San Siro, mais pas sans histoires

En ce week-end morose d’octobre, Carton-Rouge a vu l’un de ses rédacteur pouvoir faire l’envoyé spécial pour le match Milan-Fiorentina, clôture de la septième journée de Serie A. Un match qui, au vu du déroulé des autres rencontres du week-end, pouvait permettre aux Rossoneri de prendre la tête du championnat pour la première fois depuis 3 ans. Récit de ce week-end passé sous le signe du foot et de la vie à l’italienne.

Samedi, 9h30, pardon 9h52, le temps de vite retourner chercher un chargeur de natel, grand départ direction Milan ! Un trajet sans trop d’histoire, hormis un constat mondialement connu que les limites de vitesse une fois le Grand St-Bernard franchi relèvent plus de la suggestion que d’autre chose, en témoigne la Fiat Panda garnie de 5 personnes qui nous a doublés à facile 180 km/h aux abords d’Ivrea.

Quelques kilomètres plus tard, nous arrivons donc à Milan, en plein Chinatown, là où se trouve notre AirBnB, en début d’après-midi. Nous sommes accueillis par notre très sympathique hôte, Nicolas, qui, entre deux bonnes adresses, nous confie qu’il préfère largement le basket au foot et qu’il le pratique même. Devant notre air dubitatif en contemplant son mètre soixante sur la pointe des pieds, il nous explique qu’il joue surtout sur son explosivité. Soit. Nous quittons donc peu après notre logement en quête de la bière du chauffeur, et avons donc l’occasion d’observer ce quartier asiatique assez singulier au milieu d’une grande ville italienne. En effet, voir une file de plusieurs dizaines de mètres de gens qui attendent pour manger un mochi, ça surprend quand même en pleine capitale lombarde, si connue pour sa gastronomie.

En parlant de gastronomie, le reste de la journée est passé à flâner de focaccias en planchettes de charcuterie et de Birra Moretti en Ichnusa. Puis, en parlant de bière, cela nous fait rapidement remarquer un détail, commun à tous les établissements visités et récurrent sur notre site : le manque de toilettes. Et leur état. Chaque bar ou resto de cette ville, même grand, n’a qu’un seul chiotte pour tout le monde. À croire que la Vaudoise aréna a été conçue par des architectes italiens…

Mais trêve de carnets de voyages (en fait pas du tout), après une bonne escalope milanaise (on n’allait pas faire la file pour un mochi, faut pas déconner), nous trouvons un environnement plus familier aux fans de foot anglais que nous sommes : un Irish Pub qui diffuse le match de l’Inter, en déplacement chez les leaders romains. Une rencontre prometteuse, qui voit même une ouverture du score rapide du pourtant mauvais sur ce match Ange-Yoan (oui, certains parents sont des salauds) Bonny. Le tout sur une action où il fait pratiquement tout faux, mais ça suffit quand même. Et puis… plus rien. Le néant footballistique dans ce duel entre ténors. On se dit alors qu’on espère un autre spectacle pour la partie du lendemain.

Ledit lendemain arrive donc, après une rentrée haute en couleur, à pied a travers Milan, ce qui nous permet de découvrir avec un certain dégoût une nouvelle variante de voiture, les immondes Citroën Ami et autres Fiat Topolino, sortes de sèche-linges en plastique sur roues qui inondent les rues lombardes. N’allez regarder ce que c’est sur internet seulement si vous ne craignez pas le décollement de rétine. Bon, cela dit, vu que toutes les voitures « standards » sont cabossées en Italie, c’est peut être pour ça qu’ils se mettent à la carrosserie en plastique…

Le dimanche, c’est tranquille. Juste un passage à la boutique surchauffée du Milan AC pour permettre à deux d’entre nous d’acheter un maillot floqué Jashari, et de voir un Hollandais bloquer la moitié du magasin pour se mettre en scène pour faire un TikTok. On vit une époque décidément bien trouble. Le shopping milanais effectué, il est temps de se mettre en chemin pour trouver un troquet nous permettant de voir le derby d’Angleterre, ayant lieu trois heures avant le coup d’envoi de San Siro. Sur conseil de notre sympathique basketteur miniature, nous nous rendons donc au Offside, un pub qui compte plus d’écrans que de places assises, où commander une pinte relève du défi et où, comble de l’infamie, nous tombons sur une troupe de supporters de United.

Deux Jashari debout devant les innombrables écrans du Offside…

…Tellement d’écrans et tellement peu de chaises qu’il y a même une télé qui donne droit sur le trottoir, avec les gens qui boivent leur bière debout devant.

Ce bar permet aussi de parler d’un phénomène assez frappant, la désarmante spontanéité des Italiens. En effet, là où nous, en bons Suisses, on réfléchit tellement avant de faire quoi que ce soit de peur de froisser autrui, l’Italien va s’arrêter au milieu de la route et décider que c’est désormais une place de parc. Le serveur italien te prendra ton verre de vin rouge pas encore fini en même temps que ton assiette pour s’éviter un 2e trajet jusqu’à ta table. Et, pour en revenir au cas qui nous intéresse, la serveuse du Offside va changer de chaîne en plein milieu d’une action pour montrer un autre match et te mettre le tien sur un autre écran. C’est un style.

Bref, après une mi-temps à s’énerver devant la purge proposée sur l’un puis l’autre écran retransmettant le non-spectacle d’Anfield, nous nous mettons en chemin, San Siro n’étant pas la porte à côté. Après un trajet en métro qui nous rappelle vaguement celui de Mexico, nous devons encore franchir la barrière formée par une troupe évoquant furieusement le comité d’accueil de la gare de Vevey, qui essaye de te prendre le bras pour t’attacher un bracelet de l’AC Milan de force et te le faire payer. Un certain sens de l’accueil.

Et puis, il est là. Immense. Surgissant majestueusement du sol, tout de béton et d’acier. La vision est saisissante et donne tout de suite la mesure de ce qui nous attend :

Avant d’entrer dans ce monstre, nous parcourons les alentours, remontant les allées de stands de bouffe Tricatel, dont l’odeur, la désorganisation et les spots lumineux nous rappellent davantage le marché nocturne de Chiang Mai que les stands de saucisses de la Pontaise. Puis, deuxième choc quand nous entrons dans le stade. Il est vraiment, vraiment impressionnant. L’ambiance aussi, avec une Curva Sud toute de noire vêtue et qui ne cesse jamais de chanter. La cérémonie d’avant match, entre chants, lasers, lights shows et musique, est spectaculaire.

On sait faire le show à Milan…

Le choc passé, on remarque quelques éléments qui nous font rire. Déjà, à l’image de ce qu’on disait sur le circulation routière et la spontanéité toute italienne, les places numérotées sont ici une notion vague, les gens s’installant tantôt contre les barrières en bas de tribune, tantôt assis sur les escaliers – donc au milieu du chemin – ou encore vont tout en haut du stade, sur l’espace derrière le dernier rang. Ensuite, la propension des fans à se lever et à courir vers le bas des tribunes sitôt qu’il y a une action chaude ou une erreur arbitrale et à se masser contre les barrières est assez surprenante. Enfin, à la mi-temps, le couloir de deux mètres de large qui sert de vomitoire et mène sur les stands et les toilettes (encore trop peu nombreuses, décidément) a montré bien plus de combat et de hargne que le spectacle sur le terrain. Pour des gens plus habitué à la discipline anglaise, suisse ou allemande (oui oui, même dans un stade de foot où l’on trouve plus d’Albert que d’Einstein, les gens font la plupart du temps la file calmement), voir des cinquantenaires pousser des enfants pour avoir leur bière plus vite, ça fait quand même bizarre.

La Curva Sud qui vient mettre une certaine pression sur l’arbitre en venant se masser contre les barrières…

Et en fait, le match, dans tout ça ?

En quelques mots, assez pauvre techniquement, entre un Milan qui a la moitié de son équipe type à l’infirmerie (Nkunku, Jashari, Estupiñan, Rabiot, Loftus-Cheek et Pulisic qui sont tous out, quand même !), et une Fiorentina en plein doute et dernière (à égalité de points) de Serie A au coup d’envoi.

Au niveau des hommes du match, on notera la belle surprise suisse avec la première titularisation du jeune Genevois Zachary Athekame, auteur d’un bon match avant de sortir à l’heure de jeu. Également, on se doit de mettre en avant les grosses performances de Luka Modrić, toujours aussi impressionnant à 40 ans, et de l’ancien éphémère Bâlois Pavlovic, véritable chien de garde, solide défensivement et qui sait également bien se projeter.

Par contre, quand on voit les performances de Fofana et surtout de Ricci (qui avait visiblement perdu Poveri juste après l’entrée des équipes sur le terrain) au milieu, on se dit que Jashari ne devrait pas avoir trop de mal à se faire une place. Mais la vraie buse du match restera l’arbitre Livio Marinelli, complètement à l’envers sur ce match, ne sifflant rien ou presque pour Milan avant d’accorder un pénalty plus que généreux après consultation de la VAR ! Bon, il est vrai que si on se faisait traiter de fils de pute par 70’000 personnes simultanément, on aurait aussi probablement un peu de mal à se concentrer.

Malgré tout, le vrai tournant du match fut l’ouverture du score de la Viola, véritable maison de retraite de semi-stars européennes avec De Gea au goal, Gosens sur le côté et Džeko entré en fin de match. Ce but assez improbable, marqué grâce à la passivité d’une défense Rossoneri complètement à côté de ses pompes suite à un cafouillage, a eu le don de réveiller le Diavolo et ses supporters, qui ont commencé à chanter encore plus fort. Avant de véritablement rugir sur le but de l’esthète Rafa Leão, dont le nom a résonné longtemps dans les travées multicolores de San Siro.

C’est quand même pas la Tuilière…

Pour le chiffre à la con, puisque, que vous l’ayez remarqué ou non, on est en train de se faire le canevas habituel en accéléré, on citera 25’738, soit le nombre de pas effectués lors de ce dimanche milanais. Pour la bière, on mettra un cidre, le « Peccable » de la Brasserie du Jorat, car ce week-end transalpin, il était comme ça *mime un pouce levé*. Pour les anecdotes, il doit y en avoir assez par ailleurs dans l’article. Enfin, pour la minute Léonard Thurre, on n’a absolument rien bité à la langue de notre voisin de derrière (Croate ? Bosnien ? Roumain ?), mais vu le nombre de fois qu’il a prononcé le nom de Vinicius Júnior dans sa discussion, on se demande s’il savait quelle équipe il regardait…

En tous les cas, ce fut un sacré week-end. Un stade de plus de 70’000 places plein et qui chante pendant 90 minutes, c’est quelque chose quand même. En tous les cas, ça donne envie d’y retourner de nombreuses fois à l’avenir, dans cet écrin si mythique…

Comment ça le détruire prochainement ?!

A propos Joey Horacsek 104 Articles
Bon ça va, je vais pas vous sortir ma biographie

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