Plus nul tu meurs

Pire qu'une course de sous-marins.

Il y a des sports qui sont particulièrement nuls à regarder, que ce soit en vrai ou à la télé. Le golf, par exemple. Ou encore le curling, le cricket, le baseball, la formule 1, le hockey sur gazon voire les courses de sous-marins. Certains journalistes avaient même décrété que la discipline la plus chiante à commenter était la descente (2 minutes d’écran, 10 secondes « en vrai », souvent, en plus, avec la main sur le front pour contrer le soleil). Certainement des journalistes qui ne s’étaient jamais retrouvés dans une cabine de commentateurs à essayer de décortiquer une retransmission de snooker ou de fléchettes pour « donner de la vie » à ces moments « fiévreux » casés entre deux pages de publicité sur une pseudo-chaîne spécialisée.

Quoiqu’il en soit, même dans un sport aussi intense que le football (sur le terrain), aussi populaire, apprécié et suivi (dans les tribunes ou à la télé), il y a des matchs qui sentent tellement bon l’ennui que même les collaborateurs de la WebTV du club mettent du leur pour le faire savoir. Je vous donne le lien un peu plus bas, histoire que vous lisiez les lignes entre deux d’abord.

Comme moi, vous ne vous souvenez certainement plus de ce que vous faisiez le 18 avril 2015. Ce jour-là, au Keepmoat Stadium (15 231 places), le théâtre des non-rêves du jour, en League One (troisième division du championnat anglais), les « vikings » de Doncaster Rovers affrontaient, à la maison, les « pêcheurs » de Fleetwood Town – tous deux déjà redoublant, faute d’avoir obtenu les points suffisants pour prétendre à une éventuelle promotion – dans un match « pour beurre » qui, sans bruit et sans but, finira par devenir le match le plus ennuyeux de l’histoire du football mondial. Je ne jetterai pas plus d’huile sur le feu, ils l’ont très bien réussi tout seul : passe à 10 pendant nonante minutes de la part des joueurs des deux équipes qui voyaient flou dès que le ballon roulait dans leur pieds, réussissant l’exploit d’afficher la statistique improbable d’aucun tir cadré de tout le match, arrêts de jeu compris. 22 joueurs en habits de travail avec personne dedans ! La droite en PLS face à cette mise à mal de la sacro-sainte valeur travail ! Sans surprise, vous l’avez déjà compris, score final : 0-0.

Sur le terrain, aucun blessé à déplorer, ni d’un côté ni de l’autre. En tribune, tu joues ce match en hiver, un dimanche après-midi enneigé, le public se fend d’une bataille de boules de neige générale pour filer à la 42e au pub le plus proche, bras dessus bras dessous, se finir au beer pong. Mais là, rien. Pas même la ola du peuple qui s’ennuie à mourir au stade. Stoïque, l’anglais, voire plus mort que le latin !

Les « highlights » de la partie sont disponibles sur Internet. Longueur totale de la vidéo : 27 secondes. Entrée des joueurs. Coup de pied final du gardien et les trois coups de sifflets de l’arbitre. Rien d’autre. Le générique de Derrick en moins palpitant.

L’histoire ne dit pas si les collaborateurs de la WebTV du club ont été virés après leur élégant pied de nez à la misérable prestation offerte ce jour-là sur ce terrain du Yorkshire aussi bien ensoleillé que ventilé, telle la tribune sud de la vieille Pontaise. Par contre, je lève mon verre à l’abnégation dont font preuve les supporters des deux équipes revenant au stade malgré tout face à l’incommensurable banalité qui leur a été infligée en ce mois d’avril (4’876 spectateurs en août suivant, contre 6’211 lors de ce 0-0 d’avril).

A propos Olivier Bender 43 Articles
Si j'étais de bonne foi, croyez-vous vraiment que j'écrirais ici?

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