Alors que son plus grand rival, Rafael Nadal, et son éternel souffre-douleur, Richard Gasquet, viennent simultanément d’annoncer leur retraite, replongeons-nous en septembre 2022 lorsque Roger Federer fit de même en publiant la triste nouvelle sur les réseaux sociaux via une lettre aussi austère qu’un communiqué de Buckingham Palace contenant le dernier bulletin de santé du roi. Ce moment unique ne pouvait qu’inspirer un documentaire histoire de nourrir les plateformes de streaming. Le film « Les Douze Derniers Jours de Federer » retrace donc cette période, depuis l’annonce de sa retraite le 15 septembre jusqu’à son ultime match, le 23 septembre, soit … huit jours plus tard. Ok, on est donc pas là pour une bio d’Alan Turing.
Asif Kapadia signe la réalisation de ce projet, un véritable cador dans le monde des documentaires. Il a déjà marqué les esprits avec “Senna” en 2010 sur le poignant parcours du pilote brésilien, puis avec “Amy” en 2015 consacré à la vie tragique de la chanteuse Amy Winehouse, qui lui a valu un Oscar du meilleur documentaire. En 2019, il signe “Diego Maradona” sur le bouleversant parcours du Pibe de Oro. Sans doute lassé de toutes ces vies remplies de drames, Kapadia a décidé de relever un nouveau challenge : filmer le quotidien d’un des sportifs les plus lisses de l’histoire tout en essayant de rendre cela captivant. Je ne dirais pas que c’est un échec, je dirais que ça n’a pas marché.

J’ai reçu une lettre, il y a deux ans peut-être.
Le film débute en nous plongeant dans les coulisses d’un événement qui aura marqué l’histoire du sport : la préparation et la publication en quatre pauvres photos de la fameuse lettre de retraite de Roger Federer sur les réseaux sociaux. Nadal, lui, a au moins eu la décence de faire un montage vidéo émouvant, musique larmoyante et ralentis dramatiques inclus. Après des heures à lire et relire ce texte passé à la moulinette de son équipe de communication, c’est le jour J et toute sa famille et ses proches sont réunis on ne sait trop où, à son bureau dira-t-on. On assiste alors durant 20 minutes à d’interminables tergiversations pour savoir s’il y a eu des fuites dans la presse et s’il faut avancer ou non la publication de quelques heures. Même le diable fait son apparition par le biais d’un coup de fil d’Anna Wintour, l’une des meilleures amies des Federer – un des plus grands mystères du millénaire, soit dit en passant.
— Roger Federer (@rogerfederer) September 15, 2022
Soudain un petit choc attend le spectateur : Mirka qui parle face caméra ! Sans doute du jamais-vu depuis son interview d’après-match lors de son élimination au premier tour de Roland-Garros 1999. Malheureusement, ce n’est que pour sortir quelques banalités du style que la retraite de son mari l’attriste mais que c’est aussi un soulagement.
Finalement, on apprend que Rosset a été mis au courant de la nouvelle, la publication sur Twitter pour le reste du monde est donc faite dans la foulée. Sympa pour les potes ! Le dernier match en compétition officielle de RF aura donc lieu à la Laver Cup.

Rosset prévenu deux minutes avant la publication
On passe ensuite à J-7, ce qui est fait le lendemain de l’annonce. Cette chronologie n’a aucun sens. Pour expliquer cette fin de carrière, il faut bien passer par la case médicale, et c’est là que Federer revient sur ses nombreuses blessures au genou. Il parle du fameux épisode du bain de 2016. Tel l’icône d’élégance qu’il représente, il est à deux doigts d’accuser ses filles d’être les responsables de sa triste fin de carrière. Il nous explique qu’il voulait leur donner une douche rapidos, mais Charlene et Myla ont piaillé pour que ce soit plutôt un bain. En grand seigneur, le papa poule accepte mais alors c’est le drame. Son ménisque fait soudain “crac”. Ok Roger, c’est terrible mais même si tu avais insisté pour donner une douche, le ménisque aurait aussi fait “crac”, non ?
Suit alors la spirale infernale : quatre opérations, qu’il avoue aujourd’hui regretter amèrement. Dans un étonnant commentaire anti-médecine presque “Djokovesque”, le Bâlois lâche qu’avec le recul, il n’en aurait pas fait une seule. Tout se serait sans doute résolu avec quelques granules homéopathiques 5 CH. Il évoque aussi ces nombreuses fois où, après des défaites cuisantes, il répétait en conférence de presse que « tout allait bien », alors qu’en réalité, il avoue maintenant que rien n’allait. Hypocrite, hypocrite, au nom de la Confédération helvétique, nous n’étions pas dupes. Avec son genou en sale état, Federer doit bien conclure qu’il est l’heure de tirer sa révérence. Il est triste que ce soit la fin, mais est aussi soulagé.
La fine équipe arrive enfin à Londres, théâtre de cette Laver Cup 2022. Dans le taxi qui les conduit à l’entraînement, Federer se souvient du jour où il a eu l’idée de créer cette compétition, inspirée de la Ryder Cup en golf. Pour trouver le nom, il s’est dit que c’était injuste qu’il gagne autant en un match d’exhibition que Rod Laver sur toute sa carrière. Alors dans un élan de culpabilité, il choisit de nommer cette compétition la Laver Cup. Un peu comme si la mort-née “European Super League” avait été appelée la “Bosman League”.
Vient ensuite le moment de rejoindre les coaches sur le terrain d’entraînement. Björn Borg s’occupe de la Team Europe, tandis que l’inénarrable John McEnroe dirige la Team “Rest of the World”. On apprend que Borg a toujours été le héros de Federer. C’est étrange, sachant que le Suédois a pris sa retraite quand Roger portait encore des Pampers. Tout s’éclaire lorsque le Bâlois précise sa pensée : c’est grâce à Borg que le monde de la publicité a compris qu’un joueur de tennis pouvait être un ambassadeur grassement payé. On sent bien aujourd’hui que Borg est plus que jamais son héros. De l’autre côté, McEnroe estime que Federer est le Barychnikov du tennis. Je vous laisse le soin, comme moi je l’avoue, de googler la référence.

Roger se prend la porte de la retraite en pleine face !
Andy Murray et Novak Djokovic sont là bien sûr, ils saluent le futur retraité, échangent quelques banalités mais ne savent pas trop quoi se dire. Pour meubler, le réalisateur utilise son joker en lançant les best of YouTube de leurs meilleures confrontations. Le seul instant amusant est à mettre au bénéfice de … Djokovic qui, juste avant la photo d’équipe, fait remarquer à son meilleur ennemi qu’il a mis la chemise de costard au lieu d’une autre plus relax. Un semblant de suspense est instauré pour savoir si Nadal va bien rejoindre la Team Europe, sa femme étant sur le point d’accoucher de Rafa Jr. Oh surprise l’Espagnol est bien là et vas-y que je te rebalance la compile YouTube de leur rivalité. Un petit tour sur la Tamise est ensuite organisé en soirée avec le Big Four. Puis un petit speech a lieu où chaque joueur présente un autre joueur. Andy Murray introduit Novak Djokovic qui introduit Rafael Nadal qui introduit Roger Federer. Ne touchez plus à rien, le voilà le classement définitif des GOAT. Le Suisse termine évidemment son discours en se déclarant triste de terminer sa carrière mais aussi soulagé.

Même MacGyver est dans les tribunes pour rendre hommage à Rodg
On arrive enfin au jour J (ouf !) avec un match de double qui s’annonce complètement épique (spoiler : non) entre la paire (de chaussettes) Sock/Tiafoe vs Nadal/Federer. Si d’habitude, les documentaires sportifs culminent avec un moment d’anthologie, ici, la réalité ne rattrape pas la fiction et il va falloir forcer un maximum pour rendre ce match intéressant. Dès le début, Federer arrive à faire passer la balle par le petit trou (That’s what she said…) entre le poteau et le filet. Ok c’est joli d’avoir fait ça pour son dernier match, mais ce sera le moment le plus dingue de la partie.

RF joue assez bien dans le premier set et le remporte, ensuite c’est la cata il rate tout, dont deux balles de match et c’est la défaite piteuse. Mais peu importe le score, pourvu qu’on ait les larmes. Après avoir passé tout le film à se demander s’il allait chialer, la légende pleure ENFIN ! Il donne même la main à Rafa, l’image fait instantanément le tour du monde. D’ailleurs, cette photo ne résume-t-elle pas à elle seule tout le moment ? Était-ce vraiment nécessaire de faire tout un film autour ? Le docu se conclut avec un dernier discours émouvant de Federer dans le vestiaire après le match. On est un peu triste que cela se termine, mais surtout très, très soulagé.

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