Le saviez-vous ? Probablement pas, à moins d’être un fidèle abonné des réseaux sociaux du LHC. Si ce n’est pas le cas, et comme le grand quotidien vaudois depuis 1762 (et un poil zurichois depuis 2009) ne risque pas franchement de vous informer sur le sujet, on vous l’annonce en primeur: le Lausanne Hockey Club féminin évoluera en PostFinance Women’s League, la première division du hockey suisse, la saison prochaine. Zoom x 3.8 (au-delà ça devient trouble) de notre iPhone 13 Pro sur l’Acte I de sa demi-finale face à Lyss dans la foulée.
Le contexte en deux paragraphes (ou quatre, tiens)
Hein, quoi ? Attendez… Il ne faut pas (au moins) être championne de Swiss Women’s Hockey League B pour briguer une promotion ? Eh bien non ! Comme on vous l’expliquait déjà ici (oui, il faut suivre au fond, pop quiz en fin d’article), le SC Langenthal Damen a décidé de mettre la clé sous la porte en ce qui concerne ses ambitions dans l’élite du hockey féminin helvétique et sera donc volontairement relégué à la fin de l’exercice en cours. Tout cela laisse une place vacante en PFWL qui ne peut être occupée que par les Lionnes puisque personne d’autre, pas même l’indéboulonnable premier de classe, le EHC Brandis Ladies, n’a déposé de dossier pour monter. La seule condition était de passer l’écueil des quarts de finale (best of 3), ce qui a été réalisé de haute lutte en deux matches par Melina Reuteler & Cie le week-end dernier (deux fois 1-0 après prolongation face au EHC Bassersdorf Ladies, un double score qui a déjà dû convaincre Heinz Ehlers et Jussi Tapola de se procurer l’abo pour la saison prochaine et Chris DiDomenico de quitter le pays). À en croire les différentes stories Instagram de l’organisation vaudoise, le champagne a coulé à flots (modérés, on était un vieux dimanche soir à Kloten et il y avait cours en Suisse civilisée le lendemain) dans le vestiaire d’une des patinoires annexes de la SWISS Arena.

Ce qui nous rassure c’est que le préposé aux traductions en français fédéral de la ligue est le même que chez les hommes.
On débattra pour savoir si c’est vraiment une si bonne idée que ça en termes de développement des jeunes joueuses vaudoises en particulier et du hockey local en général pour un club qui va forcément devoir enrôler une tripotée de mercenaires (et se délester d’une crâlée de chevilles ouvrières de la promotion) en vue de drastiquement renforcer son effectif pour survivre à l’échelon supérieur, sans parler de la disponibilité des infrastructures pour les autres garnitures féminines (deux en quatrième division et une équipe loisir). Mais plus tard si vous le voulez bien. Il y a un temps pour l’euphorie et un autre pour les questions qui fâchent, même sur CR.

Victoire 1-0 a.p. le samedi 28 février devant 1287 spectateurs.
La bonne nouvelle donc ? On pourra enfin se tenir au courant des exploits des Lausannoises. Tout du moins lorsqu’elles affronteront les Ladies de Gottéron puisque La Liberté nous offre une couverture plus qu’honorable des tribulations des joueuses de Thomas Zwahlen. Enfin en tout cas en playoffs, pour le reste on n’est pas trop sûr. Ben oui, en bon supporter de beau temps on était un brin moins au taquet en saison régulière. Les dimanches on avait piscine, réunion Tupperware et aqua-poney.
En parlant de supporters de beau temps, figurez-vous que même les Puckalistes se sont mis au hockey féminin la semaine dernière en accueillant la Villardoue Diane Sicault, autrice des deux assists de la promotion et ancienne capitaine du LHC dont l’authentique attachement au club se lit dans les yeux humides de lendemain de victoire. Si vous avez une forte résistance au cringe (ou la fibre maraîchère) et survivez à la prestation d’intro de Lord Betterave, c’est vraiment très sympa à regarder.
L’adversaire en demi-finale en un bloc
Avant que vous nous accusiez d’abuser des calembours navrants dont on a le secret (ça viendra bien assez tôt, vous verrez), l’emblème du DHC Lyss est vraiment une fleur de… lys. Les quatrièmes de la saison régulière avec 6 points de retard sur le LHC ont la particularité d’avoir compté jusqu’à récemment dans leurs rangs une Canadienne née à Shenzhen et apparemment arrivée à Lyss via le pays des merveilles qu’est Tramelan, la fameuse Lisa Li. Tout cela leur vaut d’ailleurs une vraie cote d’amour auprès des aficionados de l’allitération (mais pas de la rédac’ de CR, un collectif tout sauf Lyss). On vous en gLyss encore une pour la route: cette organisation fondée en 1996 avait jadyss (voire même naguère) trois équipes évoluant dans chacune des trois premières divisions avant de voir les deux premières dissoutes et la troisième être promue en SWHL B en 2023. Pas encore au sommet de l’Olympe, au grand dam de leur gardienne niçoise, mais pas loin.
L’adversaire rêvé en finale en deux lignes (et quelques surnuméraires)
En vrai on pensait que ce serait l’adversaire en demi-finale parce qu’on n’avait pour tout vous dire pas trop regardé le classement, alors on a écrit ça et on ne voulait pas tout effacer. On avait fait des recherches et tout, voyez-vous.
Les Brandis Ladies ont comme d’habitude (deux ans c’est déjà une habitude, non ?) écrasé la SWHL B durant la saison régulière avec 49 points (soit 12 d’avance sur leurs lionnes dauphines vaudoises), 16 victoires et 2 défaites. En 1/4 de finale, on s’attendait à ce que les fers de Lanz incontestés du championnat serrent la Wyss et que Rapperswil, 8e avec 30 points de retard sur la tête, prenne Schär. Mais il a tout de même fallu en arriver à l’Acte III de jeudi soir, remporté 3-2 par les locales. C’est pas demain qu’on mettra Shimay en bière. Bref, pas de quoi parler de hold-up commis par des Brandis de grand chemin jusqu’ici.
Bien, maintenant qu’on a Brandis notre arsenal de calembours de bas étage* (on est carrément au parking du troisième sous-sol dans cet article, on le concède aisément), venons-en au fait: c’est où ce bled ? En gros, c’est dans l’Emmental si on a bien compris. D’abord appelé le HC Napf à sa création en 2009, puis les Huttwil Falcons jusqu’en 2011 et la fermeture de la patinoire locale et enfin les Brandis Ladies depuis son affiliation aux Brandis Juniors, mouvement, oui oui, junior (fou, hein ?) du EHC Brandis (2e ligue masculine), le club évolue en deuxième division depuis lors. Ses deux plus jeunes joueuses sont âgées de 14 ans et sont inscrites avec les SCL Young Tigers U16 élite (les garçons donc) alors que la plus expérimentée a… 47 ans et ne se nomme même pas Jaromir.
*On réalise pleinement que sans la composition du EHC Brandis Ladies sous les yeux c’est nettement moins rigolo.
L’Acte I en deux-trois phrases (à peine)
On vient de revérifier, le 24 heures – pas vraiment en Lyss pour le prix de l’inclusivité pour le coup – nous parle en long et en large du LHC masculin, des JO et du… HC Bienne (pardon ?), mais toujours pas une ligne sur les Lionnes. Alors on va essayer de faire une partie du taf à leur place, on enverra la facture à la Werdstrasse 21 à Zurich.

Même une éternité (16 secondes) à 5 contre 3 n’aura pas suffi à faire la différence en ce 7 mars.
Premier bon point, on avait allumé quelques néons en plus dans les travées par rapport à la dernière fois (ou alors nos lunettes de vieux s’étaient habituées à la nouvelle luminosité plus vite) en plus de l’ouverture désormais presque habituelle de deux buvettes et de l’utilisation du Vidéotron. Certains habitués étaient même surpris que la glace soit faite à chaque pause (même si le docte préposé à la Rolba a quand même eu la flemme de repasser entre la fin de l’échauffement et le début du premier tiers), ce qui n’est apparemment pas systématiquement le cas en hockey féminin, en tout cas dans les ligues inférieures. Ces ligues fonctionnent d’ailleurs avec seulement deux arbitres au lieu de quatre. Malgré tous ces progrès, impossible de déplier la banderole du kop sous peine de perdre toute notion du temps.

On ne sait pas si elles marcheront seules, mais il est exactement 14h56.
Au rang des choses à éviter dans le futur, on mentionnera ces terrifiants KLAP-KLAP, véritables vuvuzelas de carton, qui nous transportent instantanément en Suisse primitive alémanique (ou bien pire, aux Vernets pendant les playoffs). Après, vu ce qu’on a entendu derrière nous (« C’est moi ou les hommes ils sont plus sur le terrain ? » [Non mec, ils sont juste plus grands…] / « Je suis venu plusieurs fois, mais j’ai jamais compris pourquoi ils arrêtent quand le gardien il bloque la balle… » / « Elles sortent le gardien ! C’est quoi cette stratégie ? » [Calme-toi mon pote, c’est une pénalité différée…]), on était peut-être aux Vernets tout compte fait. Quoique, 1082 billets vendus, ça semble un peu exagéré.

Malgré les apparences, ceci n’est pas un message pour prévenir les violences domestiques.
Et sinon, ce match ? On déteste colporter des mauvaises nouvelles dans les colonnes d’ordinaire ultra-positives et éminemment constructives de Carton-Rouge, mais on est obligé de vous annoncer que les Vaudoises se sont inclinées sur le score de 2-1 contre une équipe qui nous a paru plus que prenable, voire même carrément moins solide que Bassersdorf samedi dernier. Bref, on était loin du déLyss à la sirène finale.

« Rien n’est perdu, Diane. Il faut maintenant les mettre au fond. » C’était l’interview d’entre-deux tiers, sponsorisée par votre spécialiste en enfonçage de portes béantes au missile de croisière Tomahawk.
Pendant 60 minutes, tout ou presque a semblé entre les mains de la géniale numéro 2 Lisa Cédelle, 1m49 et plusieurs stratosphères au-dessus de la mêlée. L’internationale française (21 sélections lors de Mondiaux et du dernier Tournoi de Qualification Olympique) qui a passé une partie de la saison en PFWL avec Langenthal (9 matches, 2 buts et 1 assist) a soufflé le chaud (beaucoup) et le froid (un peu quand même) sur cette rencontre. Celle qui nous fait penser au Oliver Setzinger des grandes heures de LNB au tournant des années 2010 de par son patinage et sa technique qui n’appartiennent clairement pas à cette ligue (et parfois un brin de nonchalance quand même) s’est fait l’autrice d’un assist sur l’égalisation de Gaëlle Bourquin (6e minute), moins de 60 secondes après l’ouverture du score adverse, a ajusté le poteau quelques minutes plus tard (on a malencontreusement oublié de regarder notre montre à ce moment-là), mais s’est aussi rendue coupable d’une charge pleine de frustration certes compréhensible, forçant le staff local à trouver un brancard au fond d’une cave de la Vaudoise aréna (en tout cas on imagine que c’était ça vu le temps que ça a pris) avant que les Lyssoises Lyssiennes Lyssottes Lyssaises les habitantes de Lyss soient forcées d’évacuer l’infortunée victime elles-mêmes, faute de personnel médical présent (54e). On n’en parlerait peut-être plus si un énième breakaway de la native d’Anglet (et donc probablement bilingue) s’était transformé en deuxième égalisation 3 minutes plus tard.

Lisa Cédelle dans ses oeuvres en power play.
On pourrait également mettre le doigt sur un brin d’individualisme voire même de suffisance parfois dans le jeu de l’ex-membre des Patriotes de St-Laurent en Ligue Collégiale du Québec (vous arrivez à voir qu’on est au bout du bout de nos tentatives d’évitement des répétitions ou pas ?), mais comment la blâmer au vu de sa supériorité manifeste et du fait que son équipe n’alignait que 13 joueuses de champ (c’est-à-dire seulement deux blocs complets) face à 19 Bernoises. L’absence de la deuxième compteuse du club après Cédelle et ses 26 points en 13 matches, la Tchèque Natálie Musilová (14 points) s’est notamment fait lourdement sentir. Sans compter le changement inexpliqué de gardienne (Aurélie Roehrich pour Sofia Bernardasci, a priori sur blessure au vu de la composition lors du deuxième acte) après 20 minutes qui n’a pas porté à conséquence outre mesure.

Si vous ne nous croyez pas, on vous laisse recompter les joueuses.
Quand même un mot sur l’Acte II
Terminer un match à 17h30 un samedi soir à Prilly et rejouer le lendemain à… 10h45 à Lyss, c’est assez inhumain comme enchaînement, notamment pour des joueuses qui sortent d’une semaine de boulot ou d’études et qui doivent y retourner lundi à la première heure. Tout en rappelant qu’on jouait à deux lignes (en fait trois au final) et que c’était la journée internationale des luttes pour les droits des femmes. Et surtout, ça en dit long sur la disponibilité des glaces pour les filles. On peut faire toutes les opérations marketing qu’on veut pour ponctuellement remplir la Vaudoise et donner de la visibilité aux joueuses, se payer des étrangères expérimentées pour régater la saison prochaine dans l’élite, mais tant qu’on ne garantira pas un accès à des infrastructures de base aux hockeyeuses et qu’il ne sera pas rare de commencer un match à l’heure de la messe dominicale ou de terminer un entraînement à 23 heures en semaine, on ne sera nulle part. Oui, on avait dit que le temps des questions qui fâchent n’était pas encore arrivé. On a menti.

Le LHC enregistrait les retours des Valaisannes Lena Esteve et Amalia Bangerter (Le Nouvelliste nous donne une explication plausible à leur absence) ainsi que de Natálie Musilová. Une ligne de plus, ça aide.
Dans ce contexte, un grand bravo aux 165 spectateurs (probablement athées) de la Seelandhalle de Lyss. D’autant qu’au vu du score, ils ont probablement quand même dû prier et n’ont même pas été entendus à la fin. Tous à Malley mercredi soir pour l’Acte III !

Donc, si j’ai bien suivi… cette Lisa, Cédelle que venait le danger ?!?
Oui ! Mais on avait dépassé le nombre maximum de calembours autorisés par WordPress…