Un poisson indigeste

Mauvaise pêche pour les Grenats, qui n’ont donc pas eu droit à un repas de fête…

Au bout du Lac de Genève, ce fut Chiasso qui se jeta à l’eau en premier. Avec un Marques quelque peu menacé dès les premières minutes, le public genevois découvrit (enfin !) une équipe qui n’était pas seulement venue pêcher un point… Les alevins d’Aeby réagirent néanmoins sans tarder : Vitkieviez et Tréand lançaient plus souvent qu’à leur tour la ligne en direction de Bengondo, qui restait cependant muait comme une carpe. Nerveux et engagé, le match était pourtant fluide et plaisant, contrastant ainsi vivement avec les ébats de ces derniers temps contre d’obscurs thons alémaniques. Les souvenirs des débordements fanatiques du match aller lui conféraient cependant une atmosphère malsaine, et l’on n’attendait qu’une étincelle pour qu’il finisse en queue de poisson.
A la 26e, la poitrine de Vitkieviez attira magnifiquement une belle balle en profondeur de Pont. Le tir qui s’ensuivit semblait prendre une direction peu souhaitable, mais la patte de Riccio dévia l’envoi hors de portée de nageoire de son propre gardien. Les Tessinois furent d’autant plus remontés après ce petit coup du sort, et leurs nerfs animèrent la suite de l’après-midi… A la demi-heure, Colombo se roulant à terre, la plupart des joueurs s’arrêta de jouer une bonne dizaine de secondes. L’arbitre n’ayant toutefois rien sifflé, l’autre homme en noir (Bengondo) continua son effort et alla affronter Russo en tête à tête. Son tir heurta certes le poteau, mais les Tessinois n’avaient que peu goûté la chose et engueulèrent comme du poisson pourri le barracuda genevois.


Joie après l’ouverture du score
Photo Pascal Muller

Quelques minutes plus tard, et suite à un beau mouvement collectif, Tréand s’enfonça dans la surface tessinoise et s’écroula lamentablement. M. Käser ne mordit pas à l’hameçon et avertit l’exocet grenat, qui se prit également une belle volée de bois vert de la part de défenseurs chiassesi quelque peu remontés… Juste avant la pause, Bengondo, toujours bredouille, ou plutôt brecouille (comme on dit dans le Bouchonnois) contribua à nouveau à l’atmosphère ambiante en labourant un talon tessinois. Un nuage de piranhas se forma alors instantanément dans le rond central, regroupant la quasi-totalité des acteurs de la partie.
Malgré les nombreux coups bas, occasions et gestes techniques foisonnaient, si bien que la suite s’annonçait savoureuse. Elle le fut en réalité surtout pour Chiasso, qui maintint la tête des Grenats sous l’eau pendant un bon quart d’heure à l’entame de la seconde période. Comme si le courant portait naturellement le jeu dans la même direction après le changement de côté, les Servettiens subirent une déferlante tessinoise qui commença par une tête de Riccio juste au-dessus (47e), se poursuivit par une torpille sur la latte du même Riccio (décidément toujours aussi malchanceux que sur l’ouverture du score) et s’acheva, à la 52e, par une frappe croisée d’Altobelli qui remplit les filets de Marques d’une prise que l’on préfère généralement éviter.
Les Genevois remontèrent finalement quelques instants à la surface, jusqu’à la 64e… cette fameuse 64e minute qui vit un centre idéal de Ranic aboutir à Gelson qui, à un mètre pile (on n’exagère pas) d’une ligne de but déserte, trouva le moyen de dropper deux mètres (on n’exagère pas non plus !) par-dessus la cage grenat. Le public genevois, hilare et pas avare en applaudissements, n’avait plus vu ça depuis les Charmilles et Sogbie, dont les tentatives s’en allaient régulièrement perturber le trafic CFF Cornavin-Aéroport. Une telle prouesse reste rare, même en deuxième division suisse, et valait à elle seule le déplacement. Le malheureux Gelson mit un moment à s’en relever, et vit ses malheurs continuer cinq minutes plus tard : un hors-jeu superbement ignoré lui offrit l’aubaine d’aller défier Marques, mais la conclusion prit cette fois la forme d’un plat du pied digne de Streller (je sais, la référence est facile, mais c’est toujours la première qui vient à l’esprit). Bien plus subtile fut dans l’enchaînement la volée de Vitkieviez depuis le point de penalty tessinois. Le vol du cuir vers la lucarne fut stoppé par le plongeon de Russo, qui dans la minute qui suivit, bloqua encore miraculeusement une double frappe de Celestini et Girod à bout portant.

Même si le match finit plus mollement entre deux équipes qui avaient beaucoup donné, le spectacle proposé s’est avéré d’une qualité rare en Ligue B. Un visiteur qui attaque, ça ne se voit que rarement à La Praille (désolé, le Stade de Genève c’est comme la Challenge League, de ces termes que l’on préfère éviter…), et les Tessinois doivent en être remerciés. Quant aux Genevois, désormais à douze points du barragiste, la fin de leur championnat s’apparentera à un long fleuve tranquille…

Servette FC – FC Chiasso 1-1 (1-0)

Stade de Genève : 2’263 spectateurs.
Arbitres : M. Käser ; M. Fernandez ; M. Helbling.
Buts : 26′ Vitkieviez 1-0, 52′ Altobelli 1-1.
Servette FC : Marques; Bratic, Girod, Celestini, Ratta; Tréand (66’Chedly), Londono, Boughanem, Pont (82’Yoda); Vitkieviez, Bengondo (46’Besseyre).
FC Chiasso : Russo; Duruz (43’Righetti), Riccio, Colombo, Pinto; Ranic, Altobelli, Carrara, Giacomini; Rodrigues, Salvador (72’Zanetti).
Cartons jaunes : 36′ Tréand, 40′ Bengondo, 65′ Carrara, 67′ Pont
Notes : 32′ tir de Bengondo sur le poteau, 51′ tir de Riccio sur la barre transversale, 54′ but de Salvador (Chiasso) annulé pour hors-jeu.

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