Oula… On s’était Palve du bon pied ?

Michael Hügli, égérie de la rédac’ depuis de nombreuses années (et encore pour quelques unes, snif), vient de marquer un doublé à l’occasion de son 300e match de National League. Oui oui, deux fois dans la cage vide, mais ne nous embarrassons pas d’objectivité et de faits concrets, on finirait par se prendre pour un média sérieux. Bref, on nous avait bien dit que Halloween était une période propice à la résurrection des morts, mais on ne pensait pas que c’était à ce point. Tant et si bien que CR a décidé d’envoyer un abominable et par ailleurs méprisable scribouillard en tribune pour la troisième fois de la saison pour comprendre d’où viennent les événements surnaturels qui ont secoué la Vaudoise aréna avant la pause internationale. Le hasard faisant bien les choses, on est tombé pile sur le match le plus important de la décennie: un huitième de finale d’une compétition à l’aura inégalée dans le plurivers depuis des temps précosmologiques.

Le match en deux nombres

3,14

Non, ce n’est pas π (même si ça nous ressemblerait d’utiliser un nombre dont plus de cent mille milliards de décimales sont désormais connues dans un de nos articles déjà interminables), mais bien le classement respectif des deux équipes aux prises hier soir après le tour préliminaire de cette Champions Hockey League.

C’était donc la troisième meilleure équipe de l’univers qui en recevait une autre dont la quatorzième place continentale lui permet encore de toucher du doigt le rêve impossible de sauver une petite partie de sa saison bien mal emmanchée en championnat.

*Deux tiers-temps plus tard*

La qualification de la seconde nommée pour les quarts de finale étant désormais aussi prévisible que l’apparition d’un commentaire antivax sous un article relatant les ennuis de santé d’un journaliste genevois bien connu, on peut vous révéler qu’on a toujours su que les Lions avaient évidemment décidé de ne pas commettre les mêmes erreurs que les Aigles en gagnant cette compétition – qu’on a naturellement toujours méprisée – pour ensuite rater les sacrosaints playoffs de National League. CQFD.

Si le speaker est parvenu à traduire l’essentiel (« we welcome Geneva and its supporters ») dans la langue des visiteurs, seul l’hymne national des locaux a été joué, ce qui est tout de même assez inadmissible.

Les trois étoiles du match

Finalement non, on va toutes les donner au même joueur, il les mérite amplement.

⭐️⭐️⭐️+⭐️⭐️+⭐️= Roger Karrer

L’échauffement étrangement spécifique du numéro 25 moutarde-grenat aurait dû nous mettre la puce à l’oreille…

Il avait tout prévu le bougre. Seul possesseur d’un casque à visière intégrale sur la glace, il ne risquait en effet pas la commotion en cette 23e minute alors qu’il se projetait de toutes ses forces contre la tempe de Jason Fuchs, qui revenait tout juste de blessure (quelle idée aussi). Rusé. On espère juste qu’il ne s’est pas abîmé l’olécrane, on sait à quel point certaines arcades sourcilières récalcitrantes peuvent donner du fil à retordre aux coudes les plus aiguisés. La pénalité de match qui a suivi sera peut-être même comptabilisée comme un assist puisque le 0-2 de Tanner Richard est tombé… 23 secondes plus tard en infériorité numérique. Après l’ouverture du score à 10 secondes de la première sirène (Sakari Manninen, 20e), c’était déjà le coup de grâce. Non, franchement, c’est beau. On en a presque la larme à l’oeil (et pourtant le nôtre n’est pas rentré en contact avec la bande). Le capitaine servettien ne se contente pas de montrer l’exemple, il sait aussi ruminer les leçons que lui offre la vie pour en tirer une sagesse proverbiale: 

Tout ceci n’est qu’une paille pour lui, mais on n’est jamais trop prudent.

Le tournant du match

Y’a-t-il plus mal nommée que la « pause » des équipes nationales quand on a des joueurs étrangers de premier plan et un sélectionneur suisse qui en profite pour convier des seconds couteaux à un Euro Tour qui a presque autant de prestige que le concours de ressemblance chien-maître de Villars-sur-Glâne ? On a écrit « convier » ? Toutes nos excuses, on voulait dire « convoquer », ordre de marche à l’appui, sous peine d’être banni pendant au moins deux ans. Même si on imagine que Fabian Heldner manquerait un poil moins à la Nati que Lian Bichsel si le Viégeois venait à patiner (moins vite) dans les traces du rebelle des Texas Stars. Bref, tout ça pour vous dire que le résultat des courses est une blessure plus qu’inutile d’Ahti Oksanen, deuxième meilleur compteur importé du LHC, qui s’ajoute à celle(s) de Michael Raffl, out jusqu’à fin décembre. Pratique dans une compétition qui vous autorise à aligner un nombre illimité de hockeyeurs démunis de passeport à croix blanche.

Il va donc sans dire que si Joël Genazzi et Cie ont pris une branlée hier soir, c’est la faute à Patrick Fischer (qui a certes assez peu d’impact sur la sélection finlandaise, mais il fallait bien trouver un bouc-émissaire). 

Le slapshot en pleine lucarne du match

Le doublé d’Oula Palve pour sa toute première apparition sous les couleurs (hideuses, mais des couleurs quand même) du GSHC. Le flocage de son maillot estampillé CHL n’était même pas encore parvenu au club. D’où sort-il au juste ? Mais il vient d’être prêté par le HC Ajoie, en incommensurable difficulté dans les abysses du classement de National League et qui s’est dit qu’avoir des étrangers en réserve (surtout le meilleur compteur du championnat de Finlande 2023/2024) c’est pour les faibles. Le brave Oula ne s’est pas trop fait prier pour marquer les 0-3 (35e minute) et 0-5 (60e) dans une défense lausannoise qui s’est soudain sentie aussi concernée que Murat Yakin à une formation continue certifiante en tactique de jeu dans le football.

Pour ce qui est du score final, on a toujours dit qu’on se fiait aux statistiques avancées avant tout:

On a donc assisté à un match passablement serré.

Le vieux rotoillon en cloche du match

Le coupable, le voici: Antti Suomela, qui n’a même pas été fichu d’annoncer la prolongation de son contrat de deux ans comme tout le monde, c’est à dire en finnois et en présence d’enfants strictement francophones au marché de Noël du Flon ! Tout se perd décidément.

Ces discours intelligibles sont tout de même assez déroutants dans le monde dans lequel on vit depuis mardi dernier.

Les vrais savent. Pour les autres, on vous remettrait bien la vidéo de DJ, mais le pauvre a bien le droit à l’oubli 7 ans après, non ?

Oh et puis non.

Le chiffre à la con féminin

3.

Comme le nombre d’ultras du HC Fribourg-Gottéron Ladies qui avaient fait le déplacement à la Vaudoise aréna jeudi dernier pour le match amical entre la première équipe du LHC féminin (Swiss Women’s Hockey League B, deuxième division) et donc celle de Gottéron (Postfinance Women’s League, première division). On ne vous dévoilera pas le score final, on n’est pas comme ça sur CR, loin de nous la prétention de vous enlever le droit de fouiller les méandres les plus sombres des Internets pour le découvrir par vous-mêmes. Lesdits ultras (aussi sympathiques qu’enthousiastes, on avait perdu l’habitude dans le sport masculin) étaient accompagnés d’un porte-voix, d’un tambour, d’un drapeau et de leurs chants (sans interruption pendant 60 minutes), et avaient choisi de se faufiler vers la cage réservée aux fans adverses malgré la possibilité de s’asseoir où bon leur semblait et gratuitement dans la tribune faisant face aux bancs des deux équipes. Ça c’est du dévouement ou on ne s’y connaît pas. On ne saura par contre jamais par où ils sont rentrés dans l’enceinte, puisque l’équipe de sécurité (exceptionnellement composée de deux personnes ce soir-là, grosse affiche oblige) n’avait pas encore déployé son dispositif draconien qu’ils étaient déjà en place à l’intérieur. Aucune buvette n’étant ouverte pour l’occasion et le Spot Café fermant à 20h30 ce soir-là, nos trois intrépides suiveurs avaient choisi de tourner au thé froid.

Par miracle, on avait eu le droit de garder certaines lumières allumées après le passage des garçons.

Trois, c’est aussi le nombre d’arbitres (un rare trio entièrement féminin) qui officiait lors de cette rencontre. Vous allez probablement nous dire que le business de l’enfoncement des portes ouvertes à coups répétés de triple bélier en acier trempé doit occuper une bonne partie de notre temps à CR, mais que nenni: en effet, figurez-vous que si l’on en croit la préposée aux réseaux sociaux du club, c’était la première fois que cela arrivait aux joueuses lausannoises, qui ont pour habitude d’évoluer sous l’égide de seulement deux zèbres le reste du temps. Autant vous dire que l’accès à la vidéo n’est pas pour demain et qu’on ne s’attardera pas sur le fait qu’il fallait attendre qu’absolument toutes les équipes masculines du Lausanne HC aient fini d’utiliser la glace pour la journée avant de lancer la note de bas de page qu’est le match de l’équipe fanion féminine du club face à l’actuelle quatrième meilleure équipe du pays, sur les coups de… 20h45. On souhaite un bon retour aux trois supporters fribourgeois, on suppose qu’ils sont encore sur la route vu l’heure à laquelle la sirène finale a retenti. Une heure tout de même passablement tardive pour Avery Fust, fille de qui vous savez, 12 ans (oui, vous avez bien lu !), qui faisait sa première apparition chez les… adultes.

P.S. On ne vous dit toujours pas le score, mais le président Jean-Luc Rochat a avoué la semaine dernière au micro des Puckalistes qu’il préférait gagner contre Genève que contre Fribourg. Bon. Nous… euh… on a toujours dit que le seul derby digne de ce nom avait lieu face au HC Ajoie. Et uniquement à Porrentruy.

L’anecdote

Le GSHC aura enfin le super-héros qu’il mérite, à en croire le choix de la photo de tête de l’article de Blick annonçant le transfert de Tim Bozon de Lausanne à Genève la saison prochaine. Le timing de ladite annonce – 4 jours avant ce que la rédac’ qualifiera d’autant plus aisément après 5 p’tits shots de derby le plus important de l’histoire des deux clubs concernés (n’ayons pas peur des mots, ils ne mordent pas) – est bien sûr tout à fait innocent.

Et sinon dans les tribunes ?

Le Vaudois lambda allait-il soudain oublier que la CHL n’est habituellement pas digne de son attention sous prétexte que l’adversaire ne se nommait pas Storhamar, Fehérvár ou Tampere, que son logo n’avait pas été conçu dans une garderie à l’aide de néocolors en fin de vie et que ce huitième de finale lui donnait l’opportunité d’une vie d’affronter Genève-Servette pour la 118e fois de la saison ? Nos cours d’économie du collège nous avaient pourtant jadis appris que la rareté fait la valeur (bon, et aussi que l’argent ne fait pas le bonheur, oups)…

Pendant qu’on se posait mille questions, notre ancien collègue de la rédac’ et néanmoins ami Pierre Diserens nous sortait tout tranquillement, à deux heures et 9 minutes du coup d’envoi et devant notaire:

Bon, rien d’extraordinaire hein. Il se trompait lourdement:

Et ce con de Gérard qui a chopé la crève à la dernière minute !

La minute Jonas Junland

Image rare d’un tir adressé dans la direction générale de la cage d’Antti Raanta en power play (attention à ne pas masquer le gardien, ce serait malhonnête).

On ne sait pas trop ce qui s’est passé dans la tête de Geoff Ward au moment de décider d’aligner David Sklenička au poste de 7e défenseur avant de se raviser et de finalement lui donner 16’17 de temps de glace. Ses 4 minutes passées sur le banc d’infamie, sa présence sur un jeu de puissance vaudois dont l’efficacité rappelle un peu celle du programme de maîtrise des coûts de la santé mis en place par le Conseil fédéral et sur deux des cinq buts adverses auront forcément convaincu le coach ontarien de la justesse de sa décision finale. L’occasion de mentionner le fait que Waterloo n’est pas seulement le théâtre belge d’une célèbre défaite napoléonienne, mais également la ville canadienne de naissance du commandant des troupes lausannoises décimées hier soir. On a vérifié, aucun joueur local n’est un natif d’Alesia, Maryland ou de Trafalgar, Indiana. C’est déjà tout ça de pris.

Image nettement moins rare d’un tir genevois dangereux en supériorité numérique.

La rétrospective du prochain match

Retour au vulgus tout à fait ordinaire en championnat. Un combo face aux modestes Zurich et Zoug jeudi et vendredi avant un voyage inintéressant au possible en terres fribourgeoises la semaine suivante. Quel ennui. Si au moins il y avait une rivalité ou un historique quelconque avec au minimum un de ces trois clubs. Bref, vivement le match des peluches face à Langnau le 24 !

P.S. On nous souffle que ce machin qu’on vient de vous narrer est censé avoir un deuxième épisode mercredi prochain aux Vernets, mais on imagine que notre feuilleton est d’ores et déjà annulé au vu de la qualité du pilote et du désintérêt du public cible.

Il se murmure d’ailleurs que certains acteurs auraient déjà quitté la série.

A propos Raphaël Iberg 230 Articles
"Chaque matin on prend la plume parce que l'on ne peut plus faire autrement sous peine de malaise, d'inquiétude et de remords." Maurice Leblanc

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