Chris McSorley a réussi, avant de partir fâché aussi rouge que son frère savait l’être lorsqu’il jouait en NHL, la gageure de transporter « à lui tout seul » le quasi moribond Genève-Servette Hockey Club de feu la LNB à la finale du championnat Suisse (par deux fois) tout comme à deux victoires en Coupe Spengler. Chris McSorley, le Guy Roux du hockey genevois, voulait, en outre, une nouvelle enceinte pour son petit club devenu grand en remplacement de la désuète, si ce n’est déliquescente, patinoire des Vernets, présentant divers projets devisés, à l’époque, jusqu’à plus de 340 millions et censés être financés par de flamboyants intérêts privés. Le nirvana ! Las, l’Ontarien n’aura réussi, au bout du Léman, ni à remporter le titre de champion suisse tant espéré ni à poser la première pierre de son stade de glace, à son départ forcé, 19 ans après son intronisation.
Quoiqu’il en soit, Chris McSorley pourrait quand même être l’homme d’une nouvelle patinoire : il est même en passe de doubler le bâtisseur Christian Constantin en personne, sur ses propres terres, en érigeant une belle toute nouvelle enceinte sportive dans le Vieux-Pays (7000 sièges, 80 millions, « multi-fonctionnelle »), prenant place dans l’écoquartier à construire des Condémines. Ensuite, évidemment, il portera Sierre en National League et visera, légitimement, le titre de champion. L’autoroute !
Le Nid des Aigles au Trèfle Blanc
À Genève, dernier club de National League à jouer dans un entrepôt en pré-démolition (même Ambri et Ajoie ont changé non seulement de siècle, mais aussi de millénaire) et après moultes Genferei, un projet semble enfin tenir la route, porté à bout de bras par des investisseurs privés épris de la beauté du projet sportif par le canton. Et oui, les étincelants projets privés n’ayant eu de rutilant que leur capacité à échouer avec succès pendant des années, le Genève-Servette Hockey Club est encore et toujours condamné à accueillir les grosses cylindrées du championnat dans un hangar que même le HC Martigny ne voudrait pas utiliser comme lieu de stockage pour sa zamboni en révision.
Pourtant, aujourd’hui, on se remet à espérer : un projet de loi d’investissement auprès du Grand Conseil pourrait être déposé à l’été 2025 avec ambition d’inaugurer la nouvelle patinoire, le « Nid des Aigles », d’ici fin 2028 2030 (soit quelques années avant après celle de Chris McSorley, leur ex, quasi dictateur, si injustement trop souvent qualifié de toxique – c’est souvent comme ça, les divorces au forceps), située au Trèfle-Blanc, ce bout de quartier coincé entre Bachet, la police et la sortie d’autoroute, à quelques encablures du Stade de Genève. #Gentrification
Son prix ? 138 millions, financés par les deniers publics. Enfin, budgétisé à 138 millions. Personne n’est dupe, même à Genève. La construction d’une patinoire, c’est comme l’organisation des Jeux Olympiques : il y a le prix promis et le prix final. Misons sur un dépassement de 1,3 fois (montant total final estimé par nos bons soins : 180 millions). On ne devrait pas être bien loin de la réalité de la facture bientôt présentée au bon peuple qui sent encore le bonheur, nous en sommes sûrs, d’avoir payé celle du quasi toujours vide Stade de Genève.
Résumons
La patinoire des Vernets, ouverte en 1958, a fait son temps et manque cruellement de places réservées aux sponsors, principaux apporteurs d’argent frais au club, par tête de pipe.
Actuellement, il y a quatre loges qui se courent après et une tribune VIP qui ne suffisent plus, avec une liste d’attente à rallonge : tout ça de moins dans les caisses d’un club qui, volant de succès en succès (enfin, pas cette année), doit aussi assouvir les velléités financières grandissantes de ses joueurs, voulant évidemment leur part du gâteau. Un quart des sièges de la tribune principale sont réservés aux entreprises qui sponsorisent l’équipe, la rotation des « touristes » à ces places est énorme : jamais la même personne à la même place !
L’intérêt de cette nouvelle patinoire, indépendamment de l’aspect sportif, est d’avoir un anneau complet de loges pouvant être louées à l’année voire au match et de permettre de libérer les sièges « spectateurs ». Ce n’est donc pas « juste 1000 places en plus » dont on parle ici !
Côté dimensionnement (8500 places contre 7135 actuellement), le club n’enregistre même pas 10 % d’abonnements par année et, à part quand les touristes commencent à s’y intéresser (pour la finale, en gros), il n’y aura pas, je vous le promets, de problème de places (à Genève, c’est généralement deux, voire trois places à disposition pour le prix d’une). Ces matchs prisés seront majorés et les touristes, qui râleront sec d’abord, pourront sécuriser leur place pour l’année suivante en souscrivant un abonnement. On appelle ça la loi du marché et à Genève-la-Financière, on aime et plébiscite ça allégrement. #Alleluia
Le projet
Il est beau, le projet présenté en mars de cette année. Il a même un petit côté Bernabéu avec ses lignes futuristes, son toit blanc et son aspect « soucoupe volante » en ville. Sobrement baptisé « Le Nid des Aigles », l’enceinte devrait être parfaite puisque l’inventaire de tous les petits détails qui n’étaient pas parfaits, dans les patinoires visitées sur des années, a permis de gommer les imperfections, selon l’architecte cantonal qui a présidé le jury du concours. On touche à l’eugénisme comme au sublime ! Elle fera fureur, cette patinoire, je vous le dis. Je dirais même plus, avec un nom comme celui-là, elle fera carrément Führer !

C’est tellement Genève, cette histoire de places qu’il faudrait en plus. Belle analyse. Merci.