On n’est pas tombé loin de Malley Lumières mais une fois à l’intérieur de la patinoire, on se rend vite compte que c’est Malley tout court. Malley 0.0. Malley Vaudoise où justement, le disjoncteur a disjoncté (laissant « la lumière à un autre étage ») et où les chiottes encore une fois totalement encombrés n’ont pas pu servir de seau où vomir son âme, au moment du déploiement du « magistral tifo » (regarde l’image en cliquant le lien pour comprendre l’article) inaugurant cet acte II des quarts de finale de National League où le futur éliminé de la course au titre genevois venait affronter le futur éliminé de la course au titre vaudois. Le « derby du Léman », s’extasierait-on localement. Voire le « derby du Lac ».
On était donc le 23 mars. LHC-GSHC. Avant-match, tifo « en l’honneur de Manara » qui aurait déclaré être très fier de l’hommage du kop à son œuvre. Manara qui, j’en suis sûr, n’a pas vu l’image choisie et pensait certainement plutôt à un de ses fameux cul galbé, exposé en grand par la Section Ouest, qui ont fait sa renommée dans les arrière-salles tamisées des boutiques de BD (qui existaient encore lorsque j’étais jeune et beau), plutôt qu’un flingue pointé sur l’adversaire avec la triste mention « Un doigt sur la gâchette et une balle gravée Servette ». Format XXL, la fresque. Couleurs vives, texte en majuscule. Pour que mêmes les enfants au premier rang comprennent bien le message.
Y’en a qui kiffe. 24heures en fait donc une pleine page : « fresque époustouflante des supporters vaudois », s’épanche le scribouillard du soir ! « Très beau travail de la SO », lui rétorque un « fan » sur Instagram, scrollant quelques miss en tenue « Manara » avant de retourner liquider sa thune sur OnlyFans, d’une seule main.
Évidemment, les défenseurs de l’indéfendable sont déjà à l’œuvre. Ils arrivent toujours, ponctuels comme une mauvaise nouvelle, avec leur arsenal rhétorique d’une consternante prévisibilité. Les types, ils défendent comme s’ils avaient un carré d’as alors qu’on joue au UNO. J’ai pas d’autres images pour résumer l’ambition intellectuelle du projet : une démonstration de force grotesque dans un contexte qui ne l’appelle pas, exécutée avec la subtilité d’un parpaing, par des gens convaincus d’avoir inventé la provocation et se congratulant de leur audace. Spoiler alert : non.
Ce tifo n’est pas un dérapage. C’est une décision collective, concertée, manufacturée. Quelqu’un a eu l’idée. D’autres ont dit oui. On a commandé le tissu. On a dessiné. On a transporté. On a déployé. À chaque étape, il y avait une sortie de secours morale, et à chaque étape, on a choisi de continuer. Dans leur tête respective, les types, ils étaient -1.
Et le club ne dit rien. Et la ligue regarde ailleurs. Parce que l’ambiance dans les tribunes fait la renommée des clubs et là, maintenant, il faut juste se boucher le nez, fermer les yeux et vendre des tickets, des abos, des bières, des saucisses et des fondues. It’s play-off time, man !
Faites quand même un peu gaffe, les mecs parce qu’à force de fermer les yeux lorsqu’un aveugle guide un autre aveugle, ils risquent de se retrouver tous les deux dans le fossé.
Le kop, le club, la ligue. 3 syndromes de Stockholm en colocation. Jamais le moindre retour sur investissement avec ceux-ci. Advienne que pourra. Et pis ça va, y’a pas mort d’homme : le fragile, c’est moi, les mecs (y’a-t-il des femmes saines d’esprit qui lisent Carton-Rouge ? Ou qui peignent des tifos ?), pas vous, vous en faites pas. Circulez, y’a rien à voir ! #banalité
Tu me détestes maintenant ? Tu trouves que j’écris de la merde ? Que je suis fragile ? Voire en sagex ? C’est promis, je vais me ressaisir et ne plus jamais blesser personne, et ne plus jamais écrire que sur des couchers de soleil et des feuilles innocentes qui virevoltent dans le vent. De fait, je ne vais même pas finir ma bière, pour montrer que j’ai désormais choisi de revenir dans le (ton) droit chemin. Adieu et amen.
Spoiler alert : non.
PS : t’as vu le tifo de Gottéron de l’acte II ? Non ? Ben je te le mets, pour le plaisir des yeux. Parce que ça, c’est un vrai beau tifo, magistral et époustouflant. Un peu comme d’autres qu’on a vus à Lausanne, d’ailleurs. Par exemple celui-ci. Ou encore celui-là. Voire même ici.

PS 2 : Le personnage du tifo a une telle « connexion » avec le LHC que le 24heures, encore lui, doit se fendre d’un article pour le présenter au public lausannois. La culture et le sport, l’eau et l’huile, en somme.
PS 3 : Hésitez pas, amenez les enfants au prochain match à domicile. Juste pour la culture.

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