Au Nord, c’étaient les cocus

Entre une date finalement annulée, un service de midi boiteux dans cet infâme bistrot* que je tiens depuis 17 ans, une canicule à affronter, une consommation d’alcool à la hauteur de ma passion pour la Nati et un seizième de finale au milieu de la nuit à organiser quelques heures plus tard, j’ai quand même relevé le défi de la rédaction et de Yves Martin (qui – après deux ans de boycott – a finalement accepté de reboire un verre avec moi ; tout ça à cause d’un St-Gall – LS que je n’avais pas pu diffuser dans ledit bistrot, qu’on nommera désormais IB) et suis ainsi heureux de reprendre la plume pour le meilleur site sportif de Suisse romande pour te couvrir, ami lecteur, ce délicieux Belgique – Sénégal, seizième de finale plutôt alléchant – entre une équipe que je déteste et une autre que j’adore – dans le cadre d’une Coupe du monde excessivement longue et commerciale, mais malgré tout irrésistible.

*nom connu de la rédaction

Le match en deux mots

Trop bu.

Mon état à 22 heures quand je suis arrivé chez moi (juste à temps, je précise). Ce mercredi fut assez couillu pour moi sachant que j’ai débuté l’apéro à midi à l’IB avec un certain Robin C. (humoriste connu de la rédaction) et Antoine P. (restaurateur qui tient le plus vieux bar de la ville). Puis, j’ai continué. Malgré les nombreuses sollicitations (« viens boire un verre à la Cité » « tu rentres ? t’as changé ! » « heeeuuuu mais t’es vraiment un pédéééééé ») j’étais chez moi à 21h59 afin de couvrir ce match pour la communauté CR. #conscienceprofessionnelle

L’homme du match

Romelu Lukaku, le mec qui relance une équipe à la dérive.

Youri Tielemans, le joueur au charisme d’une huître qui plante un doublé.

La VAR, qui qualifie une toute petite Belgique.

Yves Martin, qui semblait vraiment content que je revienne sur CR.

Joey Horacsek, qui a supporté que je ne comprenne rien au système (NDLR : ce qui est quand même un comble pour le fondateur du site…)

Le livreur de pizza, qui m’a sauvé avec cette Diabolo et ce Coca servis à 22h45.

Moi, qui ai tenu jusqu’au bout, malgré un réveil très matinal ce jour et le lendemain.

La dinde du match

Le Sénégal. Des gros dindons. Non, ils n’avaient pas le droit de laisser filer ce match. Pas là, pas maintenant. Ainsi donc, les Lions de la Teranga ont perdu leur titre à la CAN sur tapis vert et se sont fait sortir par une pâle Belgique alors qu’ils menaient 2-0 à la 86e minute. Quand ça ne veut pas…

Rudi Garcia, le seul entraîneur capable de faire jouer une équipe comme si elle s’était rencontrée sur le parking avant le match. Le ballon a besoin d’un GPS, les supporters d’un psychologue, et les adversaires d’un simple merci. Au moins, il offre une certitude : le spectacle est rarement celui qu’on espérait.

L’autre dinde du match

Le Festival de la Cité. Cette purge bat son plein en ce moment et n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. J’en pleure. Un truc – sans âme – devenu le rendez-vous préféré de ceux qui applaudissent un type qui reste immobile pendant vingt minutes en appelant ça une performance. À force de vouloir être avant-gardiste, ce repère de gauchistes a oublié d’être simplement vivant. On y croise plus d’égos d’artistes subventionnés et de bobos en quête de sens que de spectacles qui donnent vraiment envie de revenir. Ce Festival de la Cité me fait presque autant vomir que Gianni Infantino.

L’esthète du match

Moi. Rond dans mon salon. Qui dansait quand le Sénégal a failli éliminer cette insignifiante équipe de Belgique, sans âme ni leader. Qui n’a fait rêver personne. J’ai fini comme un dindon, comme les Sénégalais et l’arbitre. À maugréer la terre entière.

Sérieusement, si la Belgique avait connu l’élimination ce soir, deux jours après celle de l’Allemagne et des Pays-Bas, je serais sorti de chez moi pour rejoindre des POPistes en birkenstock à la Cité.

Le moment MAGA du match

Quand, tel un ado américain, j’ai utilisé ChatGPT et que je lui ai posé cette question : « comment arrêter l’alcool quand tu es restaurateur ? »

Voici sa réponse :

« Quand tu es restaurateur, arrêter l’alcool commence souvent par changer le rituel de fin de service. Remplace le verre par une boisson sans alcool, fixe-toi des règles simples et parle de ton objectif à quelqu’un de confiance. Si c’est difficile ou que tu bois quotidiennement, fais-toi accompagner par un médecin : demander de l’aide est souvent le moyen le plus efficace. »

Ma réponse :

« Merci, connard. Un p’tit shot ? »

Le point commun entre les deux équipes

Leur haine contre la France. Les Sénégalais, au moins, auront eu leur moment de gloire quand ils ont battu des Bleus champions du monde lors du match inaugural de la Coupe du monde 2002. Un moment hors du temps, que j’avais suivi dans une école de Brisbane en Australie, en finissant presque aux mains avec trois Français écœurés par mes provocations. De leur côté, les Belges détestent encore plus leurs voisins mais, au contraire des Sénégalais, ont subi autant de déroutes et humiliations par la France que dans l’histoire de leur nation. Point culminant de leur affront : cette fameuse demi-finale de Coupe du monde 2018 lorsque les mauvais perdants, pardon, les Belges ont paru comme des petites fillettes vexées d’avoir perdu leur jouet. Les Belges ont pensé avoir la meilleure équipe de tous les temps. Finalement, ils n’avaient que le meilleur melon de tous les temps. Symbolisé parfaitement par Kevin de Bruyne, joueur aussi doué que puant.

Le chiffre à la con

Zéro. La Belgique a beau changer de génération, de sélectionneur et même de maillot, il y a une tradition qui ne bouge pas : zéro Coupe du monde et zéro Euro. Et vu le spectacle et leur niveau, ce palmarès ne risque pas d’être mis à jour de sitôt. À part au rayon bières ou BD, les Belges sont nuls.

L’anecdote

Le maillot de la Belgique est à mi-chemin entre un emballage de frites et un gilet de chantier en crise d’identité. On pensait s’en débarrasser ce soir. C’est raté.

L’autre anecdote

Sale soirée pour ton soussigné, qui rêvait d’une qualification / exploit du Congo et du Sénégal contre ces deux équipes européennes aussi tristes que leurs paysages.

Si le match avait été une junk food

Le Trossard Burger : un concept qui avait l’air prometteur, mais qui laisse un vilain arrière-goût. Le pain est sec, la viande manque de saveur et la sauce a disparu avant même la première bouchée. Sur l’affiche, ça donne faim. Dans l’assiette, tu cherches encore ce qui était censé te régaler. Un burger qui promet l’expérience premium… et qui finit au rayon des déceptions.

La minute Léonard Thurre

Ça ne te choque pas, les commentateurs qui te racontent le match depuis leur cabine à Genève ? Moi oui. Apparemment, la redevance n’est pas assez élevée pour envoyer des journalistes sportifs outre-Atlantique. Par contre, quand il faut trois reporters pour effectuer un reportage de 3 minutes dans un EMS du Gros-de-Vaud à Echallens, on ne lésine pas sur les moyens.

Le pronostic d’avant-match selon l’indice EPSTEIN (Epic Post-apocalyptic Soccer Tournament Enormous Index, North america)

Je ne sais pas si l’indice avait prévu que la Belgique soit à zéro et le Sénégal à 1’000 durant 85 minutes, mais à la fin il fait tout juste, comme d’hab.

A propos Marco Reymond 471 Articles
Un p'tit shot ?

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2 Commentaires

  1. Cool, Marco de retour au commentaire ! Et toujours aussi incisif, j’adore !
    c’est un one shot (ah ! ah ! c’est le cas de le dire !) ou un retour aux affaires ?
    Welcome back et Hop Suisse !

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