Un vrai trait d’Union pour Noël

Je viens vous parler aujourd’hui du foot que j’aime. Celui qui n’est pas embourbé dans le fric qatari, celui d’Ineos ou pire, celui d’un Tenardier chinois. Ce football qui crée l’union, pardon, l’Union entre les maçons et les PDG, entre ceux qui ont peu et ceux qui ont beaucoup, entre ceux qui ont vécu les heures noires d’un club ainsi que ses moments d’extase. Cela existe encore en 2025 ?  Eh oui, bienvenue An der Alten Försterei, au merveilleux Noël organisé par ou pour les fans de l’Union Berlin. Un fascicule de trente chansons de Noël dans une main, une bougie (une vraie avec de la flamme qui brule) et une Berliner Bier dans l’autre, que pouvait-il m’arriver entouré de pas moins de 28’500 pelés frigorifiés mais pourtant fervents chanteurs ? Rien, car en un mot, on s’est exSTASIé!

Si on chantait ?

Question légitime. C’est quoi ce truc de Noël des fans de l’Union Berlin ? Un jour de décembre 2002, un petit groupe de supporters du club de l’ex-Allemagne de l’Est emmené par Torsten Eisenbeiser lancèrent ce concept sans le vouloir: « Après de nombreuses défaites d’affilée, notre petit groupe de supporters quittèrent à chaque fois les gradins sans se souhaiter un Joyeux Noël. C’est pour cela que j’ai suggéré à quelques-uns d’entre eux de se réunir au stade un 23 décembre pour entonner quelques chansons de Noël ». Ainsi, 89 supporters se raboulèrent au milieu du stade après avoir escaladé les barbelés pour cet participer à ce premier événement aussi bien organisé que l’évacuation d’un hôtel en feu en Turquie. Trois ans plus tard, ils étaient déjà 17’000 à venir célébrer le Noël de leur club fétiche et ce, en provenance du tout Berlin mais également de nombreuses régions voire pays environnants. Une légende du football était née, et on ne parle pas ici de Beckenbauer ou Toni Schumacher, aber von dem Union Berlin Weihnachtssingen !

Geile Stimmung

Après l’attentat odieux de Magdebourg juste le jour d’avant, la sécu avait mis les petits plats dans les grand pour ce Noël 2024 et cela ne badinait pas au niveau de la farfouille personnelle. Un savoir-faire hérité des années Honecker, me glissa malicieusement mon beau-père.

Ces mesures de sécurité extrêmes contrastèrent avec la remise officielle d’une véritable bougie qui allait non seulement illuminer mais aussi réchauffer notre soirée. Imaginez juste 28’500 pékins un peu éméchés déambulant bougie à la main sur des surface gelées, cela a dû provoquer une descente d’organes aux responsables sécu du stade. Côté catering, la bratwurst coulait à flot et la Berliner ou Kindl (mes souvenirs sont confus) venaient accompagner allègrement un vin chaud probablement produit sans trop d’envie dans un vignoble ouzbek (n’est pas valaisan qui veut). Malgré cette adversité viticole et un froid de canard de moins 4, les sourires et la bonne humeur dans les gradins et sur la pelouse rendirent cet événement un peu hors du temps vraiment génial. Parti à la recherche des toilettes, je dus slalomer tel un Marco Odermatt des grands jours entre des vins chauds brûlants tenus à bout de doigts par des supporters ayant de sérieux coups dans l’aile. À noter que ces fameuses toilettes auraient rendu celles de Graben presque luxueuses avec un alignement de Portakabins probablement recyclés du site atomique de Tchernobyl. Et dire que certains à la rédac se plaignent de la non-installation d’écrans dans les pissoirs visiteurs de la BCF Arena !

La chance aux chansons

Retransmis sur la télé locale RBB, ce « spectacle » valut plus par sa magie visuelle que par les aptitudes vocales du public. Pour être plus clair,  on se serait cru à l’un des concerts du très regretté et grandiose Bernie Constantin, mais alors qu’il était sobre sur scène.

Le Chœur de Koppening emmenée par la charmante Christa dont le nom fut scandé abondamment par la foule entre un ‘Oh Tannenbau’ et un Süsser die Glocken nie klingen’ tenta bien de mettre de l’ordre dans la désynchronisation vocale du public. Ce fut peine perdue aux vues du taux d’alcoolémie avancé de la Tribune Sud. Après un ‘Schneeflöckchen, Weissröckchen’ et un ‘Leise rieselt der Schnee’ détruits avec entrain par cette masse humaine toute de rouge et blanc vêtue, tout à coup un inconnu en soutane apparut pour nous entamer un ‘Notre Père’ quelque peu boudé par les tribunes fort peu chrétiennes sur le coup. Arrivés péniblement au bout des 31 cantiques de Noël prévus par la joyeuse organisation locale, les Unionistes du soir couronnèrent la soirée en reprenant sur plus de dix minutes l’hymne créé spécialement pour ce magnifique club aux 70,000 membres : ‘Wir sind Union’. J’en ai encore des frissons, alors chantez avec moi :

Hier sind wir zuhaus

Hier sind wir geborn

Hier ist unser Eisernland

Wir sind Union !

Hier sind wir zuhaus

Hängt die Fahne an jedem Spind.

Hier ist unser Eisernland

Weil wir Unioner sind

Si vous vous souvenez de Céline Dion balançant l’Hymne à l’Amour de Piaf sur la tour Eiffel durant les JO de Paris, et bien, c’était la même émotion, mais en dix fois mieux.

Désunion à l’Union

Cet engouement extraordinaire entre les fans et leur club de prédilection contraste avec la situation actuelle du club berlinois en chute libre depuis leur fameuse saison 2022-2023. Une CL et des transferts à la pelle ratés (Bonucci, Gosens, Prtajin, Ilic….), l’Union Berlin s’est « Girondisé » au point qu’on se demande si Gérard Lopez n’est pas aux manettes du légendaire club allemand. Les entraîneurs passent et trépassent (Nenad Bjelica, Bo Svensson) aussi vite que ceux de Manchester United, et ce, sans pouvoir se nourrir du soutien infaillible des fans pour se remettre d’aplomb. Deux défaites plus loin en 2025 (Heidenheim et Augsbourg) et un match perdu par forfait à la suite d’un lancer stupide de briquet sur le gardien de Bochum, l’esprit de Noël a malheureusement vite disparu à la mythique an der Alten Försterei avec une équipe en panne d’attaquants, d’envie et de folie (une sorte de GE Servette HC). Qu’à cela ne tienne, ce soir du 23 décembre 2024 restera encré à vie dans mon cœur car je suis reconcilié avec le foot d’antan créé par les fans et pour les fans. Danke, einfach Danke !

A propos Paul Carruzzo 226 Articles
Elle est pas un peu belle notre Nati et tout le bonheur qu’elle nous amène ? Alors, Rickli et compagnie, si vous ne vibrez pas devant cette équipe, vous n’êtes pas non plus monstrement obligés de regarder. Profitez d’un bon match de hornus et foutez la paix à nos joueurs, qui comme vous, ont un joli passeport rouge à croix blanche.

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1 Commentaire

  1. Et même pas d‘Eisern Union de Nina Hagen ?
    Déjà fait les chants de Noël à 70‘000 fans au Westfalenstadion (copié sur les Köpenicker), une expérience incroyable !

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