C’est quoi ce bordel ?

Parfois, il suffit d’une brise pour entrouvrir le rideau qui cache la vue. En l’occurrence, là, la métaphore serait plus logique si l’on parlait de flatulence qui soulève légèrement l’amas de PQ, nous laissant entrevoir ce qui a été laissé en dessous.

Mais de quoi parle-t-on ?

Début septembre, Kevin De Bruyne, toujours un bon client en conférence de presse, s’est plaint du calendrier infernal que la FIFA et l’UEFA avaient concocté pour l’avenir du foot de haut niveau, le tout pour le simple appât du gain. Rien de bien fou jusque-là, on en conviendra. Même si venant d’un mec qui joue à Manchester City – club qui a triplé tous les postes avec ses moyens colossaux – et y touchant un salaire pharaonique – alors qu’il est venu à la base pour le sacro-saint projet sportif -, ça peut faire sourire. D’ailleurs, son coéquipier Bernardo Silva lui a emboîté le pas, renchérissant sur son discours, tout comme Rodri, autre Citizen.

Quoique.

C’est ironique oui. Mais si même des gars comme eux tirent la sonnette d’alarme, c’est qu’il y a vraisemblablement un sacré problème. Parce que, comme si le calendrier n’était déjà pas assez chargé, cette année est riche en réformes. Jugez plutôt le calendrier à venir pour cette saison, pour les joueurs concernés mais pas que :

– Saison régulière de championnat, 38 matches par année. Normal, ici rien ne change.

– La ou les Coupes nationales, jusqu’à une dizaine de matches selon les pays, rien ne bouge non plus.

– Ligue des Nations, nouvelle version, jusqu’à 10 matchs, parce que l’ancien format, sûrement trop simple, n’en comptait que 6 puis 8.

– Les éliminatoires pour le Mondial 2026, parce qu’il faut pas l’oublier celui-là, 4 matchs.

– Nouveau format incompréhensible de la Ligue des Champions, jusqu’à 17 matchs (!) pour l’équipe qui va en finale, contre 13 auparavant.

– Puis, comble de l’ignominie, cette saloperie de nouvelle Coupe du Monde des clubs, jusqu’à 7 matchs de plus en plein été prochain.

On est déjà donc à 86 matchs sur la saison 2024-2025, sans compter d’éventuels amicaux, matches de préparation, Supercoupes ou autres. Soit presqu’un match tous les 4 jours en moyenne sur l’année ! Et après ? 3 petites semaines de trêve et on repart pour :

– Toujours 38 matchs de championnat

– Toujours une dizaine de matchs de coupe

– La suite des éliminatoires pour le mondial, 6 matchs plus éventuellement 2 de barrages

– Toujours les possibles 17 matchs de C1

– Puis le Mondial 2026, qui, ô joie, va passer de 32 à 48 (!) équipes, histoire de vendre plus, et qui va faire passer le nombre maximal de matchs par équipe de 7 à, aux dernières nouvelles (oui parce que le format n’est toujours pas fixé à ce jour) 8.

Résultat, 81 matchs potentiels, toujours sans compter les amicaux et Supercoupes (pourtant on pourrait, vu qu’en Espagne par exemple c’est désormais aussi devenu un mini-tournoi…). Alors oui, c’est du foot, les types concernés sont surpayés et on les plaint alors que des mecs, même en Suisse, crâment à couler du macadam sur les routes en plein été ou se gèlent les couilles dans des chantiers en plein hiver. Mais quand même, il y a un problème. Et comme souvent, ce problème vient de l’UEFA et de la FIFA, qui cherchent a optimiser le produit – comprenez, en faire toujours plus – pour en vendre le maximum, sans trop se soucier du reste.

On se plaint depuis quelques temps à chaque grand tournoi que « c’est le plus chiant qu’on ait jamais vu ». Vous pensez qu’en augmentant le nombre de matches joués par bonhomme ça va aider au spectacle ? Le footix de base salive à l’idée du nombre décuplé de chocs entre équipes de légende dans cette nouvelle mouture de la C1. Vous ne pensez pas qu’on se souvient d’un United-Bayern ou d’un Liverpool-Milan justement parce que c’est rare ? Tout le monde s’offusque des blessures graves ou même des malaises qu’on voit de plus en plus chez les joueurs. C’est dû à quoi, à votre avis ?

Et si vous vous dites que c’est uniquement le foot qui a changé, détrompez-vous.

En Formule 1, le calendrier est passé de 16 à 24 grands prix en 21 ans, soit 50 % d’augmentation. Et le spectacle ? On a eu 4 saisons avec du drama (et on est gentil, on compte celle en cours) depuis 2011, soit sur 14 éditions. Ah c’est clair que ça valait le coup, pour quatre titres de Vettel, sept de Hamilton et trois de Verstappen, on en a de la variété.

En hockey, même au niveau suisse, on a eu l’introduction des pré-playoffs et du mini-championnat de pré-relégation, pour le suspense que l’on a tous remarqué, qui s’est greffé pour ajouter des matchs.

Non vraiment, c’est super… Et encore, on ne parle même pas ici du défi constant qu’ont les organisateurs, de plus en plus tiraillés entre leur volonté de donner du spectacle pour que le pigeon devant sa télé en ait pour son argent ; et le désir de donner une sécurité maximale à l’intégrité des gladiateurs du petit écran pour éviter qu’un accident grave ne vienne ternir la réputation du produit. Ce qui donne des situations ubuesques. Reprenons la F1 par exemple. Aujourd’hui, à la moindre motte de terre qui vient mordre le tracé, on envoie la safety car voire on neutralise la course. Ce qui a certes pour effet de créer du spectacle – artificiel – mais aussi et surtout de briser totalement l’équité sportive, le mec ayant réussi à creuser l’écart devant tout recommencer à zéro. On peut également parler du cyclisme. Les enjeux financiers sont devenus si importants que les grandes courses sont devenues totalement cadenassées, soit par l’équipe du leader – qui dispose la plupart du temps de sept gars à ses côtés qui seraient numéro un dans le trois-quart des autres équipes – soit par celles des membres du top 10 du général ! Eh oui, pour le sponsor, il vaut mieux assurer une anonyme 7e place au Tour de France que tenter de renverser la table, au risque de se ridiculiser. Le résultat, c’est qu’il est pratiquement impossible pour un audacieux de s’extirper du peloton, à moins que celui-ci ne fasse une erreur. La suite logique, c’est que les équipes sont nerveuses comme jamais et que lesdits audacieux attaquent dans les descentes, puisque c’est la seule portion du parcours que les grosses armadas ne peuvent pas contrôler. Et donc, ça crée des chutes de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves, poussant l’UCI à réfléchir à interdire d’aller trop vite en descente…

Et le spectacle, la spontanéité, la glorieuse incertitude du sport, dans tout ça ? Ben y en a plus, ou en tous cas de moins en moins. Et c’est pas en gonflant les calendriers que ça va aller mieux. Prenez, y a dix ou quinze ans, vous tombiez sur Die Hard par hasard à la télé, vous étiez super content ! Vous le regardiez avec attention, vous l’enregistriez même pour pouvoir le revoir ! Maintenant, quand il est sur Netflix, vous le lancez pour faire un bruit de fond. Ben pour un Liverpool-Milan, c’est en train de devenir pareil. Un Grand Prix de Formule 1, ancien incontournable du dimanche après-midi, aussi. Au pire, on regardera les highlights, ça ira plus vite. Ah, il est cool, le futur du sport…

Alors, et ça m’arrache vraiment la gueule de le dire : si vous aimez le sport, écoutez les starlettes pétées de thunes de Manchester City quand elles pleurnichent devant les médias. Parce que pour une fois, elles ont raison.

A propos Joey Horacsek 96 Articles
Bon ça va, je vais pas vous sortir ma biographie

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