Vivement 2030…

... ou pas.

Milano-Cortina 2026, c’est déjà fini. Quel dommage ! Nous, on adorait nous enfiler des kilomètres de sport gratuitement toute la journée et même une partie de la nuit en direct sur notre chaîne nationale préférée en nous bombardant de messages dans le très select groupe des contributeurs de Carton-Rouge. Presque déçus, nous nous tournons déjà vers l’avenir avec le souvenir des 23 médailles pour la Suisse, 164 pour les États-Unis d’Europe et un biais faiblard total de 33 pour les losers des États-Unis d’Amérique.

Fredo Favre, lui, jubile : chaque jour qui passe le rapproche de ses Jeux à lui, en 2038, en Suisse. Parce que le CIO l’a promis : la Suisse est protégée pour devenir l’organisateur officiel cette année-là « si aucun référendum n’est lancé d’ici 2027 ». Tu nous vois venir, mon lapin ?

Mais entre deux, il y aura ceux de 2030 et ceux de 2034. En France et aux USA. Encore 2 éditions avant de revenir dans un pays démocratique, donc (à moins qu’un référendum…).

J’ai fouiné un peu. Il paraît que les Jeux olympiques d’hiver 2030 seront une fête (une vraie, avec une vraie cérémonie d’ouverture – donc avec des drapeaux rectangles et un carré, des types en béret avec baguette sous le bras et d’autres en slip mais pas peint en bleu, des stars mondiales au micro et des VIP tout sourire à la tribune – à Nice, Lyon ou Albertville – c’est pas encore décidé). Oui, une fête. Comme un mariage princier organisé à crédit, par des notables qui se battent pour choisir la couleur des nappes pendant que la maison brûle et des gueux qui paient pour voir le spectacle, à la TV (sauf en Suisse ou c’est encore et toujours inclus dans la redevance – merci le peuple libre qui a toujours raison sauf des fois).

Si vous n’aviez pas suivi, ou si les procédures d’attribution des Jeux vous intéressent autant que la dernière trouvaille magouille du HC Ajoie pour se maintenir dans l’élite : la candidature éclatée du sud des Alpes a été arrachée au forceps, entre deux petits fours de Jeux d’été de Paris 2024, par une poignée d’élus persuadés que la flamme olympique éclaire mieux une carrière politique qu’un bilan comptable (#DictatorshipStyle). Et parce que personne d’autre n’en voulait. Au casting, du lourd : David Lappartient, Laurent Wauquiez et Renaud Muselier. Respectivement le président de l’Union cycliste internationale (UCI) et par ailleurs membre du CIO, l’homme fort d’Auvergne-Rhône-Alpes et son homologue de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Trois stratèges, un slogan officieux (à imprimer en gras et en or sur des casquettes rouges) : « Qui paye décide ». Enfin, surtout qui décide fait payer. #VosGueulesLesGueux

Lappartient qu’à lui seul… de décider

D’ailleurs, qui organise décide aussi des sports qu’il invite. À Milano-Cortina, c’était le ski-alpinisme, dépareillé et rendu ridicule par le format olympique, boudé par le meilleur spécialiste mondial de la discipline lui-même, le Kilian Jornet de la peau de phoque, j’ai nommé Rémi Bonnet. Le détenteur du record du monde du mythique KM vertical de Fully a, je le valide, bien fait d’y renoncer, parce que si le ski-alpinisme au JO était du triathlon, on donnerait la médaille à celui ou celle qui range le plus vite son vélo dans son sac. Rien d’autre.

Et donc, aux JO, on invite des sports. Depuis 2023, le freeride est dans les starting-blocks pour faire son entrée au « Panthéon ». Mais voilà, depuis 2024, « la décision est repoussée, encore et encore, à » *mettre ici un mois de l’année dans le futur*. Et manque de bol, le freeride, c’est sous le chapeau de la FIS et pas celui de l’UCI, UCI pilotée par notre multi-casquettes Lappartient (UCI, CIO et comité d’organisation de Alpes 2030). Tu l’auras compris, quand on entend une rumeur parler de cyclo-cross comme sport invité en 2030, on comprend bien qu’il lui Lappartient seul de décider. Pis de toute façon, en 2030, la neige… Les promesses, c’est de la garniture.

5,5 milliards… et des poussières

Officiellement, le projet pèse 5,5 milliards. Officieusement, chacun sait que les budgets olympiques sont comme les pistes noires : tu maîtrises pas, t’y vas pour frimer et tu te retrouves sur le cul en accusant les autres, la piste, tes skis, les gauchiasses, les arabes, les wokistes, les écolos, le mauvais temps et les antisémites de ta mauvaise prestation. Pour payer, vente de droits télé, de places pour les compétitions et de goodies hors de prix et le reste pour la pomme du bon peuple. Traduction : sur 20 ans, tous ensemble, « égalité, fraternité, porte-monnaie », on peut bien se payer ce petit caprice. Pour la liberté de décider, t’avais qu’à naître en pays démocratique, Michel.

Et d’ailleurs, pendant qu’on déplore l’absence d’argent magique pour des projets utiles, on débloque facilement – et en urgence – quelques millions pour organiser des sauteries olympiques « à forte visibilité ». On serre les cordons de la bourse d’une main, on ouvre le champagne et ébouillante des homards de l’autre. Cohérence budgétaire : médaille de plomb. C’est ça, l’esprit olympique, partout, toujours. En 2038, ce sera pareil, fais-toi pas d’illusion, gamin. Je te le disais, les promesses, c’est de la garniture et la garniture, elle reste sur les plats quand enfin un invité a osé prendre le dernier morceau de viande séchée.

Tiens, tu vois, aujourd’hui, juste après Milano-Cortina, à Courchevel, on réclame sa part du gâteau. À Briançon, on se déchire pour savoir qui aura droit au village olympique. Et à Val d’Isère, on rêve encore d’accueillir le ski alpin, pendant que la neige, elle, rêve d’exister encore en 2030. RIP La Clusaz. En 2038, comme pour 2026, Verbier, tout comme Zermatt, s’est bien retenu de demander une compétition. Dans les vraies stations bien gérées à l’année, on sait que tout bloquer pendant 2 semaines, c’est pas du goût des propriétaires de résidences secondaires. Et ces gens-là, mon vieux, on n’y touche pas. Il y a ceux qui savent faire du fric et ceux qui se servent de l’argent magique. Citius, Alti(u)s, Fortius – Communiter (attention, local joke inside).

Les Jeux de la dette heureuse

En fait, peu importe. Panem et circenses. Misare justum, tanto pesum in the pocketum. Miser juste pour t’en foutre plein les poches (les leurs, pas les nôtres, copain). Les JO sont devenus le plus grand casino du monde. Et c’est tellement facile : on mise l’argent public, on privatise les retombées, et on baptise ça « héritage ». Tu l’as vu l’héritage de Sarajevo, de Turin, d’Athènes ? On dirait une gare romande après le passage des supporters de Servette rentrant d’un énième match perdu à La Tuilière.

Pour 2038, on nous promet l’élan populaire, l’unité nationale, la magie des anneaux. Et des bénéfices par milliards. J’en aurais presque les larmes aux yeux. Pour Sion 2026, un ancien d’un grand cabinet d’audit, membre du comité de candidature, nous avait promis « la première assurance mondiale en cas de déficit ». Des gogos en Valais y avaient cru : trop bien, tu dépenses autant que tu veux et une assurance paie la différence. Dans la vraie vie, on appelle ça des parents qui assument, quand les gosses font de la merde, pas un comité olympique, pas une « assurance en cas de déficit ». En tout cas dans mon monde à moi.

Parce que dans ces élans d’enthousiasme mal contrôlé, on oublie juste un détail : partout dans le monde, les Jeux laissent derrière eux des équipements surdimensionnés, des budgets explosés et des générations de contribuables en service après-vente. Enfin, pas partout : seulement dans les dictatures, les pays démocratiques votant systématiquement non à l’octroi de crédit les yeux fermés pour cette dinguerie.

Un référendum, qu’ils disaient ?

A propos Olivier Bender 73 Articles
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