Mesdames et messieurs, une minute de silence pour nos zéros héros modernes. Non, pas les petites mains des EMS qui, patiemment, donnent à manger à nos vieux en lambeaux, ou les soignants, les secouristes (de Blatten ou d’ailleurs), les pompiers, les chercheurs-scientifiques virologues, non, non, pas eux. Je parle évidemment des footballeurs pro. Ces valeureux gladiateurs du gazon tondu au millimètre, ces multimillionnaires en claquettes chaussettes, qui aujourd’hui crient à l’injustice suprême : ils jouent trop de matchs, nos pauvres petits loulous. Trop. Beaucoup trop.
L’oppression, la goutte qui fait déborder le vase, ce fut cette Coupe du monde des clubs aux États-Unis au mois de juillet. On jurerait les avoir entendu parler de goulag.
Et évidemment, au cœur de tout ça, le paradoxe qui tue : ils veulent moins jouer… mais veulent être payés comme s’ils jouaient plus. Un peu comme si je demandais à faire du télétravail en dormant, mais avec une prime de productivité.
Oui, cher lecteur, sache que derrière chaque amorti de Dembélé et chaque tacle de Rüdiger, il y a un drame humain : un repos de trois jours au lieu de cinq dans leur villa d’Ibiza, avec bar dans la petite piscine qui est elle-même dans une grande la piscine (l’enclave, le comble du luxe). L’un d’eux a même dit : « Je n’aurai de repos que lorsque je serai blessé ». On dirait une citation de Rimbaud… ou d’un stagiaire de 42 ans en burn-out chez Amazon.
Heureusement, le syndicat des joueurs (le FIFPRO) veille au grain, affirmant que les footballeurs de haut niveau auraient la trouille de dire qu’ils jouent trop de matches, par crainte de répercussions sur leur carrière. Pire, ils seraient soumis au diktat de leurs clubs qui les obligeraient à balancer des vidéos sur leurs réseaux, vantant le tout nouveau si beau produit à Gianni. Tout ça avec la détermination d’un ado disant à sa mère que la ratatouille est « trop bonne, en vrai ». Le goulag, je vous dis.
Entre nous soit dit, quand ton club te paie € 800’000 par semaine, tu peux bien respecter les termes de ton contrat, non ?
Mais comprenez-les ! Parler librement n’est plus une option ! Trop de conséquences. Trop de pressions. Ils vivent dans un climat de peur. À 12 millions l’année, le courage, ça coûte cher. À Carton Rouge, on se tâte pour leur créer un syndicat pour la liberté d’expression en conférence de presse.
Et le plus drôle, c’est que s’ils veulent continuer à toucher leurs salaires juste inférieurs au budget d’un petit État africain, il faut bien… jouer plus de matchs. Oui, car (attention spoiler) l’argent ne pousse pas sur les arbres. Il vient des droits télé, des tournées en Asie, de l’écoulement des tickets au stade, et accessoirement de la vente de maillots third fluo-camouflage au prix d’un loyer. Bref, il faut jouer, les gars. Désolé.
« Ouin-Ouin, la FIFA elle est méchante ».
Infantino serait un autocrate. La FIFPRO, elle, voudrait du dialogue. Ah, le dialogue, la communication, cette clé unique de toute relation réussie sur le long terme. Quand la FIFA invite la FIFPRO à discuter, à New York, elle ne vient pas. Mais après, elle fait un communiqué genre : « On est très déçus, vraiment, ça va trop loin ». On dirait une rupture amoureuse entre deux boomers en colère. Prochaine étape : ils s’envoient des vocaux passifs-agressifs sur WhatsApp.
Peut-être faut-il juste rappeler que si on veut des villas de 42 pièces, des voitures de sport, des montres en or et des déplacements en jet privé, il faut en échange courir après un ballon plus de 45 fois par an. C’est le deal. C’est pas moi qui l’ai inventé. C’est le capitalisme. Ou comme on dit à la FIFA : « football for the fans… and we care of money ».
En conclusion : courage, chers joueurs. Et si jamais vous êtes trop fatigués, il reste une option révolutionnaire : la cohérence. Vous demandez à ne jouer que 40 matchs par saison, pour un salaire de 40 matchs, pas de 80. La différence est subtile, mais je suis sûr qu’avec un bon conseiller, vous devriez arriver à la comprendre.

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