Sur le fertile terrain du ridicule, l’Homme, l’être humain, le bipède « naturellement intelligent » (la seule espèce capable de détruire sciemment son environnement vital avec le sourire) s’y illustre depuis la nuit des temps. On pourrait parler de sa vindicte naturelle lorsqu’il prend le volant, de sa façon singulière de défendre des causes perdues « juste parce qu’on a toujours fait comme ça » ou encore de sa propension manifeste à dégueuler tout ce qui lui revient pas (souviens toi, l’été dernier, l’Euro féminin). Mais ici, sur Carton-Rouge, on parle de sport et toi, tu viens pour y lire du sport. Quoi qu’il en soit, cette fois, on va pas parler du sport des autres (parce que, pour le coup, c’est pas l’heure des pros), on va parler du sport de nous. Nous, les amateurs.
Et mon objectif, avec cet interminable article, c’est de te tirer au moins un sourire en ce début d’année merdique (chiche que je vais y arriver ?). Mais s’il y en a deux ou trois, c’est pas perdu non plus, hein.
On aurait pu faire un article sur les trailers de plus de 40 ans qui doivent « se prouver quelque chose », ou du fôte des talus, catégorie Perskindol ou Flector, mais non, pas cette fois. Cette fois, on va aller faire un petit tour dans les salles de sport. Tu sais, ces lieux qu’on pourrait croire remplis de poulets sans tête qui courent partout en tapant les murs mais qui, en fait, sont un joli reflet de notre si ridicule condition humaine. Les fitness, donc, ces lieux décorés de miroirs, de machines de guerre, d’haltères, de bancs et de tapis. Et de codes QR autocollants de ton assureur qui te promet une participation sur ton abonnement à ta salle préférée si tu souscris à sa belle branche d’assurance tout-en-un pour ta santé (vraiment, t’aurais tort de ne pas profiter de cette belle offre). Donc après des années de pratique, je peux officiellement t’en faire un état des lieux, assorti, pour débuter, d’un sondage pipauté réalisé par moi auprès de une personne indiquant que moins d’un client sur mille vient là par mesure de prévention pour sa santé. #FuckYouSwica
À tout seigneur, tout honneur, débutons par la salle elle-même. Généralement, elle est divisée en deux parties pas forcément égales (comme la vie, en somme). D’un côté la zone « libre », équipée de toutes sortes de poids à soulever ou pousser 12 voire 15 fois en soufflant fort par la bouche comme si t’accouchais (4 séries de préférence, parce que le premier jour, le « coach » (voir « employé désœuvré » plus bas) qui t’a vendu ton abo annuel avec offre spéciale « bonnes résolutions 2026 » te l’a recommandé en te donnant ton parcours sur mesure pour toi tout seul). Zone libre, parce que tu y viens quand tu veux et tu fais ce que tu veux. Donc au début, 3 fois par semaine puis gentiment, dès mars, voire même déjà février, une fois quand tu peux. La zone libre, c’est un peu la zone des hommes, des bonhommes, des forts (et tu constateras aussi qu’en général, c’est la plus grande). De l’autre côté, la partie réservée aux cours, plus petite, principalement utilisée par les femmes. T’as la liste (des cours) au panneau d’affichage, à côté du petit écriteau qui te demande d’utiliser un linge sur chaque machine et de ne pas la monopoliser si tu l’utilises pas activement (ça doit être écrit trop petit, ou dans un langage peu clair, à mon avis – un peu comme le panneau silence au spa). Lundi, bodypump, mardi, spinning, mercredi zumba, jeudi aquaponey, etc… En général, cette zone est insonorisée et largement vitrée. Pour que ceux de dehors puisse savoir ce qu’ils ratent ou que ceux de dedans sachent si on les reluque convenablement, depuis dehors ? Va savoir…
Pis y’a aussi les vestiaires et la zone « repos ». Nous y reviendrons tout à l’heure, parce que je brûle de vous parler des profils d’utilisateurs que l’on ne peut pas rater, dans un fitness, même quand t’as pas mon expérience du terrain.
Le body-buildé
Lui, il vient pour se maintenir en forme. Pas pour sa santé, non, pour sa carrosserie. Muscles déjà gonflés, il vient « s’entretenir » le corps (parce que pour le cerveau, là, c’est déjà trop tard). Je sais pas ce qu’il prend, mais une chose est sûre, c’est que malgré tout, il sait toujours retrouver les toilettes (et la salle). Basiquement, grâce à cette dernière info, nous savons qu’il est encore humain, le gars qui reste InShape. Son équivalent féminin pourrait se retrouver sur Insta sous le hashtag #bodypositive avec – paradoxe – du contenu sponsorisé pour le Brazilian Butt Lift (BBL) de la Clinique Esthétique XYZ pour « des fesses galbées et volumineuses, synonymes de santé et de beauté vous permettant d’être éblouissante en maillot de bain ». #TheEasyWay
Je crois que leur but ultime, c’est de pouvoir faire bravo avec les fesses. Faut toujours avoir un bel objectif, dans la vie.
Et c’est là qu’accessoirement, en visitant leur site, que tu apprends ce qu’est le Hip-dip, et comment, grâce à leur expertise, t’en débarrasser. Parce que maintenant que tu le sais, c’est primordial, de s’en débarrasser. #Money
Le monopoliseur de machine
Je sais pas si c’est mon préféré, mais lui, au moins, il vient pas faire de la figuration. Son programme, c’est séries sur séries. Ses enchaînements, il les fait pas sur une seule et unique machine à la fois, mais sur deux, voire trois. 12 tractions pour les bras, 15 fois la presse pour son boule ses belles jambes… Il pose son linge sur une machine, son téléphone sur l’autre et se défonce sur la troisième. C’est plus du sport, c’est de la colonisation territoriale. Depuis qu’il a goûté au Magic Pass, il croit que ça s’applique partout. 3 machines, 4 séries. 4 fois. 60 minutes. Tu voulais finir ton entraînement par la presse ? Et ben t’attends mon vieux, y’a des gens qui sont pas là pour rigoler, tiens !
Le scrolleur (forme masculine utilisée ici pour qualifier les membres des deux sexes et inversement)
Antithèse du sportif d’élite, et avant-dernière espèce invasive à la salle (l’influenceuse étant la dernière), apparue récemment mais déjà partout : le client « jamais sans mon portable ». Une prolifération express, digne d’une mauvaise herbe importée qui te pique rien qu’à la regarder (ta gueule, la berce du caucase !). L’animal peut passer une heure entière sur place sans produire la moindre goutte de sueur, lever vaguement les jambes quatre fois, histoire de ne pas repartir avec la conscience trop lourde, puis rentrer chez lui, fier comme Cristiano, les abdos en moins, sans même envisager la douche, ni même le sauna. Après tout, pourquoi se laver quand on n’a rien fait ? Convaincu du devoir accompli, il trône sur sa machine comme sur un banc public, scotché à son écran pendant de longues minutes (certainement en train de s’imprégner d’une vidéo motivationnelle à musique épique), sans la moindre intention de s’en servir (de sa machine, que tu aimerais bien utiliser). S’il avait au moins la délicatesse de libérer l’appareil entre deux sessions de scroll compulsif, on frôlerait le client idéal : il paie, remplit du vide, n’use que dalle.
L’influenceur (quoique, plutôt -ceuse, en fait)
Legging, top court, baskets neuves, trépied, téléphone, casque audio XL. L’hexalogie de l’influenceuse fitness qui ne t’adresse la parole que fâchée, ses sourcils épilés-tatoués en V, parce que tu es passé dans son champ vidéo. Franchement, je préfère des cafards dans les douches. Et un (vieux) beau parleur au hammam.
Le (vieux) beau parleur
Mieux coiffé qu’habillé, dans son t-shirt en coton « Paléo 2006 », son tout petit linge autour du cou, il fait le tour de la salle et raconte sa vie à tout un chacun. Il connaît tout le monde, depuis le temps. Au bistrot, c’est celui qui t’apostrophe depuis l’autre côté de la pièce pour savoir si tes hémorroïdes sont enfin guéries « depuis la dernière fois ». Ton avantage, quand il est là, c’est que c’est pas lui qui utilise la machine que tu convoites. Par contre, il saura te tenir la jambe pendant que t’essaies de compter tes répétitions et puis… merde, tu sais plus où t’en es (mais tu gardes le sourire, parce qu’il le faut bien). C’est avec lui que tu vas avoir la chance de tomber nez-à-nez (garde les yeux levés) au sauna, son petit linge autour du cou, décontracté de l’entre-jambe, qui profitera de l’occasion pour terminer de t’expliquer ce qu’il avait commencé tout à l’heure.
L’employé désœuvré
Lui, à la base, il est coach sportif. Mais bon, force est de constater qu’il est surtout là pour allumer la télé diffusant de belles images de grandes aventures en « outdoor » qui font rêver, face aux vélos d’appartement (je t’avais bien dit que l’Homme savait toucher au ridicule), choisir la musique qui rythmera ta session si t’as pas ton propre son, ranger les outils, te faire une belle photo de trop près pour ton contrat, te filer ta carte de membre exclusive accompagné de sa facture payable à 30 jours net et t’informer que tu peux télécharger l’app du centre pour avoir accès à toute une panoplie d’exercices adaptés à toi et tes « objectifs ». C’est comme si la caissière à la Migros t’apprenait à utiliser les scanners et passer à la caisse self-service. Sur l’échelle des boulots captivants, sur le papier, il est à 8, ressenti à 2. En dessous, il y a le gars (ou la dame) en uniforme qui reste la journée assis devant un tableau au musée ou toi, à l’école de recrue, qui gardait la porte d’une écurie vide pendant le week-end où tous tes potos étaient rentrés chez eux se murger en attendant le grand retour du dimanche soir. Mais ça, souviens-toi, c’était bénévolement obligatoire, pour la patrie (et pour calmer les angoisses des vieux droitards de plus de 50, voire 60 ans). Ici, à la salle, c’est pas pareil : tu paies de ton plein gré. Et tu en redemandes. #OhOuiFaisMoiMal
Le vestiaire/les douches/la zone de détente
Qui dit vestiaire de fitness dit casiers, miroirs (à nouveau), douches, pèse-personne (ou plutôt pèse-tout-le-monde, dans ce saint-lieu) et dans les bons centres, un espace détente avec sauna et hammam.
Pas besoin de vous cacher que les types comme moi (sportifs aguerris de plus de 50 ans, donc), c’est surtout pour cette dernière zone qu’on prend l’abo. Et qu’on arrive à tenir le rythme de 3 fois par semaine, le reste n’étant que garniture. Regarde les centres qui se cassent la gueule et viens oser me dire qu’ils étaient équipés de ces incontournables ! Tiens, par exemple, y’en a un – à Martigny – à vendre, qui avait supprimé cette offre lors d’une reprise de gérance. Qui aurait l’idée saugrenue d’abandonner le lucratif après-ski en station ? Hein, qui ? #NoHammamNoGain
Après, t’as l’hygiène. Sur la porte, tu lis qu’on prend son linge avec soi au hammam et au sauna. Pas compliqué, non ? Parce que bon, poser ton cul sur le banc du sauna dans le slip que non seulement t’as porté toute la journée, mais qui t’as accompagné durant toute ta séance sportive, ça la fait pas, mec. Je veux bien que te montrer à poil, c’est contre ta religion et que tu es ultra-pratiquant, mais bon… Et puis, refaire le monde avec ton pote pendant que ta voisine de banquette essaie de se détendre en faisant sa session de cohérence cardiaque quotidienne, enroulée dans son linge, elle, c’est pas respectueux. Moi, je te dis, c’était mieux avant. Avant, on savait faire preuve de respect, bordel.
Pis attend, parce que le type qui fait son spa en slip, il se douche en slip aussi. Véridique. Et 15 minutes plus tôt, il trouvait, accompagné de son rire gras de vieux boomer décomplexé, que le legging moulant devrait être obligatoire pour les femmes, au fitness. Pudeur sélective. Bon, au moins, il se douche. Parce que t’en as, ils finissent leur entraînement et renfilent leurs habits de ville en catimini, à la fraîche. Départ au bureau pour l’après-midi ? Hmmm, charmant !
Bref
Bref, si t’es arrivé jusqu’ici, c’est certainement que tu te disais que tu allais y lire une pépite (et sourire). Et puis non*. T’es un peu déçu mais même pas tant que ça. Un peu comme à chaque fois que tu sors de ton fitness, en somme. J’apprécie ta résilience. Aller, on va continuer comme ça. J’écris des articles, tu les lis et on passe à autre chose. Un peu comme un hamster dans sa roue. La résilience, c’est notre force de caractère et 2026 sera l’année où l’on constatera qu’endurance est synonyme de résilience. Et qu’on arrivera peut-être à tenir nos bonnes résolutions jusqu’à fin février.
Que la force soit avec nous !
*Tiens, pour la peine, essaie de lire « rabbin » à l’envers et dis-moi que finalement, tu as souri quand même une fois à la lecture de cet article : objectif atteint 😉

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