Tour de France: doping story, 5e étape

Le réveil a été dur. Sevré de substances dopantes, Henri Broncand s’est levé courbaturé de partout et dans un piètre état. Plutôt que de tenter l’expérience du placebo, nous avons convenu de le remplir à ras-bord de tout ce qui passera sous la main de notre médecin, afin de tester les limites du corps humain au cours de la première étape difficile de cette édition 2007 du Tour.

Le profil de la journée est sacrément vallonné. En direction d’Autun, ce ne sont pas moins de trois côtés de 4ème catégorie et deux de 3ème qui se dressent devant notre athlète. Pour mettre toutes les chances de notre côté et afin de s’assurer que la traversée de tous ces vignobles se passent sans encombres et désagréments d’ordres purement éthyliques, il a été décidé de monter des oeillères sur Henri, afin qu’il ne soit pas déstabilisé par sa dépendance. 5 ml de Miflasone, 50 cc de Purégon, un peu de Célestène par voie orale, du Voluven, un soupçon d’Hesteril, un poil de Xylocaïne pour la forme, un doigt de Tamoxifène et de l’Ephédrine pour faire passer le tout, telle est la liste du «petit-déjeuner» de notre homme.Tout cela mélangé, n’est-ce pas un peu fou pour un seul homme ? Je dois vous avouer que nous ne nous sommes même pas posés la question. «Advienne que pourra» est un peu la devise de notre expédition. Et comme nous avons eu le feu vert de la chair de médecine de Paris ainsi qu’un ordre de ne pas réanimer de la part du cycliste, on s’en fout un peu. Le but est d’aller au bout de notre expérience.
Dès les premiers hectomètres, l’effet dévastateur de tous ces produits se font sentir. Henri est déchaîné. Ne voyant que le route devant lui, il prend position sur son guidon de triathlète et donne tout ce qu’il a. Nous n’avions pas pensé à une chose, avec les oeillères, il est incapable de voir si des véhicules prioritaires arrivent aux croisement, ce qui a amené quelques situations pour le moins cocasses et un peu de tôles froissées. Effrayé par les sifflements des pneus sur l’asphalte et les insultes des usagers de la route, Broncand est perturbé et ne parvient pas à garder sa trajectoire.


…un peu de tôles froissées

Après une petite centaine de kilomètres avalée en moins de deux heures et seulement 3 pares-brises traversés, notre champion est déporté sur le droite apeuré par le klaxon d’un routier. Effrayé, il part sur la gauche de la route où il n’a pas pu apercevoir une classe de CM2 en goguette qui s’apprêtait à visiter un monument de la région. L’impact fût effroyable. De la roue avant, il percute l’institutrice, une prof d’allemand d’un fort beau gabarit. La chute du cycliste, parti en soleil, a heureusement été amortie par trois écoliers, décédés sur le coup.
Désormais totalement aveugle, les oeillères ayant recouvert la totalité de ses globes oculaires, notre homme n’a pas pu se rendre compte du carnage dont il venait d’être l’auteur. Heureusement pour notre expérience, car celle-ci n’aurait pas pu être menée à bien si notre coureur avait eu l’esprit embué dans ces basses considérations bien terre-à-terre. Alors que les secours arrivaient, nous avons juste pu le relancer à temps pour ne pas perdre trop de temps.
Henri Broncand a finalement eu du mal à passer la dernière bosse de la journée. Guidé par le son d’un tire-bouchon il a suivi notre voiture tout au long des 50 derniers kilomètres. Seul soucis qui ne nous avaient pas traversé l’esprit : à force de charger le mulet, Henri n’a pas pensé à s’alimenter et encore moins à boire. En manque d’alcool, il commençait à trembler dangereusement et les derniers hectomètres furent un vrai calvaire. Les yeux rougis, le gosier en feu, il a fallu utiliser la tactique de la carotte et du bâton. Avec un canne de hockey, un bout de ficelle et une Heineken, décidément, on fait des miracles…

Commentaires Facebook

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.