Avant, regarder une Coupe du monde était un moment empreint de légèreté pour se divertir sans trop penser aux problèmes de la planète. Mais voilà que depuis plusieurs éditions, on se retrouve condamné à vivre dans une dissonance cognitive permanente, qui demande de se mettre des œillères à chaque fois plus grosses pour oser regarder. Jusqu’à quand ?
Trump, magnat qu’on veut lourder
Pour commencer, jouons à un petit jeu. Parmi les propositions suivantes, laquelle n’est pas vraie ?
- Trump s’est autodésigné président du comité d’organisation de la Coupe du monde 2026.
- Infantino a participé au sommet sur Gaza en Égypte à l’invitation du président américain.
- Infantino a dit : « Donald Trump mérite le Nobel de la Paix ».
- Trump et Infantino ont réalisé que l’argent ne pouvait pas se manger.
On commençait certes à prendre l’habitude que Gianni Infantino s’agenouille devant n’importe quel chef d’État, mais là ça prend des proportions inimaginables, étant donné qu’il a été plus ou moins forcé de remettre les clés du camion à Trump. Ce dernier s’est quand même autoproclamé chef de l’organisation de la Coupe du monde, ce qui est sans précédent. D’ailleurs, il multiplie les effets d’annonce, en décrétant que certaines villes hôtes sont « en guerre » et qu’il pourrait les changer à la dernière minute si nécessaire. Le match Argentine-Porto Rico prévu à Chicago le 13 octobre dernier a été déplacé en… Floride. Sympa pour les habitants !

Les mains de Gianni se préparant à passer de la pommade avant une réunion avec Trump…
Notre bon vieux Gianni a même poussé l’art de la courbette jusqu’à transférer le service juridique de la FIFA à Miami, sans véritable raison.

Photo des nouveaux bureaux de la FIFA à Miami…
Vous pensiez que ça suffisait niveau lèche ? Et bien figurez-vous que Gianni a créé le « Prix de la Paix de la FIFA » pour évidemment le décerner à notre bienfaiteur universel.
Le pire dans tout ça, c’est que la melonite aiguë est hautement contagieuse. En témoigne la sortie lunaire de Ronaldo qui se voit déjà en sauveur de l’humanité : il aimerait « beaucoup s’asseoir avec lui et discuter de longues heures de la paix dans le monde » et « son rêve n’est pas de remporter la Coupe du monde mais que le monde soit en paix ».

Dis donc, Cristiano, tu nous prendrais pas un peu pour des jambons sauce Madère ? Commence par faire la paix avec ton pied droit sur tes coups francs !
La tournée du patron
Évidemment, quand le pays du business rencontre le royaume de la cupidité, cela ne peut qu’aboutir à une tarification rocambolesque et entubatoire… Apparemment on partirait même sur des prix variables, un peu comme dans les stations de ski en somme. Par exemple, la finale est déjà passée de 5000 francs début octobre à plus de 6200 francs en novembre. Je vous laisse imaginer l’inflation d’ici là.
Voyez plutôt cet extrait d’un article du Guardian :
« but the England Fans’ Embassy estimates that a fan attending every England match if they made it to the final – even buying tickets in the cheapest category – would spend at least $3,180 (£2,364). Fifa is operating what it describes as variable pricing for the tournament, which will be co-hosted by the United States, Canada and Mexico, meaning prices could rise – or drop – depending on demand. »
En gros, si l’Angleterre allait en finale, leurs fans devraient dépenser au moins 2566 francs, même dans la pire catégorie. D’ailleurs la fronde gronde déjà parmi les fans, qui ont déboursé de la thune (un « droit d’achat ») pour être sûrs d’avoir des places, mais qui se retrouvent à ne pouvoir acheter que des places des catégories 1 et 2, les plus chères parmi les quatre proposées. Je les plains mais, en même temps, à quel moment ont-ils cru que tout se passerait sans encombres avec une telle bande de margoulins aux manettes ?
Maintenant, accrochez-vous, une autre idée de génie a été mise en place : payer pour avoir le droit d’être dans la file d’attente pour les places. Oui, vous avez bien lu ! Heureusement, South Park avait tout anticipé et créé cette vidéo explicative :
Êtes-vous qualifié pour comprendre les qualifs ?
Ce qui m’embête aussi, c’est que ces derniers temps, les formats sont réformés à un rythme qui ferait retourner Calvin dans sa tombe, mais qui donnerait aussi raison à Hobbes : l’homme est un loup de Wall Street pour l’homme. Voyez plutôt :
- Le nombre d’équipes devient ridicule (48 au lieu de 32), et bien évidemment on nous promet encore plus pour la prochaine fois, à savoir 64.
- Le saviez-vous ? Le format de Ligue des champions tout moisi avec une seule poule pour tous nous pend aussi au nez pour les qualifications à la Coupe du monde et à l’Euro.
- La bagatelle de 104 matches vous attend !
- Les équipes seront réparties en 12 groupes de 4 pour la phase de poules. Les deux premiers de chaque groupe et les huit meilleurs troisièmes seront qualifiés pour les 16es de finale. Oui, vous avez bien lu, des 16es de finale !
- La compétition se déroulera dans 3 pays, ce qui est quand même une aberration au niveau écologique.
Je ne parle même pas du système dantesque des barrages, qui nous permet de lire des phrases de cet acabit : « Dans le premier tableau, la Nouvelle-Calédonie et la Jamaïque se rencontreront pour pouvoir affronter la RD Congo, et dans le second, le vainqueur de Bolivie-Suriname ira défier l’Irak. » Qui aurait pensé lire un jour une telle phrase sans broncher ?
Avec toutes ces conneries, on se retrouve avec potentiellement le plus beau parcours de qualif’ jamais réalisé par la Nati, tout ça pour se faire virtuellement éliminer en 16e (!?!) par l’Ouzbékistan, le Cap-Vert ou Curaçao. L’écart émotionnel se creuse vraiment de plus en plus.
Enfin, ça n’engage que moi, mais en 2034, on aura eu trois coupes du monde sur quatre dans des monarchies absolutistes de droit divin (Qatar, États-Unis et Arabie saoudite), alors pourquoi ne pas y aller franco et baser directement les lois du foot sur la charia ou le décalogue de Moïse pour les suivantes ?

« Sorcellerie… » Mais puisqu’on vous dit que le pays progresse à vitesse grand V !

Moi qui m’entraîne à porter des œillères pour la prochaine Coupe du monde…
Crédits photographiques
Coupe du monde : photo de Fauzan Saari sur Unsplash
Crème : photo de Lance Reis sur Unsplash
Cirque : photo de Stephen Noble sur Unsplash
Jambon : photo de KaroGraphix Photography sur Unsplash
Stats peine de mort en Arabie saoudite : The Guardian
Cheval : photo de rhoda alex sur Unsplash

Tout est juste dans cet article.
Et le plus énervant c’est qu’on sera quand même tous devant notre TV l’été prochain, comme des cons…