Les Diables Rouges ont entrevu l’enfer

En dominant Cologne au terme d’un match d’une piètre qualité technique mais d’une incroyable intensité dramatique, Kaiserslautern a assuré son maintien en 2. Liga. Les Rote Teufel font figure de miraculés, eux qui accusaient huit points de retard sur la barre à six journées de la fin et étaient encore relégués à 20 minutes du terme de la saison. Longtemps sous pression, le volcan du Betzenberg a enfin pu entrer en ébullition.

Si tu avais encore quelques doutes concernant la santé mentale du soussigné, ils seront dissipés en lisant le présent texte. Ce n’est pas la première fois que l’on va voir une rencontre de 2e Bundesliga mais, d’habitude, c’était sur le chemin du retour après des matchs à Dortmund ou Gelsenkirchen, agrémentés de quelques équipées festives à forts relents de houblon. Tandis que cette fois-ci, l’affiche de deuxième division allemande était bien l’unique but du voyage. Ce qui donne : un réveil à 6h30 un dimanche matin, 500 kilomètres d’autoroute, une minuscule Karlsberg Urpils et un Käse-Schinken Stange en arrivant au stade, le match, quelques kilomètres de marche sous la pluie en longeant une base militaire de l’armée américaine, re-500 kilomètres d’autoroute et un retour au bercail sur le coup des 23h30.

Vaincre ou mourir

Le match en question, c’est Kaiserslautern – Cologne dans le magnifique Fritz-Walter-Stadion qui se dresse fièrement sur la colline verdoyante du Betzenberg. Pour le 1. FC Köln, assuré de sa promotion en Bundesliga depuis une semaine, le match compte pour beurre. En revanche, il revêt une importance capitale pour le 1. FC Kaiserslautern. Malgré la folle remontée de ces dernières semaines, qui leur a permis de ramener leur retard sur la barre de huit à un point, les Rote Teufel abordent cette dernière journée en position de relégables. Ils restent néanmoins maîtres de leur destin, du fait d’une confrontation directe entre deux équipes situées juste au-dessus de la barre. Une victoire et le FCK sauve sa place en Zweite Liga. En cas de match nul ou de défaite, le relégation en Regionalliga est promise à l’ancien club de Ciriaco Sforza.

L’Allemagne, une autre dimension

Les 48’500 places du Betzenberg ont toutes trouvé preneurs depuis plusieurs semaines. Un Public Viewing a été organisé en ville pour permettre aux supporters dépourvus de billet de suivre la rencontre. A Cologne, 32’000 fans se sont rassemblés au Rhein-Energie-Stadion pour l’Aufstiegparty et la retransmission (payante !) du match sur écran géant. Rappel : on ne parle pas d’une ½ finale de l’Euro mais d’un match opposant le 15e au 2e de Zweite Liga. En Allemagne, le football prend vraiment une autre dimension. On s’en rend une fois de plus compte en arrivant dans le stade. La Westtribüne est toujours aussi impressionnante et, avec tous ces maillots rouges, ressemble toujours autant au kop d’Anfield Road. En plus grand. Malgré la saison décevante effectuée par leurs protégés, les fans du FCK sont bien décidés à tout mettre en œuvre pour pousser leur équipe vers le maintien : des chants incessants, une immense clameur qui salue chaque tacle ou la moindre incursion dans le camp adverse, une bronca dès que Cologne est en possession du ballon.

Fébrilité et gueule de bois

Cette équipe de Kaiserslautern est jeune et très limitée techniquement. On la sent extrêmement fébrile. Les Rote Teufel se créent les premières occasions par Reinert et Ziemer, en vain. Cologne n’est pas décidé à solder le match, ne serait-ce que par respect pour ses 6’000 ou 7’000 fans qui ont fait le déplacement. Mais les Geissböcke se ressentent de la semaine de festivités et de libations qui a suivi la promotion acquise sept jours auparavant contre Mainz et sont beaucoup moins présents dans les duels. Ils mettent néanmoins le nez à la fenêtre après la pause mais Antar et Özat manquent de conviction dans le dernier geste.

Hurrah-Fussball

Le chronomètre tourne, le score reste désespérément nul et vierge, Kaiserslautern est toujours virtuellement relégué. Le public continue à pousser mais, autour de nous, une anxiété proche de la panique commence à se lire sur les visages. Pourtant, sur le terrain, le FCK presse. Avec ses moyens. Avec ses limites aussi. Cela a quelque chose de poignant de voir les énormes efforts des Rote Teufel souvent anéantis par un contrôle raté, une passe défectueuse ou un centre dans les bras du gardien. Les occasions et situations chaudes se multiplient toutefois devant le but de Cologne. Ziemer rate son contrôle alors qu’il aurait pu partir seul au goal, McKenna sauve sur sa ligne après une tête de Ouattara, le gardien Kessler détourne un essai de Kotysch… Il n’y a plus vraiment de tactique, c’est du Hurrah-Fussball avec des grandes balles en avant et quatre joueurs qui se précipitent à la tombée du ballon. Le public se lève et hurle à chaque touche obtenue dans les 30 derniers mètres adverses.

Le grand frisson

Une tactique aussi désordonnée devait forcément offrir des balles de contre à Cologne : pour son dernier match avec les Geissböcke avant de passer à l’ennemi (Leverkusen), Patrick Helmes s’échappe sur le flanc gauche. Le tir de l’international allemand (il a été retenu dans le cadre des 26 pour l’Euro) s’écrase sur le poteau, heurte la tête du gardien Sippel et s’en vient mourir quelques centimètres devant la ligne de but avant d’être dégagé (69e). Un immense frisson parcourt le stade. Les Diables Rouges viennent d’entrevoir les portes de l’enfer car ils ne se seraient jamais remis d’une ouverture du score adverse. L’enfer de la Regionnalliga où le FCK, capable de drainer près de 50’000 fans en étant 15e de 2e division, aurait dû batailler contre des équipes réserves de clubs auxquels il disputait le titre national il y a dix ans encore.

La délivrance

Dans la minute suivante survint la délivrance : sur un centre d’«unser Kapitän» Axel Bellinghausen, le défenseur McKenna renvoie directement sur Josh Simpson, seul à huit mètres du but. Le Canadien trouve le petit filet et fait exploser le Betzenberg. Le volcan entre en ébullition : après avoir passé presque toute la saison sous la barre, Kaiserslautern est virtuellement sauvé. Virtuellement et même définitivement sauvé car, dans cette ambiance survoltée, Cologne n’avait pas les ressources pour revenir. Au contraire, après un improbable centre de l’extérieur de Lexa, Marcel Ziemer double la mise d’une reprise ratée qui heurte la latte et retombe du bon côté de la ligne, faisant définitivement chavirer le Betzenberg. C’est Kickers Offenbach qui accompagnera Aue, Paderborn et Jena en Regionalliga.

La fête

La ola, les chants, le troisième but sur un tir croisé de Ziemer, la fin de match est indescriptible et c’est sur un monumental FCK ist wieder da que l’arbitre met fin à la saison. Le terrain est rapidement envahi, comme pour fêter un titre, alors qu’il ne s’agit que d’une… 13e place en Zweite Liga. La sono diffuse les grands classiques de la discographie des stades allemands, repris en chœur par les supporters des deux camps, y compris le… Viva Colonia du 1. FC Köln. Cette ambiance bon enfant sera malheureusement ternie par une vingtaine de gamins pressés d’en découdre. Tout est vite rentré dans l’ordre mais cela a un peu refroidi la fête. Qu’à cela ne tienne.

Niveau football, ce match ne restera pas dans les annales, loin s’en faut, ça ressemblait assez à ce que l’on peut voir dans notre LNB suisse. En revanche, rayon ambiance, émotion et intensité dramatique, c’était juste incroyable. Finalement, on n’a pas encore totalement perdu la raison. C’est le jour où l’on renoncera à ce genre d’expédition pour passer notre dimanche scotché devant la TV et un Grand Prix de F1 ou un match de tennis sur terre battue qu’il faudra s’inquiéter pour notre santé psychique.

1. FC Kaiserslautern – 1. FC Köln 3-0 (0-0)

Fritz-Walter-Stadion, 48’500 spectateurs (guichets fermés).
Arbitre : M. Stark.
Buts : 70e Simpson (1-0), 75e Ziemer (2-0), 81e Ziemer (3-0).
Kaiserslautern : Sippel ; Demai, Ouattara, Mandjeck, Lamprecht ; Lexa, Reinert (76e Jendrisek), Kotysch, Bellinghausen, Simpson (81e Runström) ; Ziemer (84e Bohl).
Köln : Kessler ; Özat, Mohamad, McKenna, Mitreski ; Antar, Broich (78e Scherz), Pezzoni (46e Ehret), Vucicevic ; Helmes, Novakovic.
Carton jaune : 58e Ehret.

Écrit par Julien Mouquin

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3 Commentaires

  1. Magnifique papier qui transpire la passion, bravo. Jétais pour ma part samedi dernier à Hambourg pour voir le HSV atomiser Karlsruhe 7-0 dans une ambiance indescriptible. Tu as tout à fait raison, le foot allemand, cest une autre dimension.

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