L’échec du jeunisme (1/2)

On avait cru comprendre qu’il suffisait de faire jouer les jeunes pour porter la Suisse vers les sommets. Le naufrage de Swansea a apporté un démenti cinglant : non, la Suisse n’est pas assez forte pour se priver de quelques-uns de ses meilleurs joueurs et pour écarter d’un coup toute une génération qui avait pris l’habitude de ne jamais manquer un grand tournoi.

Ainsi donc, la Suisse n’ira pas à l’Euro 2012. On peut refaire l’histoire de ces qualifications, pester contre le but injustement annulé au Monténégro ou l’expulsion fantaisiste de Ziegler à Swansea, cela ne change rien au problème : avec seulement huit points pris en sept matchs, la Suisse ne méritait pas d’aller à l’Euro, ni même en barrages. Point barre. D’ailleurs, si le modeste Monténégro ne s’était pas écroulé contre la Bulgarie et le Pays de Galles, cela ferait longtemps que l’affaire serait entendue.

Remember 1999

Le pire, c’est que je ne suis même pas déçu par cet échec. Vendredi, je me serai cru revenu un certain soir de septembre, douze ans plus tôt, à la Pontaise. Ce soir-là, la Nati avait besoin d’une victoire contre la Biélorussie pour espérer une place en barrages qualificatifs pour l’Euro 2000. La Suisse rejoint les vestiaires sous les sifflets du public lausannois après une première mi-temps insipide où elle avait été privée de ballon par de modestes Biélorusses. Finalement, deux balles arrêtées en fin de match de Kubilay Türkyilmaz (alors âgé de 32 ans, comme Alex Frei aujourd’hui…), dont la présence avait quasiment été imposée par la presse au sélectionneur de l’époque, Gilbert Gress, qui ne voulait pas en entendre parler, permettront à la Suisse de s’imposer chichement 2-0. Cette victoire s’avérera finalement inutile car, quelques minutes plus tard (les matchs étaient déjà décalés à l’époque…), le Danemark assurait sa place en barrage en s’imposant 3-2 en Italie, après avoir été mené 0-2. Ce soir-là, je n’avais même pas été déçu, même pas énervé contre ces Italiens pour une fois incapables de tenir un score en faisant intervenir 47 fois le soigneur. La Suisse n’avait rien montré, elle ne méritait pas d’aller plus loin, alors que les Danois étaient allés chercher leur qualification avec les tripes. J’ai ressenti la même chose vendredi en voyant le non-match de la Nati à Swansea, comparé à la poussée furieuse et enthousiaste des Monténégrins pour arracher leur place en barrages contre l’Angleterre.

Köbi reviens !

La Nati nous a fait vibrer ces dix dernières années, on a vécu des grands moments derrière cette équipe de Suisse, on l’a même suivie jusqu’en enfer en novembre 2005, mais je dois dire que, depuis l’échec à l’Euro 2008, je n’arrive plus à m’enthousiasmer pour cette équipe. Tu me croiras ou pas mais, même après la victoire contre l’Espagne en Afrique du Sud, je n’ai pas desserré la cravate, tout juste bu une bière et je suis retourné bosser. La Nati ne dégage plus ni émotion ni enthousiasme et son entraîneur en porte forcément une grande part de responsabilité.
Bien sûr, on savait qu’en engageant un entraîneur comme Ottmar Hitzfeld, ce n’était pas pour avoir un Köbi Kuhn bis, faire copain-copain avec les joueurs et taper le carton lors des veillées d’avant-match. Mais on attendait d’Hitzfeld qu’il impose la rigueur tactique et la mentalité de gagneur qu’il avait su insuffler dans toutes les équipes de club qu’il avait entraîné. On reste sur notre faim : de toute l’ère Gottmar, il n’y a que deux matchs que j’ai trouvés tactiquement vraiment aboutis, la victoire en Grèce et la victoire contre l’Espagne, deux parties où la Suisse était positionnée pour défendre et a su concrétiser pour mener au score. Sinon, c’est en vain que l’on cherche la patte Hitzfeld dans le système de jeu de la Nati, si tant est que la Nati possède un système de jeu. Quant à la mentalité de gagneur, le match de Swansea a démontré que cela n’est pas encore tout à fait ça…

Quels choix ?

Mes préférences au niveau des clubs ne sont un secret pour aucun lecteur de CartonRouge.ch, alors tu te doutes bien que j’ai un immense respect pour Ottmar Hitzfeld et ce qu’il a apporté à un club qui est cher à mon cœur. Mais force est de constater que son aventure à la tête de l’équipe de Suisse tourne au fiasco. On ne sait pas si ce sont les spécificités du poste de sélectionneur, avec l’impossibilité de côtoyer ses joueurs au quotidien ou la modestie de l’effectif suisse et l’absence de relais forts sur le terrain, comme ont pu l’être Sammer ou Zorc à Dortmund ou Matthaüs et Effenberg au Bayern, toujours est-il que Gottmar n’est manifestement pas parvenu à endosser ce rôle de sélectionneur.
On est bien conscient que la Suisse ne peut pas prétendre à une place assurée à chaque grand tournoi et qu’il ne faut pas tout brûler au moindre échec. Il n’en demeure pas moins que, derrière l’Angleterre, ce groupe G n’était guère relevé et que la Suisse, au vu des contingents à disposition, aurait dû au moins accrocher la deuxième place. Mais au-delà du résultat, c’est la manière qui déçoit. C’est en vain que l’on cherche les choix et les lignes directrices d’Ottmar Hitzfeld, qui n’a jamais été capable de dégager son équipe. On a souvent maugréé en découvrant les sélections et compositions de Köbi Kuhn, constatant qu’il persistait à ignorer untel ou untel ou à aligner x ou y. Mais si Köbi avait ses bêtes noires et ses favoris, au moins il avait son équipe.

Hitzfeld lui donne l’impression de ne faire que subir, comme il a subi sur son banc à Swansea : subir les départs à la retraite, être incapable de protéger ses leaders des attaques odieuses de la presse de boulevard puis de les retenir, rechigner à lancer les jeunes puis, contraint et forcé par les retraites, les intégrer en masse… On n’a vraiment pas l’impression d’une quelconque ligne de conduite ni d’une stratégie sur du moyen terme avec une équipe qui se construit sur la durée mais bien plutôt d’une gestion au jour le jour en reconstruisant une nouvelle équipe à chaque rendez-vous international en fonction des événements des semaines écoulées.

La génération dorée

On n’en a pas forcément conscience mais la Suisse s’est appuyée durant dix ans sur une génération dorée, qui, une fois qu’elle est parvenue à maturité après l’échec dans la course à la Coupe du Monde 2002, n’a jamais échoué dans une campagne de qualifications. Bien sûr, il y a aussi eu des désillusions, les phases finales des Euros 2004 et 2008, l’Ukraine à Cologne qui nous restera à jamais en travers de la gorge, mais ces joueurs, dont beaucoup étaient issus de la génération des Titans de Köbi Kuhn puis Bernard Challandes, ont toujours marqué un vrai attachement à cette équipe de Suisse. Sans laquelle certains n’auraient d’ailleurs jamais fait la carrière qu’ils ont faite à l’étranger, ce qui explique aussi ce lien très fort avec la Nati. Aujourd’hui, la plupart des représentants de cette génération dorée ont quitté la Nati, volontairement ou non, les Zuberbühler, Magnin, Müller, Vogel, Cabanas, Spycher, Huggel, Frei, Streller, Degen, Grichting, et tout récemment Yakin. Or, chacune de ces retraites a généralement été ponctué, dans la presse et dans le public, d’un «bon débarras, la nouvelle génération est meilleure». C’est bien connu, balais neuf balaie mieux.

Que sont–ils devenus ?

A en croire certains, on pouvait sans autre éjecter la vieille garde pour la remplacer par l’équipe championne du monde M-17 2009 au Nigéria in corpore, celle-ci ne pouvant qu’être sacrée championne du monde chez les grands en 2014 puisqu’elle l’avait été chez les juniors. C’était oublier que, sur une génération juniors, aussi douée soit-elle, seule une minorité parviendra en équipe A. Si l’on prend les joueurs sur la feuille de match de la finale de l’équipe championne d’Europe M-17 en 2002, seuls trois ont trouvé le chemin de l’équipe A et font une belle carrière à l’étranger (Senderos, Ziegler et Barnetta). Un quatrième joue à l’étranger mais en deuxième division chypriote (Dugic). Trois autres sont actuellement sous contrat en LNA, Schlauri (Servette), Schneuwly (YB) et Bühler (Sion). Ils sont cinq en LNB avec Bürki (Aarau), König et Siqueira (Bellinzone), Antic et Iten (Winterthur), et trois en 1ère ligue Preisig (Serrières), Diethelm (Cham) et Maksimovic (double buteur en ½ finale contre l’Angleterre en 2002, Breitenrain). Le troisième buteur du match contre l’Angleterre de Wayne Rooney, Milosavac, joue en 2ème ligue régionale à United Zurich, l’Hoffenheim zurichois, alors que le gardien remplaçant Würmli porte les couleurs d’Herrliberg en 3ème ligue et Verdon est entraîneur adjoint à Fribourg après avoir raccroché les crampons. On souhaite bien sûr que davantage de représentants de l’équipe M-17 de 2009 puissent percer au plus haut niveau mais il n’y a aucune garantie à ce niveau.
Photos Pascal Muller, copyright www.mediasports.ch

Écrit par Julien Mouquin

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12 Commentaires

  1. En 2010, la victoire (tres chanceuse il faut bien l´avouer) de la Suisse contre l´Espagne est l´arbre qui cache la foret !
    Surtout lorsqu´on voit les tristes resultats qui ont suivi cet exploit :
    Chili-Suisse 1-0
    Honduras-Suisse 0-0
    Montenegro-Suisse 1-0
    Bulgarie-Suisse 0-0
    Galles-Suisse 2-0
    le constat est cruel : on n´est pas capable de marquer 1 but contre ces 5 petites equipes…
    La seule et unique realite c´est qu´on N´A PAS LE NIVEAU !!!

  2. de toute façon ça ne change rien , vos joueurs regarderont les  » grands matchs »des quarts jusqu’à la finale devant la télé …

  3. Cette Nati manque de leaders !!!

    Inler est méconnaissable, Derdioyk ne sait pas marquer, Barnetta fait un bon match sur 5 et la défense est un mix entre éternels éclopés (Djourou, Senderos…) et des mecs qui ne font peur à personne (Von Bergen, Klose…) sauf à leurs propres supporters…

    Pour moi c est un manque de talent et de caractère, ou de couilles, si vous préférez.

    Le match de vendredi fut une honte. On ne mérite pas d’aller à l Euro et avec ce groupe sans âme ni leaders, on n ira pas non plus au Mondial ! A moins que Gottmar trouve la potion magique… ce qui me semble aussi plausible qu une saison de Behrami sans blessure.

  4. Franchement je suis pas en accord avec l’article. Si on s’est pas qualifié pour cet euros c’est pas à cause de la nouvelle génération, mais plutôt à cause de l’ancienne.

    Je rappelle que c’est avant le départ du duo d’attaque balois qu’on la perd cette qualif. En Bulgarie, au Montenegro, mais certainement pas vendredi aux Pays-de-Galles.

    Alors oui tout n’est pas parfait, et l’expérience a surement joué vendredi soir (le manque plutôt) mais on a de nouveau une suisse qui pose la balle qui cherche des intervalles et qui veut aller de l’avant. Ca me rappelle 2006.

    La fameuse génération qui nous a mené jusque là peut encore certes apporter un peu, mais ne pas penser à la relève est à mon avis une erreur.

    Et puis il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer le talent de ces Derdyok, Mehmedi, Saqiri et autres Xhaka, F. Frei.
    Maintenant pour l’euro j’y croyais pas vraiment, mais si Inler arrive à assumer son statut de capitaine leader (qui devrait tout de même être renforcé par le fait qu’il joue le scudetto avec Naples et la CL) et que cette équipe apprend à gagner ce genre de matchs pièges et pas seulement les matchs de gala, je pense qu’on pourra voir de belles choses en 2014.

  5. @Telex

    Tout a fait d’accord avec toi, je crois au contraire que cette defaite va faire grandir cette equipe encore tres jeune et inexperimentee. Ca viendra, et plus vite qu’on le pense.

    Quant a Berli, vu de ta maniere, nous sommes au niveau du Luxembourg.

    Bonne recherches pour l’article, comme d’hab. C’est bon et interessant.

  6. Le probleme c’est qu’on attend beaucoup trop de notre equipe nationale !
    En effet, la Suisse a le niveau de : Norvege, Ecosse, Eire, Galles, Slovaquie, Ukraine, Pologne, Roumanie, Slovenie, Montenegro.
    Il faudriait se rendre compte qu’on ne sera JAMAIS un cador comme l’Allemagne, Espagne, Italie, Hollande, Angleterre et France.
    Alors, se qualifier c’est deja un tres grand exploit…et passer le 1er tour c’est un incroyable exploit…et aller jusqu’en 1/4 de finale ce n’est plus arrive depuis 60 ans !
    Dans le monde du football international la Suisse est totalement INEXISTANTE !!!

  7. Une chose quand même:

    faudrait pas oublier d’où l’on vient; entre 1960 et 1994 la Suisse n’a participé ni à un Euro, ni à une Coupe du Monde; durant 34 ans!

    Puis 94 et 96, et de 2004 à 2010. C’est déjà génial pour un petit pays comme le notre!! Ces 4 dernières campagnes à la suite, beaucoup de pays y ont participé, parmi les nations moyennes?? Suède, Irlande, Turquie, Russie, Danemark, Belgique…? Je ne crois pas¨

    Ce que je veux dire par là c’est que la Suisse ne sera jamais une grande nation du foot, et faudrait pas être trop gourmand. J’ai envie de dire que la règle est que la Suisse ne se qualifie pas. Ce n’est pas cette campagne qui est une grosse déception, mais les précédentes qui ont été d’immenses exploits!!!

  8. Quand je lis l’article je pense à Grichting qui doit mais alors tellement se marrer….. (je rappelle juste que sur un coup franc d’Hakan Yakin, il a marqué de la tête, lors du 2-0 contre la Grèce pour se qualifier pour l’AFS. Alors que le 2ème but était signé….. Padalino, qui lui aussi doit se fendre la gueule,)

    Comment est-ce que ce simulacre de coach a pu gicler comme un vilain malpropre le seul défenseur qui amenait une certaine solidité derrière? Et tout ça pour placer Djourou, l’éternel remplaçant d’Arsenal, éternel espoir Suisse, éternel has-been… etc, à Wembley pour qu’il puisse se trouver un nouveau club en premier league en faisant sa diva (match qu’il a d’ailleurs complétement foiré!)

    Grichting a pourtant toujours mis ses boules (au sens propre comme au figuré, cf Turquie-Suisse) sur le terrain et ne m’a jamais vraiment déçu. Il a passé presque toute sa carrière d’international sur le banc et quand il a été titulaire, on a réalisé de TRES bons matchs, je pense notamment au 1-0 contre l’Espagne où son partenaire défense Senderos s’est DE NOUVEAU blessé… (comme à Swansea)

    Nan franchement, rien que pour ça, rien que pour ce manque de reconnaissance totale, la Suisse, et surtout son coach finaliste de la LDC 99′ (sourire narquois) ne méritaient pas de se qualifier…..

    ps: Djourou est mauvais….

    ps2: captcha: mortel, comme le jeu chiant présenté par Hitzfeld

  9. D’accord avec Telex, si on avait viré les vieux plus tôt, les jeunes perdaient peut-être les même matchs que les vieux mais ils auraient eut les épaules pour se qualifier sur la fin ! Et je ne parle même pas du coaching catastrophique d’Hitrzfeld !

  10. Ok avec Sangojan, « l’ancien » qui a le plus manqué c’est Grichting. La Nati ne peut se passer d’une défense qui tienne. Djourou n’y arrive pas et Klose pas encore..

    Le Monténégro ne passera pas les barrages, je ne crois pas qu’on y serait parvenu non plus

  11. Pour reprendre le message de jean-Pierre, les équipes qui ont participées à toutes les grandes compétitions entre 2004 et 2010 sont (sans réelle surprise) :
    Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Espagne, Portugal. Que du lourd !
    Et bien sûr la Suisse, seul représentant des « viennent ensuite » !

    La Grèce, la République Tchèque, l’Angleterre, la Croatie ou la Suède par exemple ont tous connus un échec !

    Ne jouons pas aux enfants gâtés, on a vécu une belle période mais cette échec n’est pas une fin en soi. La nouvelle génération qui pointe le bout de ses crampons laisse présager de belles choses, qui plus est dans un groupe peu relevé ! Donc au travail et rendez-vous à Rio dans 3 ans !

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