Un rien dans le désert vide du néant

Vous avez raté ce match ? Eux aussi.

Le match en deux mots

Charybde, Scylla.

L’homme du match

Comme je ne peux décemment pas citer un footballeur suisse pour cette rubrique, je vais nommer mon copain David Lemos qui, en toute fin de match, a parfaitement résumé ce que je pensais depuis la 30ème minute : « Cet Euro 2024 aura été une parenthèse enchantée ».

Nous revivons exactement la seconde partie de l’année 2023 (et la première de 2022…) et sa litanie de matches nuls contre le Kosovo et de défaites en Roumanie, avec une équipe qui débute ses matches assez bien en place, domine sans éclat, avant de se mettre à douter puis d’exploser en vol, sans aucun esprit de rébellion et sans âme.

En termes d’émotions offertes, je soupçonne qu’il doit y avoir des cours de tricot proposés dans des EMS qui sont plus palpitants.

La buse du match

Nico Elvedi, expulsé au Danemark, suspendu contre l’Espagne, averti et auteur d’un autogoal contre la Serbie.

Breel Embolo, qui se crée une demi occasion et qui rate un pénalty.

Gregor Kobel, à qui on ne peut pas reprocher grand chose mais qui mine de rien vient de prendre 8 goals lors de ses trois premiers matches avec la Nati.

Michel Aebischer, pour avoir choisi une carrière de footballeur alors qu’il y a probablement quelque chose qu’il sait faire dans la vie. C’est dommage de passer à côté d’une jolie carrière d’employé de commerce ou de paysagiste.

Le tournant du match

Aebischer à la 45ème minute, quand il provoque le coup franc qui va amener le premier but serbe. À peu près en dessous de tout durant tout le match, il défend sur cette action comme un junior C en s’agrippant des deux bras à un attaquant serbe, avant de se laisser tomber de façon grotesque et de se rouler par terre en feignant avoir reçu un coup. Il s’en sort sans carton alors qu’il devait en choper trois sur cette action : un pour la faute, un pour la simulation et un pour l’ensemble de son œuvre.

À la fin du match, le même tadier déclare « Tout se ligue contre nous ». Alors que ce n’est pas ça le problème, Michel. Le problème, c’est que nous avons tellement peu de solutions à ton poste que tu comptes déjà 28 sélections.

L’esthète du match

Verdict de mon collègue Joey Horacsek à la fin du match :

« À la fin de l’Euro j’avais deux hypothèses :
1) Yakin est un génie et avait caché son jeu pour le révéler au moment important.
2) C’est un tocard monstrueux et à force de tenter n’importe quoi il fallait bien que ça fonctionne une fois.

Maintenant j’ai une réponse. »

Le geste pourri du match

Bien sûr il y a l’hymne de la Suisse qui est copieusement sifflé, mais en soi cela dit tellement de l’intelligence de ceux qui sifflent que le fait que ces pauvres gens se ridiculisent en direct me fait plutôt sourire. Ceci dit, tous les supporters serbes ne sont pas comme ça, rassurez-vous. Les autres sont justes fans de Djokovic.

En dehors de cela, il faut quand même souligner que, contre toute attente au vu du contexte, les joueurs serbes ont été à peu près exemplaires : pas de provocations inutiles, pas de simulations outrancières… Juste une équipe (très) limitée qui au fil du match prend exactement la place que la Suisse lui laisse, et va chercher la victoire avec une énorme niaque (et un deuxième but brillant de grinta et de classe à la finition).

Au passage, je vous laisse lire et relire ce somptueux article de Robin Chessex, qui narre le mythique Serbie-Suisse de 2018 et reste à ce jour l’article le plus lu de l’histoire de CR avec plus de 13’000 vues.

Le chiffre à la con

Sacré périple pour se rendre à Leskovac. Chapeau aux 70 fans qui ont fait le déplacement et merci à Mike pour les photos.

L’anecdote

On a beaucoup parlé avant le match du fait que la Nati n’a pas de tireur officiel de pénalty. En gros, Yakin a déclaré en conférence de presse qu’en cas de péno, ce serait à qui veut bien de prendre ses responsabilités. Et au vu de la performance de Embolo, qui aurait pu relancer le match à 20 minutes de la fin, on n’a pas fini d’en parler.

Comme personne ne m’a demandé mon avis, je vais m’empresser de le donner : on avait un tireur officiel de pénalty qui s’appelle Ricardo Rodriguez, mais il est en PLS depuis qu’il en a manqué trois de suite en 2021. Il avait déclaré qu’il préférait rater que fuir ses responsabilités, eh bien maintenant je l’attends. Sur le prochain péno, Ricardo, tu t’avanceras et tu le mettras.

Ceci dit, le sujet est bien pratique, car il prend toute la place et masque le fait que le Suisse n’a pas non plus de tireur de corners. Ni de tireur de coup franc. Ni de joueur capable de prendre sa chance à 25 mètres. Je te laisse compléter la liste.

Si le match avait été une citation d’un film

– « Vous faites du déjà-vu Mme Lancaster ? »

– « Je ne crois pas, mais je vais aller voir en cuisine… »

(Dans « Un jour sans fin » – 1993)

La minute Léonard Thurre

La Nati n’a tellement pas de tireur de pénalty, et celui d’Embolo était tellement mal tiré, que Léo s’est senti obligé de rassurer les téléspectateurs avec un étonnant « Le pénalty reste une grosse occasion de but ».

Tu l’as dit, bouffi.

Sinon, merci à la régie de montrer qu’ils étaient aussi concernés par le match que l’ensemble des acteurs du côté suisse.

La rétrospective du prochain match

Puisque nous sommes condamnés à revivre encore et toujours les mêmes matches, je mise sur un remake de Suisse-Biélorussie du 15 octobre 2023, une année jour pour jour avant le match de mardi contre le Danemark : on perdra 1-3 à 2 minutes de fin, on va égaliser dans les arrêts de jeux et on fêtera ce point comme celui du renouveau, pour oublier la performance abyssale des 89 premières minutes.

A propos Yves Martin 257 Articles
Cette Nati a deux vertus : celle de faire rêver quasi tout son peuple, et celle d'emmerder les connards de la fachosphère. Longue vie à elle.

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