
Il nous est déjà arrivé de quitter le pays pour cause de succès genevo-bioulois intempestif ou encore d’actualité mondiale trop agitée pour nos nerfs voire même sans raison valable. Quand on ne se rend pas sur le Rocher ou en Perfide Albion, on franchit en général le Rubicon les Alpes pour satisfaire nos pulsions inavouables de fan milaniste qui nous assaillent en général une fois par année aux environs du mois de février. C’est d’autant plus le cas lorsque la cote du fonds de commerce habituel du soussigné, le Lausanne Hockey Club, s’élève de manière aussi soudaine que le bras droit d’Elon Musk un lundi matin au Capitole. En effet, la crainte de devoir mettre notre proverbial sarcasme en télétravail voire au chômage technique finit toujours par nous ramener au Diavolo, une équipe qui n’avait pas marqué plus de deux buts au cours du même match de championnat ni gagné à San Siro depuis le 30 novembre et dont les 5 défaites et 7 nuls en 20 rencontres de Serie A ont transformé une hypothétique qualification pour la Conference League en rêve aussi inaccessible que l’est l’esprit critique pour un électeur républicain. Le fait que la section féminine du club s’apprête à lutter contre la relégation pour la deuxième année consécutive est naturellement la cerise sur le gâteau la moelle sur l’osso buco.
Tetcheu, c’était un long chapeau. Reprenez votre souffle.
Le trajet, le contexte et le cadre
Oui, nos rubriques sont vendues en triopacks en 2025, il n’y a pas de petites économies.
Allez relire notre bafouille d’il y a deux ans (et ajoutez 3 € au prix du billet de match féminin, inflation galopante oblige), on ne fera pas mieux cette fois. Quoique. La première chose qu’on a entendue en s’asseyant dans le train à Lausanne était quand même « j’ai un pote qui aime beaucoup aller voir les matches du Genève-Servette » émanant d’un siège voisin. Sacré bon sang, où sont nos écouteurs ?? Il nous faudra tout de même les ôter à deux reprises pour communiquer avec la seule contrôleuse non physionomiste au monde à qui le trajet Montreux-Territet a suffi à effacer notre souvenir et celui de notre billet de sa mémoire. Bref, pas d’arrêt intempestif à Brig cette fois, on arrive bien à Milan en ce vendredi 24 janvier, jour de l’indépendance vaudoise (et donc naturellement d’une victoire du LHC face à Berne), sur les coups de 22h50.
Bend it like Beckham. Euh enfin quoique, notre Déambulateur semble encore un peu rigide, il faudra huiler les gonds (ça a des gonds un déambulateur ?).
Hein ? Ah, il faut quand même actualiser un peu le contexte d’il y a 24 mois ? Bon, d’accord. Parlons donc de l’arrivée d’un nouvel entraîneur qui en a chassé un autre débarqué à Milanello à peine 6 mois plus tôt. Sans avoir fait grand chose d’autre que descendre d’un avion pour monter dans un autre et s’asseoir sur un banc saoudien, Sergio est immédiatement considéré comme fiable (en d’autres termes de bon Conceição) après une improbable victoire en Supercoupe d’Arab… d’Italie. 3 matches de championnat plus tard, nous voilà rassurés: Mike Maignan a rechaussé ses savonnettes*, Theo Hernandez et Rafa Leão s’étaient simplement trompés d’adaptateur pour les prises locales à Riyadh et ont retrouvé leur courant alternatif favori depuis et Tammy Abraham, initialement en route vers Canaan, s’est finalement arrêté visiter Sodome et Gomorrhe, mieux notées sur Tripadvisor. Même Noah Okafor n’a pas échappé au déluge puisque le Bâlois, aussi souvent utilisé à San Siro que des neurones dans l’administration Trump, a réussi à faire capoter son prêt à Leipzig en étant recalé à la visite médicale. Comme quoi Red Bull donne des ailes, mais ne peut rien contre les blessures musculaires. Ne restaient plus que Kyle Déambulateur (qui pourra enfiler la tunique rossonera dès le 2 février face à l’Inter), recruté à la mi-saison en désespoir de cause après avoir laissé filer le plan A Marcus Rashford, et (peut-être) Santiago Gimenez (si Feyenoord daigne le laisser partir pour moins de 40 millions) pour sauver le soldat Milan.
Allégorie de la défense et de l’attaque du Diavolo avant l’arrivée des deux renforts du mercato de janvier.
*OK, celle-là est dure, mais à CR, chantre de la perfection absolue, on ne tolère pas la moindre bourde. C’est pour ça qu’on préfère habituellement écrire sur le FC Sion pour minimiser les risques.
Le week-end en deux matches et deux mots
Bis repetita.
La femme du match 1
Laura Giuliani.
Oui, alors Giorgia Arrigoni (20 ans, buteuse sur la première égalisation de la 36e minute) a officiellement été élue par la ligue, mais on ne mange pas de ce pain-là à CR. Remarquez qu’on aurait aussi aisément pu mentionner le roc finlandais Emma Koivisto pour l’ensemble de son oeuvre (tenir sa défense bout de bois à bout de bras pendant 94 minutes et marquer le 2-2 de la 47e) ou encore Valentina Cernoia, autrice du game-winning goal qui a permis à ses couleurs de battre une équipe du top 3 de Serie A pour la première fois depuis le… 18 février 2024.
Mais revenons à Giuliani, portière de l’équipe nationale italienne aux 91 sélections depuis 2013 et, ne nous voilons pas la face, seul véritable élément de classe internationale au sein de l’AC Milan féminin. À tel point qu’on se demande parfois ce que celle qui a gagné quatre scudetti consécutifs, une Coupe et deux Supercoupes avec la Juventus (2017-2021) est venue faire dans cette galère. Pardon ? Native de Milan ? Une clubiste en plus ? Si tout cela ne suffisait pas à justifier sa présence dans cette rubrique, allez visionner l’action disponible dès 3:08 ci-dessous et qui a à elle seule le poids des 3 points.
L’homme du match 2
Strahinja Pavlović. L’escogriffe serbe aux faux airs de Philippe Senderos (en tout cas depuis le haut du deuxième anneau du stade) a non seulement provoqué le penalty (Christian Pulisic*, 1-0, 38e), mais a aussi sonné la révolte avec son but annulé pour hors-jeu à la toute fin du temps réglementaire, assisté Samuel Chukwueze sur le 3-2 (95e) et a honnêtement été le meilleur attaquant milanais pendant 96 minutes. Ce qui est un peu ennuyeux quand on évolue au poste de défenseur central et qu’en plus on joue aussi ce rôle-là à la perfection (oui, on a dit des faux airs de Senderos). Être le seul rossonero à avoir suffisamment mouillé le maillot pour devoir se changer dans le vestiaire après le match peut aider dans ce genre de cas. Tout comme le fait d’avoir été proposé à plusieurs clubs par des dirigeants qui veulent se débarrasser de vous, histoire de brosser votre ego dans le sens du poil.
On vous laisse juges, mais il nous semble que si on commence à siffler là-dessus, il y aura 5 penalties par match (nous on est preneurs !).
* Pulisic n’a JAMAIS raté de penalty dans sa carrière (12/12).
La buse du week-end
L’architecte du Centro Sportivo Peppino Vismara (ou plutôt la Puma House of Football depuis le naming). Impossible de savoir où se placer dans la seule tribune latérale du stade féminin puisque les inscriptions sur les marches sont partiellement effacées et l’alphabet qui a cours en ces lieux est aussi insondable que la logique qui anime Novak Djokovic dans sa vie de tous les jours. Même les stadières n’y comprennent rien et tout le monde finit par s’assoir un peu n’importe où.
Deux ans qu’on n’avait pas parcouru les 16’908 arrêts de tram menant du Dôme à ce lieu qui rappelle vaguement la Bourdonnette d’un côté de la route et le lieu du tournage de la prochaine adaptation de Stephen King de l’autre. C’est peu dire que ça nous avait manqué.
Le tournant du week-end
Le moment où Tijjani Reijnders, buteur sur le 2-2 (92e), a décidé de s’éclipser avant la fin de la causerie d’après-match de son coach et s’est retrouvé bloqué dans les bouchons et forcé à prendre des selfies avec ses fans à chaque arrêt au milieu du trafic entre San Siro et Lotto.
Les divers gestes pourris du week-end
La glissade de Théo, digne du Steven Gerrard des meilleures années, immédiatement accueillie par les quolibets de nos voisins à la patience déjà un peu éprouvée à la mi-saison (« C’est tous des danseuses ! ») et par l’ouverture du score adverse (Matteo Cancellieri, 24e). Disons que c’était son geste le plus pourri au milieu d’une foule d’autres gestes défensifs plus ou moins aussi affligeants les uns que les autres et un désert offensif tellement effarant que les Dupondt et leur Jeep s’y seraient aisément perdus. Quand on sait de quoi il est capable quand il le décide, ça donne quand même envie de se crever les yeux à la machine à coudre.
On préfère ne pas vous parler de la « performance » (sic) de Leão de peur d’être grossier.
La seule course de Leão, en claquettes-chaussettes, est intervenue au coup de sifflet final. Collector.
Les deux joueurs précités ont d’ailleurs été sortis à la mi-temps. Coïncidence ? Je ne pense pas.
Le saviez-vous ? Conceição a failli mettre une droite à l’ex-capitaine Davide Calabria en fin de match. La présence du pur produit de la Primavera du club à un concert du rappeur Lazza (on découvre son existence comme vous) vendredi soir pourrait faire partie des explications du coup de sang du Mister portugais. Non, mais autrement tout va vraiment bien à l’AC Milan en 2025.
Le chiffre à la con
4. Comme le nombre de rencontres disputées par Alayah Pilgrim en Serie A féminine avec l’AS Roma, aussi en visite à Milan ce week-end donc, depuis le début de la présente saison (sur 16 possibles) avec une dernière courte apparition (en Coupe) qui date déjà du 6 novembre. Une carrière à la Xherdan Shaqiri, parsemée de titres remportés depuis le banc, semble malheureusement se profiler pour l’Argovienne.
On n’aura vu Pilgrim (tout à gauche) à l’oeuvre qu’à l’échauffement, preuve que la blessure n’est plus la raison de sa mise sur la touche.
Les anecdotes
Pour des raisons obscures, la Serie A n’autorise d’enrôler qu’un seul joueur britannique par an et par équipe. Voici pourquoi les engagements simultanés de Rashford et Walker étaient impossibles pour les locataires du stade Giuseppe Meazza. Quand cela concerne un club fondé en 1899 par un certain Herbert Kilpin, natif de Nottingham, et dont le nom est Milan (et pas Milano) en hommage à ses racines, c’est quand même un peu rigolo.
Au fait, vous connaissez Christian Gimenez ? Non, pas celui-là, même si la Gazzetta dello Sport s’est aussi plantée en annonçant que l’AC Milan faisait le forcing pour débaucher le fils de l’ancien joueur du FC Bâle et de Lugano. En réalité, il se trouve qu’il a un homonyme, lui aussi ancien footballeur, lui aussi né en Argentine, mais ayant représenté le Mexique en 2013, 12 ans après avoir enfanté Santiago. Il faudra être inventif pour trouver un contexte pour l’utiliser pour briller en société, celle-là.
Et sinon dans les tribunes ?
Le point commun entre Vismara et San Siro, au-delà du score.
Le Milan féminin, bien plus faible que son adversaire dans tous les compartiments du jeu sauf la combativité et la sueur à l’effort, était soutenu par environ 400 fans. Le Milan masculin, c’était littéralement tout le contraire. On pourrait se demander qui aurait le plus mérité la présence de 70’000 curieux, mais on se ferait probablement encore incendier par nos lecteurs masculinistes (et avouez que ce serait dommage de gaspiller toutes ces allumettes).
Le stagiaire préposé à la tireuse avait décidé de (se) faire mousser. Penche ton gobelet, Valentino !
Parmi les 400 tifosi présents dans la banlieue sud de Milan, deux capi (probablement retraités de la Curva Sud) affectés au démarrage des divers chants. Etonnamment (ou pas), ils se sont soudain retrouvés complètement seuls au moment d’entonner, sans raison apparente, les fameux « Interista, pezzo di merda » et « Interista vaffanculo ». Pour notre plus grand plaisir, ce genre de performance vocale (adaptable également en canon pour ceux que ça intéresse) est assez peu populaire au bord des terrains de foot féminin. On avoue quand même qu’à l’entrée en jeu de Kathrine Kühl, récente transfuge d’Arsenal, du côté romain, on n’a pu s’empêcher de penser à ce que nos deux chefs d’orchestre auraient pu concocter si la Danoise avait été interiste et s’ils avaient maîtrisé la langue de Julie Piga.
Vendre des contrefaçons estampillées « official merchandise » juste devant le stade, c’est un concept.
Et à San Siro ? Un silence de mort causé par une grève de la Curva Sud et seulement interrompu par les chants parmesans tamisés par le fait qu’ils étaient parqués dans le grenier du stade et par une seule vocalise de la Curva qui, excédée aux environs de la 75e minute, n’a pu s’empêcher d’entonner le désormais fameux « Cardinale, devi vendere, vattene, vattene ! » en référence au patron américain de Red Bird, actionnaire majoritaire du club lombard et fossoyeur actuel de ses ambitions.
La minute Johan Djourou
Signé le futur-ex-coach du Milan dans la Gazzetta dello Sport du 7 août 2024. On ne lui avait pas encore administré son tranquillisant à l’époque.
La rétrospective du prochain match
Pour les filles, c’est le match retour de quart de finale de Coupe face à la Fiorentina mardi à 20h45 (1-1 à l’aller).
Les mecs jouent leur dernier match de poule de Champions League à Zagreb contre le Dynamo mercredi à 21h00.
Le point commun ? Les coupes sont le dernier espoir de titre cette saison tous genres confondus à Milan. Jugez par vous-mêmes 👇
Bon, l’espoir de qualifications pour les playoffs et/ou la pres-ti-gieu-se Conference League n’est pas encore (complètement) mort !
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