Il y a peu, je me gaussais de l’incroyable liste des nations contre lesquelles Messi avait scoré en Coupe du Monde… et surtout celles contre lesquelles il n’avait pas planté. Pour notre fierté, la Suisse en fait partie, dans 100 % des confrontations, tout comme l’Angleterre, l’Allemagne, le Brésil, la Belgique, l’Uruguay, le Japon, les États-Unis, le Canada, le Danemark, le Maroc, l’Italie et l’ESPAGNE-championne-du-monde-2026. Et oui, pas un but de Messi contre ces bonnes équipes, alors qu’on loue ses incommensurables prouesses lorsqu’il en passe un au Cap-Vert, à l’Autriche ou encore à l’Arabie Saoudite. Ouhhh, quel talent !
Messi, 8 fois Ballon d’Or, 10 Liga et 4 Ligues des Champions, c’est l’arbre qui cache la forêt du talent footballistique. On parle de lui, on parle pas des autres. Tiens, Mbappé, par exemple, c’est le gars qui plante contre le Pérou, l’Australie, le Danemark, la Pologne, l’Irak, la Norvège B’ (qu’en a rien à péter de finir première de son groupe et devoir se taper le côté Portugal, Pays-Bas, Belgique et ESPAGNE plutôt que de se rire du Brésil droit derrière), la Suède, le Paraguay, le Maroc et l’Angleterre B dans un match amical pour la gloriole. Oui, il a marqué contre l’Argentine, mais bon, la Suisse, le Cap-Vert, l’Égypte ou encore la Jordanie aussi, ont marqué contre l’Argentine. Et les Pays-Bas également, en 2022. Et alors, est-ce qu’on en fait tout un fromage ?
Donc oui, Kiki, il est Golden Boot de cette World Cup au nez et à la barbe du Messi de service. Ça doit lui faire plaisir de le coiffer au poteau avec ses deux buts en petite finale. Et ça doit lui faire plaisir de, comme le capitaine des 2ème derrière l’ESPAGNE-qui-sauve-le-football-mondial, dès qu’une équipe sait défendre, disparaître des tablettes aussi vite qu’un buffet gratuit après un congrès de journalistes sportifs. Contre l’Irak ? Un récital. Face au Maroc ? Un festival. Contre une sélection composée de plombiers, d’étudiants, de cantonniers ou de borgnes ? On n’a plus les mots… En revanche, dès que l’ESPAGNE-bye-bye-les-bouchers-albicelestes, le Sénégal ou n’importe quelle équipe ayant la mauvaise idée de figurer parmi les bons se présente dans un match qui compte, c’est soudain le grand jeu de cache-cache. À croire qu’il voit flou dès que le ballon lui passe sur les pieds. On cherche Mbappé sur la pelouse comme on cherche un billet CFF « maison-aéroport » coûtant moins qu’un week-end entier à Marrakech ou Istanbul (NDLR pour ceux qui n’ont pas encore fini de célébrer la victoire du football sur l’horrible Nouvelle Lazio : « avec beaucoup d’espoir, mais sans grand succès »).
La Coupe du Monde de Mbappé, c’est comme quand tu poses une question par SMS et qu’on t’appelle pour y répondre.
En demi-finale, face à l’ESPAGNE-championne-du-monde, le capitaine des Bleus a une nouvelle fois livré une prestation d’une remarquable discrétion. Quinze ballons touchés en première période, dont deux dans la surface adverse. Pour un attaquant voulant décrocher le Ballon d’Or et la Ligue des Champions, c’est un peu mince, jeune homme ! Tu vois, les statisticiens calculent et les illusionnistes, eux, applaudissent la prouesse. Alors même si nous sommes dans le monde de la statistique, moi, j’aime mieux m’éblouir que calculer. À sa décharge, Kiki l’a lui-même reconnu après la rencontre : les Bleus « n’ont pas mis tous les ingrédients ». Effectivement. Ils ont oublié la maîtrise technique, le pressing, la créativité, la verticalité, les xG… le principal intéressé nous faisant une « Cartapus aux USA » #TuMvoisTuMvoisPlus. Une analyse d’une lucidité désarmante, comparable à celle d’un rescapé du Titanic expliquant que le voyage aurait peut-être pu être plus plaisant en évitant l’iceberg.
Dans cette Coupe du Monde, il a eu tellement de moments difficiles que je ne pourrais même pas choisir lesquels ont été les pires.
Tiens, d’ailleurs, à propos de Ballon d’Or et de Coupe aux grandes oreilles, pendant qu’il plante face aux nuls, son ancien club, lui, poursuit tranquillement d’achalander sa collection de trophées, sans lui. Deux Ligues des Champions pour le PSG. Zéro pour le Real Madrid depuis son arrivée. Les Madrilènes pensaient avoir recruté un galactique alors qu’ils se retrouvent comme deux Constantin avec un Balotelli en Dragon Ball sans son ki au carnaval de Martigny Bourg. Dans les deux cas, on dirait une belle moumoute. Mais belle ou pas, ça reste une moumoute.
Certes, les chiffres individuels restent impressionnants. Quoiqu’à moi, ils me rappellent surtout ces Ajoulots capables de remporter une Coupe de Suisse et puis de truster la dernière place du championnat du début à la fin de la saison. Saison après saison. Parce que.
À 28 ans, le capitaine des Bleus possède toujours une Coupe du Monde remportée à 19 ans (Marseille aussi peut se vanter d’un titre majeur, du reste), mais cette ligne de son palmarès commence à prendre des allures de photo de mariage, du lointain bon temps où tout le monde était beau, tout le monde était gentil, car oui, le football, comme les amourettes, est cruel. La vitesse – tout comme la passion et la finition – finit par s’émousser, les projecteurs ne racontent jamais toute l’histoire, et les grands joueurs sont souvent jugés sur les grands matchs. Une règle particulièrement injuste pour quelqu’un qui semble avoir décidé de ne surtout pas y pleinement participer.
Bon, au moins, il n’a pas sa langue dans sa poche. Et pour la l’année qui vient, c’est au moins quelque chose qui pourra être utile. No Pasaran !saison

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