
Après la folle remontée face à Fribourg Gottéron (et Cedric Borga) achevée en apothéose par un 5-1 mémorable lors du septième acte à Malley, le soussigné a décidé de… quitter le pays pour des vacances bien méritées. Hein ? Pendant la finale de National League ? Allez vite voir pourquoi dans l’épisode 1 et revenez ici.
Cette semaine, on vous convie à un Full English… Lunch dans les colonnes de CR.
En effet, on s’est attaqué en guise de hors d’oeuvre au derby des extrêmes du mercredi 23 avril au soir à Kingsmeadow, antre de Chelsea, leader incontesté de Barclays Women’s Super League, opposé à la lanterne rouge (bizarrement peu contestée elle non plus) Crystal Palace. Les deux clubs du sud londonien ne sont séparés que par 11 miles (et de multiples changements de transports via Clapham Junction*, on a essayé), mais il y a un monde entre le futur champion et le futur relégué.
*D’aucuns disent qu’avec ses 2000 trains par jour (110 à l’heure, presque un train toutes les 30 secondes), Clapham Junction est la gare la plus fréquentée de Grande-Bretagne, voire d’Europe, si ce n’est même au monde. Un peu comme à Olten, on se demande si quelqu’un s’y est déjà arrêté pour une autre raison que pour changer de train.
Palace ne disputera probablement pas de coupe d’Europe la saison prochaine.
Pour le plat de résistance, on a gratifié un stade de football masculin d’une de nos rares visites trois jours plus tard sur les coups de 12h30. En effet, le Cherry Red Records Stadium (anciennement Plough Lane) a bénéficié de notre présence lors du duel de League Two entre l’AFC Wimbledon et Port Vale. Et on s’est vite souvenu pourquoi nos incursions dans ce sport étaient si rares quand un gamin d’une douzaine d’années nous a montré sa maîtrise de l’enchaînement ouverture du score de son équipe – doigt d’honneur dans notre direction approximative.
Bon et aussi parce que c’est CHIANT. Un tir cadré sur les 48 premières minutes, même Heinz Ehlers aurait trouvé ça bizarre.
… et ainsi de suite jusqu’à la 24e place. Il est plaisant de constater que les ennemis jurés de l’ex-Crazy Gang, les MK Dons, sont si bas (18es) que cette capture ne les inclut pas. L’histoire de cette rivalité pas comme les autres est fascinante, on vous la recommande.
Le dessert était constitué le lendemain après-midi par une demi-finale retour de Women’s Champions League entre Chelsea, encore elles, et le FC Barcelone à Stamford Bridge, même si le pousse-café risquait d’avoir un goût un peu rance, la faute au score du match aller (4-1 pour la fine crème de Catalogne à domicile le dimanche précédent).
Road to Lisbon: la situation avant les demies retour (infographie Wikipedia).
Et comme il faut bien grignoter entre les repas, des snacks étaient à disposition le reste du temps, évidemment à déguster par correspondance puisqu’il s’agissait bien sûr des Actes IV et V entre le LHC et les ZSC Lions.
Le 24 heures nous apprend donc qu’ON VA DISPUTER UN 5E MATCH. On vous avait dit qu’il fallait pas nous lancer sur le comique de répétition.
Pour Blick, le 5e match s’est même disputé avec deux jours d’avance. C’est dire si Geoff Ward a pris le contrôle du narratif.
Bingo ! On commençait à désespérer en ce qui concerne la case n°10 (vous pouvez aussi cocher les numéros 9 et 18 au sortir de l’Acte IV) ! Si vous ne comprenez rien à ce passage, c’est que vous n’avez toujours pas lu l’épisode 1.
C’est la case 19 ça, non ? Merci Matthias !
A noter que le-la-les préposé-e-s-x au live de Blick hésite(nt) sur son/leur propre genre et nombre. Mais on est sûr d’une chose: on va disputer un 5e match.
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Tout au long du repas, il n’y aura que deux sujets à éviter comme la peste autour des tables britanniques: la transphobie le féminisme radical critique de genre et le retour aux affaires d’un Nigel Farage métamorphosé en ardent défenseur de la veuve et de l’orphelin ouvriers histoire de ramener l’extrême droite au pouvoir lors des élections locales du 1er mai. Facile. Il suffira d’éviter de beaucoup boire. Au Royaume-Uni donc. Ah merde…
La semaine en cinq résultats
ZSC Lions-LHC 3-1
Chelsea-Crystal Palace 4-0
LHC-ZSC Lions 2-3
Wimbledon-Port Vale 0-2
Chelsea-Barcelone 1-4
On a maintenant la preuve formelle que notre présence sur le territoire suisse ne porte pas la poisse au LHC, mais pas sûr qu’on puisse adapter cette conclusion à tous les clubs londoniens qui nous ont vendu un billet cette semaine…
Les trois étoiles de la semaine
⭐️⭐️⭐️ Lukas Frick, qui occupe à lui seul les places 2 et 3 du podium des plus beaux assists des séries finales de National League avec ses offrandes pour Julien Sprunger face à Fribourg et Vinzenz Rohrer contre Zurich. Seul Andreas Borgman a su le priver de la plus haute marche avec son court-circuit mémorable à 4 secondes de la fin du temps réglementaire de l’Acte IV de la demi-finale 100% (et 75,3%) romande, même si on pourrait aisément arguer que ce geste a eu moins de répercussions que la passe-suicide qui a mené à l’ouverture du score zurichoise du mardi 22 avril. C’est le HC Davos qui doit être ravi.
⭐️⭐️ Basil Goode. Ce « Chelsea Women Superfan » a sa propre page sur le site du club et il faut le voir une fois en vrai pour y croire. Le kapo de la SO peut aller se rhabiller (ça tombe bien, Basil donne l’impression d’avoir acheté la moitié de la boutique de Stamford Bridge pour s’en vêtir).
⭐️ L’escroc qui faisait payer 1£ le selfie avec le trophée de champion de Premier League, la FA Cup ou la Champions League devant le Cherry Red Records Stadium. Clairement des copies évidemment, qu’est-ce que cette jolie vaisselle viendrait foutre à un match de quatrième division, même si Port Vale briguait la promotion en League One si tout se passait bien en ce samedi 26 avril. Sacré Terry.
Au pire on recevra une facture de 3£ plus tard.
Mention honorable au service de sécurité (accompagné de la police jusqu’à l’intérieur du stade, tiens tiens) de Plough Lane. Retenir les supporters adverses qui menacent d’envahir le terrain à chaque réussite de leur équipe sans l’aide de la proverbiale cage dans laquelle on parque les ultras visiteurs dans nos patinoires, c’est un poil plus cardio que le même job à la Vaudoise aréna. Même avec un cordon de sécurité tout sauf étanche dès le coup de sifflet final.
Sans parler des photographes: 1) Prendre une bonne photo du but. 2) Sauver sa vie.
Le prix du fair-play de la semaine
Il revient sans surprise aux courageux spectateurs qui ont utilisé leurs 15 minutes de pause de la mi-temps du Wimbledon-Port Vale pour d’abord sprinter vers les urinoirs histoire de se débarrasser d’un surplus de fluides occasionné par la pinte d’avant-match (Camden Pale Ale, Camden Stout et Stella Artois étaient au programme) pour ensuite se procurer une deuxième pinte à la buvette et se l’envoyer dans le temps qui leur restait avant le coup d’envoi de la seconde période. Eh oui, on n’arrête pas de l’oublier, mais on ne peut pas s’assoir en tribune avec une boisson alcoolisée dans ce pays. C’est moyennement pratique, on en conviendra aisément.
Le tournant de la semaine
Cet éclair de lucidité de la RTS (dont la perte des droits du hockey coïncide avec l’introduction des playoffs en 1986) qui change tout:
Death, taxes and… Dans le reste de l’actualité, la terre est ronde, la pluie mouille et le feu brûle.
Le screamer en pleine lucarne de la semaine
Celui de Jayden Stockley, auteur du game-winning goal (64e) pour Port Vale sur la pelouse de Wimbledon, qui a par là même mis ses supporters dans un état d’hystérie fanatique qui ne serait pas renié par le Saint Siège et – c’est un détail – envoyé son club en League One.
Vous croyez que les abonnements de saison sont compris dans les loyers des appartements entourant le stade ?
On notera que décrocher une promotion malgré la présence d’un ancien junior du FC Sion (l’Aiglon Lorent Tolaj, 23 ans) dans ses rangs, c’est une sacrée perf’ ! Bon, pas si étonnant au sein du FC Port… Valais.
Le vieux rotoillon en cloche expédié au rang Z du stade de la semaine
Il nous vient de l’équipe féminine de Chelsea, qui n’a même pas été foutue de bouter le FC Barcelone hors d’une compétition que les Catalanes n’ont gagné que 3 fois en 6 ans (pour 3 places de finalistes malheureuses). Nul. Les Londoniennes n’avaient perdu le match aller que 4-1, ce qui était franchement loin d’être insurmontable. Surtout quand on sait que cette formalité administrative (remonter 3 buts au retour donc) n’a jamais été accomplie par personne depuis que la coupe d’Europe féminine s’appelle officiellement Champions League (2009). Sans compter le fait que le Barça n’avait jamais perdu de confrontation aller-retour après avoir gagné l’aller et en était à 17 duels de ce genre remportés consécutivement. On n’oubliera pas non plus que Bonmatì et Cie avaient éliminé Chelsea au même stade de la compétition en 2023 et en 2024. Ni qu’elles n’avaient plus perdu par plus de 3 buts d’écart depuis 2012 (seule Alexia Putellas, 18 ans à l’époque, faisait déjà partie du contingent). Bref, il n’y avait vraiment rien de sorcier pour les filles de Sonia Bompastor, par ailleurs sur le chemin d’un triplé au niveau national. On ne sait pas ce qui a bien pu mal tourner ni pourquoi le Guardian s’évertuait à nous rappeler tous ces chiffres d’une plume bizarrement pessimiste la veille de la rencontre.
Ah oui, quand même.
Bon, on vous raconte quand même un peu ? Tout avait pourtant très bien commencé puisque notre voisine octogénaire, titulaire d’un season ticket pour les matches de Chelsea masculin, s’est empressée de nous montrer une photo qu’elle avait prise la semaine précédente à l’occasion de la venue du Legia Varsovie à Stamford Bridge: 3000 Polonais à torse nu dans le parcage visiteur. On avoue ne pas avoir trop su quel genre de commentaire celle qui n’était pas loin d’avoir le même âge que le stade attendait de nous, alors on s’est contenté d’un « oh ! » passe partout.
L’importance cruciale du tuto lever de coude au bas du gobelet en avant-match.
A peine le temps de se remettre de nos émotions (contrastées), que Sandy Baltimore et Sjoeke Nüsken avaient déjà raté la cible de près (23e minute) pour les Blues, avant qu’Aitana Bonmatì ne transforme le premier tir cadré espagnol en ouverture du score (26e). Juste avant le premier thé – euh enfin le seul thé, nos excuses, déformation hockeyistique – la terrible Ewa Pajor (40 goals et 12 assists en 46 matches toutes compétitions confondues cette saison) se disait que si son équipe cadrait un deuxième tir, elle avait meilleur temps de le mettre au fond (0-2, 41e). Bon, et le troisième, on en fait quoi ? Demandez à la meilleure buteuse de WCL Clàudia Pina (0-3, 43e, quelle accélération doublée d’un caviar de Caroline Graham Hansen !).
On parle beaucoup des Barcelonaises, alors on illustre avec une demi-occasion anglaise (ce tir n’allait pas beaucoup plus vite en vidéo qu’en photo).
Honnêtement, à ce stade on avait l’impression que le Barça jouait contre des FF15 prisonnières d’une planète à la force de gravité 10 fois supérieure à celle de la Terre. Difficile de créer un quelconque décalage dans ces conditions. Du côté catalan, on s’est donc dit qu’on allait quand même reculer un peu pour voir: un but tout fait envoyé en tribunes par Catarina Macario (66e), un sauvetage à la dernière seconde sur Johanna Rytting Kaneryd (67e) et un miracle devant Lucy Bronze à bout portant sur corner (86e) plus tard, on avait vu et les futures finalistes de Women’s Champions League se sont dit qu’il serait quand même mieux de mettre le but de la sécurité de l’humiliation: Salma Paralluelo s’exécutait donc, sans oublier d’enfumer Niamh Charles au passage, à tel point que la native de Merseyside doit encore avoir du mal à voir à 3 mètres au moment où on écrit ces lignes (0-4, 90e). Le 1-4 de la 91e minute, inscrit par la bien nommée Wieke Kaptein n’était que la conclusion logique de ce qu’on appelle un gentleman’s sweep dans le jargon des sports US. Sympa, le stade a pu se lever une fois pour se dégourdir les jambes et les cordes vocales avant le Sunday Roast.
Les Catalanes célèbrent pendant que Lucy Bronze.
La qualification d’Arsenal pour la finale (1-2, 4-1 face à l’OL) trois heures plus tard ajoute évidemment l’insulte à l’injure pour les pensionnaires de SW6. Même s’il paraît assez évident que les voisines du nord de la ville n’ont pas beaucoup plus de chances de ne serait-ce qu’accrochouiller sur les bords les doubles tenantes du trophée en finale à Lisbonne le 24 mai prochain. D’autant qu’on fait confiance aux fans blaugrana pour annexer une bien plus grande partie du stade que la pauvre poignée de culers présents dans le quartier de Fulham en ce dimanche après-midi.
Même pas besoin d’envoyer Sydney Schertenleib (en haut à droite) se chauffer, on la garde pour la finale.
On termine avec un petit bonus poétique qui nous a été soufflé par une ancienne plume de la rédac’: est-ce que deux 4-1 c’est la moitié d’une sonnée ?
Le chiffre à la con
200. Non, ce n’est pas le nombre de minutes de pénalité combinées dont ont écopé les deux Marti lors des playoffs 2025, mais bien le nombre de matches de Barclays Women’s Super League disputés en carrière par la capitaine de Chelsea Millie Bright, milestone atteint à l’occasion de l’exécution de Crystal Palace sur la pelouse de Kingsmeadow.
Et sinon, Millie, le LHC a-t-il une chance de rester invaincu dans l’exercice si particulier qu’est disputer un 5e match ?
L’anecdote
Le saviez-vous ? Au Royaume-Uni, on a trouvé la parade pour lutter contre les blessures au bas du corps évaluées au jour le jour en playoffs:
Il suffisait donc d’un déo. Ce n’est pas Harriet Dart qui dira le contraire (cliquez, ça vaut vraiment la peine: il y a tellement de jeux de mots à faire sur cette histoire qu’on ne sait pas par où commencer).
En fait, pour tout vous dire, ça a carrément l’air d’être une obsession:
« A woody scent »… Oui, on veut bien croire.
Voilà qui nous fait penser que, contrairement à Lara Gut-Behrami, Jesper Frödén n’a aucune courbature à la partie du corps qui sert à répondre aux interviews. En effet, le Top Scorer suédois ne s’enfuit pas en courant quand on atteint la marque fatidique des 56 secondes. Par contre il commence à dire des trucs assez… euh… couillus.
Jesper qu’il déconne.
Et sinon dans les tribunes ?
Quel pied d’assister à des matches parmi 40’045 fans à l’Emirates Stadium, 2500 à Kingsmeadow (à vue de nez) et environ dix fois plus à Stamford Bridge (26’702 pour être précis) en l’espace de 8 jours, le tout sans que les cases « ultras », « cortège depuis la gare », « sécurité », « affrontements », « scan ID », « police » ou encore « train vandalisé » de la proverbiale grille de bingo footballistique ne soient jamais ne serait-ce qu’envisagées.
N’ayons pas peur des mots: la popularité du foot féminin anglais boostée par une victoire locale à l’Euro organisé à domicile voici trois ans n’est pas loin d’être pérenne. Tout est d’ailleurs fait pour que ce sport soit mis en val…
Non, rien.
On mentionnera encore qu’il est possible d’entasser 9215 cinglés un samedi à l’heure du repas de midi pour un affrontement entre le 5e et le 2e de… quatrième division masculine. Welcome to Wrex… imbledon.
Tiens, d’ailleurs, détail amusant: le même après-midi, le Wrexham AFC décrochait sa troisième promotion consécutive, cette fois de League One à Championship, en battant Charlton au Racecourse Ground. C’est peu dire qu’on se réjouit de la saison 4 du documentaire de Ryan Reynolds et Rob McElhenney dont les deux premiers épisodes sont prévus pour le 15 mai prochain.
On nous susurre également à l’oreille qu’une équipe vaguement rougeâtre vient de remporter le titre de championne d’Angleterre, mais on préfère continuer de se focaliser sur le football vrai dans cet article.
Fergie Time
Rien de trop grave ne s’est déroulé dans les arrêts de jeu cette semaine, alors on va faire ce que tout bon Londonien fait quand il doit meubler: parler de la météo (et s’en plaindre si possible). Londres est probablement la seule ville au monde qui peut connaître plusieurs saisons au même moment suivant dans quelle partie de la mégapole on se trouve. Quand on capte un brin de chaleur, il faut d’ailleurs immédiatement en profiter, car cet instant béni risque de durer aussi longtemps que le temps consacré à l’espoir pour un adversaire des ZSC Lions en finale de National League (ou du Barça en finale de Ligue des Championnes, tiens). Moins s’il y a du vent.
La rétrospective du prochain match
CR aura un envoyé très spécial (on use d’euphémismes pour ne pas vexer les collaborateurs à la rédac’) dans les travées de Wembley le 18 mai prochain pour la finale de la FA Cup féminine entre Chelsea et Manchester United. Stay tuned !
Courage, plus que 22 jours avant le prochain article !
P.S. Comme cette fois on a vraiment tout mélangé sans structure aucune, si vous n’avez absolument rien compris et vous en trouvez fort courroucé, veuillez avoir l’obligeance de nous insulter en commentaire.
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