Vous avez été choqués par le tirage au sort des groupes de la prochaine Coupe du monde masculine vendredi passé ? Moi, bof. C’est plutôt notre réaction présente et future qui me chiffonne.
Si vous étiez en week-end prolongé sur Hypérion, figurez-vous que vendredi dernier, en marge (hum…) du tirage ayant lieu à Washington, le proverbial man-child Donald Trump s’est auto-décerné un Prix inventé de toutes pièces en son honneur par sa nouvelle éminence grise Gianni « Palpatine » Infantino, qui n’a jamais aussi bien porté son nom de famille qu’en cette période troublée de notre histoire (quelqu’un a dit « fin de race » au fond de la salle ?). En même temps, comme tout un chacun, vous le saviez déjà puisque les ficelles de cette cérémonie en carton étaient probablement visibles depuis les 228 satellites confirmés de Saturne, et ce depuis des semaines si ce n’est des mois.
Si les détails vous intéressent quand même, je vous conseille le brillant compte-rendu du Guardian à son sujet. Entre deux parallèles avec Benito Mussolini, le journaliste David Smith nous y apprend notamment que ce cher Gianni « a couru après Trump aussi ardemment que le Comte Dracula traversant les océans du temps pour retrouver son amour perdu. » Et ça, parbleu, ça vaut bien au moins un clic.
Bon, mais alors quoi ? On va tous s’insurger de ce fameux point de non-retour du football mondial et de toutes ses instances depuis le fin fond de notre canapé, bien au chaud sous trois couches de plaids ? Se dire que ce n’est quand même pas possible qu’un autocrate déporteur-de-migrants-en-chef à l’ego aussi sensible que le capteur de « let » d’un filet de tennis reçoive les clés du beautiful game des mains de ses garants fossoyeurs actuels ? Que l’événement le plus suivi au monde se foute aussi éperdument de l’urgence climatique, jusqu’à organiser son grand raout dans 23 villes (dont 17 dans notre dictature à peine déguisée préférée) réparties sur 4000 kilomètres ? Que la frontière américano-mexicaine soit franchie suffisamment de fois en un mois pour donner envie à ICE de faire feu de tout bois ? Et ensuite bien sûr tout oublier et regarder quand même, comme en 2022 au Qatar ?
Même pas en fait. Non, l’impression que j’ai, en lisant mes messages et les différents commentaires médiatiques, c’est qu’on est encore plus outré qu’il y a trois ans (on le sera tout aussi brièvement, pas d’inquiétude). Pourquoi ? Parce qu’on a (encore) touché aux droits de l’homme, à des vies humaines, à ce qui nous restait de dignité ou encore à notre dernier fond de tiroir de sens de la justice ? Bien sûr que non. On a foulé aux pieds le Dieu Football (masculin) en jouant avec ses horaires habituels et son sacro-saint format. Et ça, c’est impardonnable.
Allez, je vous laisse. Je dois trouver un moyen de refourguer mes billets pour le tournoi olympique de hockey de Milan Cortina 2026, il paraît qu’il n’y aura pas de patinoire finalement.
P.-S. En ce qui concerne mes problèmes de dissonance cognitive (je regarderai la prochaine Coupe du monde féminine de la FIFA avec beaucoup de plaisir), pourquoi régler aujourd’hui ce qui peut me poursuivre jusqu’à demain (ou en 2027) ? En plus il faudra quand même en garder une pincée de cette dissonance. Ben oui, pour quand l’Arabie saoudite convaincra (pas trop difficilement, on vous rassure) Gianni & Co qu’on a tellement pris notre pied chez eux en 2034 que ce serait con de ne pas revenir avec les filles l’année suivante.
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Photo de tête : The White House/Public Domain/Flickr https://www.flickr.com/photos/202101414@N05/54744705839/

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