Le FC Bâle en quinze questions

Le FC Bâle sera le principal favori à sa propre succession. Comme d’habitude, les Rhénans devraient dans un premier temps assurer le minimum syndical en championnat pour se concentrer sur leur destinée européenne, avant de se consacrer à plein temps aux affaires domestiques au printemps pour assurer le titre. Généralement, cela suffit.

Quels objectifs ?

Comme d’habitude, le FC Bâle partira dans l’idée de réaliser le doublé Coupe-championnat et d’accéder à la phase de groupe de la Ligue des Champions. C’est le tarif minimum, ce qui viendrait en plus serait du bonus.

Quels sont les points forts ?

Un budget et un effectif largement supérieurs à la concurrence. Des moyens financiers qui permettent d’aller allégrement piller tout rival potentiel en Suisse. La culture du succès et l’expérience du très haut niveau. Un entraîneur, Murat Yakin, intelligent, qui s’est construit étape par étape et qui, grâce à son passé de joueur dans le club, est investi d’une aura considérable à Saint-Jacques. Une conduite et une gestion rationnelles, aussi bien sportivement que financièrement, assez inhabituelles en Suisse. Des individualités hors-norme pour le championnat suisse. Une capacité à lancer des jeunes de grand talent, soit issus des propres juniors du club, soit dénichés avec pas mal de flair en Suisse ou à l’étranger.

Quels sont les points faibles ?

Bâle est l’équipe à battre et est en quelque sort condamné au succès, avec la pression qui s’ensuit. La difficulté de se motiver pour un championnat déjà maintes fois remportés entre deux échéances européennes prestigieuses. Problème récurrent depuis l’époque Reto Zanni, les latéraux ne sont pas toujours à la hauteur. Remplacer Aleksandar Dragovic, annoncé partant pour l’Inter, en défense centrale ne sera pas aisé, et l’Argentin Gaston Sauro n’offre pas toutes les garanties de sécurité. En deux mercatos, remplacer des joueurs du calibre de Shaqiri, Xhaka, Abraham, Cabral, Yapi-Yapo, Zoua ou Dragovic, peut-être bientôt Stocker, Salah ou Sommer, n’a rien d’évident, même avec de gros moyens financiers et il y a toujours le risque de se planter sur le choix de leur remplaçant et de se retrouver avec des flops style Carignano, da Silva ou Nakata. Et puis, avec la retraite de Frei et le départ de Zoua, il ne reste plus guère que le fragile Streller et l’imprévisible Bobadilla pour claquer des buts en pointe : sans nouveau renfort, Bâle paraît un peu court dans ce registre pour jouer sur tous les tableaux.

Quelles sont les inconnues ?

La principale inconnue tient dans l’issue des qualifications de la Ligue des Champions, qui se termineront le 28 août, juste avant la fin du mercato. Il est clair que, une année après le fiasco contre Cluj, une nouvelle élimination ferait très mal au club bâlois, financièrement d’une part, sportivement d’autre part avec certains joueurs qui pourraient être difficiles à retenir sans le susucre de la C1. En cas d’échec, certains départs en toute fin de mercato seraient donc à attendre. Ceci dit, un FC Bâle légèrement affaibli par une nouvelle absence en Ligue des Champions aurait davantage d’énergie à consacrer au championnat et n’en serait sans doute pas beaucoup moins redoutable.

Quels sont les joueurs à suivre ?

Difficile de se prononcer alors qu’on ne connaît pas encore l’état exact du contingent bâlois pour cette saison. On suivra avec attention la progression de Fabian Schär qui, s’il confirme ses performances de la saison passée, devrait bientôt s’imposer en équipe nationale. Même privé de son compère Alex Frei, Marco Streller restera le leader emblématique de l’équipe, alors que Mohamed Salah, s’il parvient à mettre un peu plus d’efficacité dans son jeu, peut devenir le meilleur joueur du championnat. Au niveau des jeunes, Endogan Adili, Arlind Ajeti, Veljko Simic et Darko Jevtic, de même que l’Egyptien Mohamed Elneny se disputeront le titre de révélation de la saison. Certains d’entre eux se sont déjà mis en évidence lors des matchs de préparation.

Quels seront les flops ?

Le FC Bâle osera-t-il démarrer la saison avec une charnière centrale Schär-Sauro ? L’Argentin n’a franchement pas convaincu la saison passée et pourrait devenir un souci s’il part comme titulaire et n’améliore pas son niveau de jeu. Raul Bobadilla reste capable du meilleur comme du pire, comme Geoffroy Serey Die. J’y reviendrai, tout comme sur le cas de la famille Degen.

Quel parcours en Coupe d’Europe ?

A Bâle, le titre de champion suisse est un dû et un devoir. Ce qui distingue une saison ratée d’une saison réussie, c’est le parcours en Coupe d’Europe et en Coupe de Suisse. La saison dernière n’a donc été que partiellement réussie, malgré le gain du titre et l’accession en demi-finale de l’Europa League. La défaite en finale de Coupe de Suisse contre GC et surtout l’échec en qualification de la Champions League contre le Cluj de la future superstar de l’OM Sougou ternissent le bilan. La priorité cette saison, ce sera donc de retrouver la phase de groupe de la C1, ne serait-ce que pour des raisons financières. Un premier tour à jouer contre un adversaire qui s’appellera, au pire Sheriff Tiraspol, NK Maribor, Slovan Bratislava, Molde FK ou Maccabi Tel Aviv, un deuxième tour contre une équipe du style Victoria Plzen, Austria Vienne, Partizan Belgrade, Legia Varsovie ou Dinamo Zagreb, cela n’a rien d’inaccessible mais cela présente tout de même un risque certain. Nul doute qu’un nouvel échec serait mal vécu à Saint-Jacques. En revanche, une fois la qualification et les millions en poche, le FCB pourra retrouver la Ligue des Champions complétement libéré et rêver à de nouveaux exploits.

De combien d’erreurs d’arbitrage aura besoin le FCB pour gagner le titre ?

Le phénomène est connu dans la plupart des championnats : les grandes équipes, ou présumées comme telles, sont rarement désavantagées par l’arbitrage. La LNA suisse ne fait pas exception à la règle. Servette ou GC en ont largement profité par la passé, c’est désormais le FC Bâle qui bénéficie des largesses du corps arbitral. La saison dernière, le moins que l’on puisse dire, c’est que les erreurs d’arbitrage dans les matchs de Rhénans ne se sont pas compensées sur l’ensemble de la saison, loin de là. Il y a eu tellement d’erreur en faveur du FCB et des tellement flagrantes, que c’en était presque indécent. Et quand on connaît l’écart minime qui a séparé Bâle de son dauphin GC en fin de saison, on se dit que le corps arbitral n’a pas été sans influence sur l’identité du champion de Suisse 2012-2013. En fait, les titres du FCB se décomposent en deux catégories : ceux qu’il obtient par ses propres mérites et ceux où il a bénéficié de quelques coups de pouce du «destin». Le titre 2012-2013 appartient sans doute à la seconde catégorie, qu’en sera-t-il de celui de 2013-2014 ?    

Marco Streller reviendra-t-il en équipe de Suisse ?

Longtemps décrié par les médias, sifflé en équipe nationale, moqué sur tous les terrains de Suisse, Marco Streller a acquis avec l’âge une forme de sérénité et de sagesse qui en fait l’un des meilleurs, sinon le meilleur, joueur du championnat. Intelligence de jeu, technique hors-pair, sens du but, altruisme, tempérament de leader, l’époque du grand pin dégingandé tétanisé par la pression à Cologne et tirant la langue est bien révolue. L’équipe de Suisse peut-elle vraiment se passer d’un tel joueur, quand on connaît ses problèmes offensifs ? A priori, ni l’intéressé ni Ottmar Hitzfeld n’ont envie de rouvrir ce chapitre-là et le but tardif de Seferovic contre Chypre a évité que ce débat ne ressurgisse dans la presse. Mais il suffirait de deux nouvelles séances de mutisme offensif contre l’Islande et la Norvège en septembre pour que la question se repose avant les échéances décisives d’octobre face à l’Albanie et la Slovénie.

Valentin Stocker réussira-t-il plus de passes décisives que de simulations ?

Plus que tout autre, Valentin Stocker incarne la suffisance et le favoritisme bâlois qui nous horripilent en championnat suisse. Et nous interdisent de vibrer aux exploits européens des Bâlois. C’est dommage, Valentin Stocker, meilleur passeur du championnat 2013-2013, est pétri de qualités et constitue l’un des joueurs les plus créatifs de notre championnat. Dommage qu’il ne fasse pas preuve de davantage de sobriété et profite de la notoriété du grand FC Bâle pour en rajouter systématiquement, à grand coup de simulations, gestes d’humeur et autres protestations. S’il ne veut pas rester à jamais un petit roitelet de province en Suisse mais s’imposer dans un grand championnat étranger, le Bâlois doit incontestablement gommer ses excès. Car il ne bénéficiera pas partout des mêmes faveurs qu’à Bâle. 

Qui de Raul Bobadilla ou Geoffroy Serey Die écopera-t-il du plus de cartons ?

En engageant Raul Bobadilla et Geoffroy Serey Die, le FCB a certes affaibli deux rivaux potentiels pour la conquête du titre, YB et Sion, mais aussi recruté deux des joueurs les plus imprévisibles de la ligue, des mecs qui peuvent disjoncter à tout moment pour une broutille. Dès lors, le concours est lancé : qui de l’Argentin ou de l’Ivoirien écopera de plus de cartons, jaunes et surtout rouges, dans la saison ? Sachant que l’ancien Sédunois est dans l’attente d’une décision du TAS pour tenter de lever une suspension prolongée pour transfert irrégulier (il s’est vraiment identifié au FC Sion celui-là), on miserait plutôt sur l’ancien attaquant d’YB, GC et Gladbach.

Les magiciens seront-ils de retour ?

Je veux bien sûr parler des frères Degen. En laissant partir Steinhöfer, Murat Yakin semble décidé à offrir la place de titulaire à son ancien coéquipier Philipp Degen dans le couloir droit. L’ancien latéral de Dortmund et Liverpool a récemment affirmé qu’il entendait participer à la Coupe du Monde 2014 avec la Nati. Stephan Lichtsteiner peut trembler. Les choses paraissent plus compliquées pour David Degen, vu que le FCB est plutôt bien doté en milieux offensifs. Mais l’ancien joueur d’YB espère lui aussi retrouver une place de titulaire. Là, c’est Shaqiri qui fait la grimace : déjà qu’il doit se coltiner la concurrence de Ribéry, Robben, Müller, Kroos et Götze à Munich, si en plus il se retrouve avec Degen sur le dos en équipe nationale, ça va être dur d’avoir du temps de jeu… Sinon, parlant de magicien, un vrai, on évoque un retour de Matias Delgado à Saint-Jacques : le FC Bâle et l’Argentin seraient d’accord mais son club d’Al Jazira, avec lequel il est lié jusqu’en 2015, se montrerait un peu gourmand. On ne sait pas où en est Delgado après trois ans aux Emirats mais son retour pourrait être une attraction pour notre championnat. Un autre retour évoqué est celui d’Eren Derdiyok, en disgrâce à Hoffenheim ; ça fait moins rêver mais ça pourrait être une bonne manière pour lui de se relancer, c’est quand même un joueur qui vaut sans trop de problème quinze goals par saison en Suisse. Au moins.

Le FC Bâle jouera-t-il sa Finalissima ?

Pendant plusieurs saisons, le football suisse se distinguait en refondant complètement le calendrier à Noël pour agender un choc entre les deux meilleures équipes du pays lors d’ultime journée, la fameuse Finalissima. Fort heureusement, cette pratique débile a été abandonnée et le calendrier est désormais déterminé aléatoirement par un ordinateur en fixant d’emblée les 36 journées. Cette saison, les hasards de l’informatique pourraient pourtant bien nous avoir réservé une nouvelle Finalissima à Saint-Jacques puisque, lors de l’ultime journée en mai prochain, le FC Bâle recevra la Lausanne-Sport. Avec le titre en jeu ? On y croit moyennement, disons que le LS serait bien inspiré de ne pas attendre le dernier match pour assurer son maintien. 

Le vice-champion d’Europe en amuse-bouche ?

Trois jours avant la reprise du championnat contre Aarau, le FC Bâle aura l’honneur d’accueillir le vice-champion d’Europe en titre et club le plus populaire du monde. Soit la première affiche de prestige de la saison à Saint-Jacques, avant même le début de la Ligue des Champions où les deux clubs n’ont que peu de chance de se rencontrer puisqu’ils devraient figurer tous deux dans le troisième chapeau au moment du tirage au sort des phases de groupe. Bâle – Dortmund, c’est mercredi 19h30, il y a une chance infinitésimale que je me retrouve fortuitement dans les parages ce soir-là ; le cas échéant, je te raconterai.

Quel classement ?

Mon pronostic : 1er.

Écrit par Julien Mouquin

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4 Commentaires

  1. Les arbitres ont récemment reçu des directives plus sévères au sujet du comportement anti-sportif et des réclamations. Quant à savoir si le FC Bâle sera concerné…

    En tous les cas, merci pour ces excellentes présentations. Impatient de lire la suite.

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