match, c’est 3 à 0 d’un joli plat du pied dans la lucarne par Davies, qui a marqué des points sous les yeux de Fabio Capello, présent au Reebok Stadium.

Fin de match épique

Alors que le stade jubile et que tout le monde pense que la messe est dite, le latéral Hutton déborde sur son côté, pique au centre et loge la balle dans la lucarne de Jaaskelainen, un peu à la surprise générale. Il reste onze minutes à jouer et Tottenham presse enfin son adversaire. A la 87ème minute, sur un centre de Bale, le gardien finlandais repousse des poings sur Pavlyuchenko qui, d’une volée proche de la perfection, loge le ballon dans le petit filet opposé. Après ce but d’anthologie, le virage des visiteurs se met à y croire et les supporters locaux à trembler. Le stade est debout pour cette fin de match haletante. Bolton gagne autant de temps que possible et fait deux changements dans les arrêts de jeu. Tottenham se rue à l’attaque mais ne vas pas pouvoir y croire très longtemps. Martin Petrov (qui aime apparemment autant le Reebok Stadium que la Pontaise…), rentré en jeu dix minutes plus tôt, est lancé en contre par Davies, encore lui, et peut aller affronter seul Gomes. L’ancien Servettien fait preuve de sang-froid et pique le ballon pour clôturer le score.

Il s’agit, sans aucun doute, de la victoire la plus aboutie pour les hommes de Coyle cette saison. Bolton fait un joli saut au classement et se positionne à la sixième place, ce qui va certainement faire parler d’eux dans les tabloïds ces prochains jours. Avec bon nombre de jeunes Anglais méconnus du grand public, Bolton pourrait être la révélation du championnat. Du côté des Spurs, force est de constater qu’avec une infirmerie bien remplie, la Ligue des Champions continue de coûter des points en championnat. Rejoints par leur adversaire du jour, les Spurs restent néanmoins dans la course pour une place dans les quatre, objectif avoué et espéré, surtout s’ils veulent conserver leurs meilleurs éléments, qui brillent sur le plan européen.

Bolton Wanderers – Tottenham Hotspurs 4-2 (1-0)

Reebok Stadium, 20’255 spectateurs.
Arbitre : M. Chris Foy.
Buts : 30e K. Davies 1-0, 56e Steinsson 2-0, 75e K. Davies 3-0, 79e Hutton 3-1, 86e Pavlyuchenko 3-2, 90e Petrov 4-2.
Bolton : Jaaskelainen; Steinsson, Cahill, Knight, Robinson; Muamba, Holden, Taylor (81e Petrov), Lee; Elmander (90e Blake), K. Davies (90e M. Davies).
Tottenham : Gomes; Hutton, Gallas, Kaboul, Assou-Ekotto; Palacios (46e Pavlyuchenko), Sandro (61e Huddlestone), Modric, Bale, Kranjcar (77e Bentley); Crouch.
Man of the match : Kevin Davies.

Écrit par Ludovic Schmutz

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3 Commentaires

  1. « Le stade se trouve dans une vallée où le mistral local souffle 300 jours par année… »

    Pour y être allé à plusieurs reprises, je confirme!!!!

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