La Belgique résiste à la cuisson à l’étouffée

Enchaînés par des Algériens en acier trempé qui ont mis en place un coffre-fort dans leur camp, les Belges sont restés patients durant tout le match. Au bout de la patience et grâce à un Belge d’origine marocaine qui joue avec un casque, ils renversent le score et l’emportent.

1. Le résumé.Sans round d’observation, la partie commence comme un match des juniors E du Gros de Vaud. Vingt joueurs bougent avec le ballon et se jettent dans tous les contacts. Après cinq minutes, ils sont cramés par la violence de l’effort initial – qui n’a rien donné d’autre qu’une bouillie en milieu de terrain et une centaine de touches. On se calme !
A la limite du malaise vagal, les deux équipes décident de tempérer leurs ardeurs et commencent à prendre possession du terrain, du match, de la compétition et de l’importance de l’enjeu.
Pendant ce temps, la première ola commence déjà dans les tribunes du Minerao. Ceci démontre – s’il le fallait – que cette manifestation de joie est au Brésil totalement indépendante de l’intensité du spectacle présenté.
A propos de spectacle, l’œuvre belgo-algérienne se met en place au quart d’heure. Les blancs (Algérie) harcèlent les Belges, les étouffent, jaillissent sur le porteur du ballon, coupent les passes et rudoient les vedettes de l’attaque rouge. Ceci avec une correction remarquable et une application totale. Le Honduras prend des notes en tribune pour apprendre l’installation d’un dispositif défensif efficace.
Parmi les milliards de spectateurs, il y a deux écoles durant ce match. Soit on croit que le foot est un art qui doit être spectaculaire et débridé et alors on ronchonne contre ces Maghrébins qui bétonnent en défense. Soit on sait que c’est un jeu autant tactique que technique et qu’un système défensif maîtrisé donne un jeu passionnant durant lequel on peut s’ébaubir des qualités de patience et de maîtrise de soi des favoris et des talents de défenseurs des adversaires. Les lecteurs de CartonRouge.ch étant des spectateurs instruits, ils ont fait leur choix et apprécient la partie d’échecs, même si ça fait pas bander.
Maintenant que le rideau est levé sur leurs capacités, les Belges se détendent peu à peu. A la 24ème, ils sont piégés par un spasme algérien.
Après une accélération foudroyante sur la gauche et un centre au second poteau que Feghouli pourra reprendre en pleine course pour tenter de fusiller Thibaut Courtois, c’est le défenseur de Tottenham Jan Vertonghen qui est décisif : il retient Feghouli par le bras. Penalty. Transformé par Feghouli qui se fait vous savez quoi ? Justice, ouais. Pleine vitesse, pleine puissance, plein centre. Courtois, alors en vol en direction de son poteau droit, regarde par un hublot le ballon filer au fond de ses filets.
Pour avancer dans une Coupe du Monde, Marc Wilmots, l’entraîneur belge, sait qu’il ne suffit pas de faire le spectacle et d’espérer enfiler des buts. Il faut tenir compte de l’adversaire. En l’occurrence : patienter.
Le match est une guerre des nerfs. Chacun lutte avec son potentiel. Personne ne démérite. En gros, à la mi-temps, chaque équipe réalise le match parfait. Les Belges ne semblent pas avoir de quoi réaliser des prouesses dans l’animation du jeu et la circulation. Ils ne sont que passes courtes. Donc, ils passent-courte. Les Algériens n’ont pas de quoi animer le jeu. Donc ils attendent et serrent les fesses. Admirables.

Wilmots, comme Pinto (Costa Rica) et Hitzfeld avant lui, fait entrer les deux joueurs qui sortiront la Belgique d’une cuisson à l’étouffée maîtrisée par l’équipe de Valid Halilodzic : Marouane Fellaini, le joueur chevelu de Manchester United et Dries Mertens, la teigne de Naples.
A la 70ème, sur un centre luxueux de De Bruyne (le sosie de Richie Cunningham de Happy Days), Fellaini saute au point de pénalty, dos au goal et absorbe le ballon entier dans sa tignasse ! Le ballon en ressort légèrement dévié, trempe de sueur et noir de crasse, direction les goals de M’Bohli, exemplaire jusque là. Un partout. Balle au centre. Les deux équipes resserrent les rangs.
Huit minutes plus tard, Mertens reçoit un autre amour de ballon alors qu’il entre seul et plein gaz dans la surface, il balance une sacoche sous la latte que M’Bohli regarde passer en renonce à tenter une Benaglio (le air plongeon désormais culte) qui n’apporte rien à la crédibilité d’un gardien, c’est désormais clair.
Ces changements et les deux buts font l’effet d’un rail de coke à toute l’équipe belge. Et peut-être à tout le pays. Ce qu’on pensait voir durant tout le match ne durera donc qu’un quart d’heure, mais c’est de bon augure. Et ça révèle surtout un talent tactique certain, côté belge. Sans se brûler physiquement, ils sortent de ce premier match solides et confiants.
2. L’homme du match.
Marouane Fellaini. Il ressemble davantage à Dingo qu’à un joueur de foot, mais il a amené un côté zinzin très utile aux Belges. Exactement ce que tous les entraîneurs espèrent d’un remplaçant. Après son but, il aurait pu doubler la mise à deux reprises. Ce sera sans doute pour le prochain match.
3. La buse du match.
Les amateurs de foot français, dans la rue et sur les réseaux sociaux. La condescendance (voire le mépris) pour les Belges et Algériens que beaucoup voient comme des sous-français a fait peine à lire. Il suffisait de ne pas lire, vous me direz. Et vous aurez, comme toujours, raison.
4. Le tournant du match.
La mi-temps. C’est arrivé tant de fois depuis une semaine. Au retour des vestiaires, les Belges ont changé de composition et trouvé l’esprit qui les envoient vers les buts algériens. Marc Wilmots est désormais membre du groupe des sélectionneurs très inspirés qui rôdent le long des lignes de touche en ce mois de juin béni.
5. Le geste technique du match.
La taille haute des cheveux de Marouane Fellaini fait du coiffeur de l’équipe belge un héros. Préparer un casque capable de faire un tunnel de lavage complet à un ballon, fallait oser. Quelle créativité ces Belges !
6. Le geste pourri du match.
Vertonghen, le défenseur de Tottenham, qui arrache le bras de Feghouli et provoque le pénalty algérien. Et les cinquante minutes de guerre psychologique qui suivent.
7. Ce match m’a fait penser à…
Brésil-Croatie, Suisse-Equateur, Costa-Rica-Uruguay et Côte d’Ivoire-Japon. Toutes ces parties depuis une semaine, durant lesquelles une équipe ouvre le score, fait hurler de joie dans son pays entier qui attendait ça depuis au moins un lustre et finit par perdre le match.
Pour l’Algérie, cela faisait 28 ans. Depuis 1986 l’Algérie attendait de marquer un but en Coupe du Monde. Triste.

8. L’anecdote.
La veste prise par Marc Wilmots, toujours lui le coach belge, après quelques minutes de match. Gesticulant en bras de chemise blanche, il est prié par le quatrième arbitre d’enfiler une veste. Pour avoir un minimum d’allure devant les millions de téléspectateur. Peut-être aussi parce que le blanc de sa chemise pouvait le faire confondre avec un joueur algérien. Mais cette interprétation paraît erronée si on jette ne serait-ce qu’un oeil distrait à la physionomie de rhinocéros blanchâtre de Marc Wilmots.
9. Le tweet à la con.
Stromae : Belgiquoutai #ALGBEL
10. Rétrospective du prochain match.
Le 22 juin, la Belgique entame son match contre la Russie dans un stade à moitié vite. La première mi-temps endort les spectateurs présents, les rouges tricotent des centaines de milliers de passes courtes. En début de seconde mi-temps, 35’000 spectateurs belges entrent dans le stade. Fellaini et Mertens entrent à la 50ème et marquent deux buts chacun aux Russes qui n’ont pas eu la maîtrise d’eux-mêmes de Algériens et ont pris deux rouges en première mi-temps en tentant de désolidariser le péroné et le tibia d’Eden Hazard.
Le même jour, la Corée se heurte aux Algériens remontés par Halilodzic. En trois contre-attaques et deux pénaltys, l’Algérie l’emporte.

A propos Alan Maclero 23 Articles
...

Commentaires Facebook

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.