Votre doomscrolling (« défilement morbide » au Québec) de nouvelle en nouvelle à donner des accès de neurasthénie à Ned Flanders vous accable depuis le 1er au matin ? Nettement moins grave et plus gérable, le LHC était jusqu’à très récemment sur les traces de son record de défaites consécutives (cherchez pas, c’est 15 en 1995/1996) ? Ce même Lausanne Hockey Club continue de se moquer éperdument de sa section féminine en organisant une opération visibilité/patinoire pleine un dimanche de début de relâches à 13h, qui plus est à peu de choses près exactement au même moment qu’une rencontre de l’équipe de Suisse masculine aux JO de Milan-Cortina ? Pour couronner le tout, un Genève-Servette pourtant en crise il y a moins d’un mois n’a perdu qu’une fois en 8 matches en 2026 ? Bref, vous cherchez le bouton reset de cette nouvelle année depuis 18 jours et vous venez de réaliser que c’est trop tard pour annuler votre abonnement qui coûte une blinde avant la fin de la période d’essai ? On a (peut-être) ce qu’il vous faut.
On vous propose d’aller voir ce qui se passe à la Vaudoise aréna lors d’une des rares absences (au sens propre hein, au figuré c’est moins rare) des principaux locataires des lieux. Par exemple un week-end de Final Four de la Coupe de Suisse féminine. Contrairement à l’extrême droite, on n’avait encore jamais essayé. Et contrairement à l’extrême droite, il y avait une chance que ce soit bien. Alors pourquoi pas, non ?
Le hockey féminin pour les nuls
Levez la main si vous n’avez jamais vu de match de PostFinance Women’s League, la première division du hockey féminin helvétique, de votre vie.
…
Ah merde, c’est pas pratique pour écrire ça, on va la baisser.
Oui, on avoue notre statut de néophyte d’entrée de jeu, malgré notre présence à une grosse poignée de parties de deuxième division (Swiss Women’s Hockey League B) du LHC féminin, principalement dans les travées surchauffées de la fort bien nommée Cooly Arena (aréna ?) et ses 300 sièges généralement aussi demandés que le dernier bouquin de Nicolas Sarkozy dans les cercles de la gauche radicale.
Cela dit, on est assez certain qu’on est en train de pondre ce qui n’est autre que le deuxième article consacré au hockey féminin de l’histoire de votre site favori après celui-ci signé Florent Gonnet, alias Hockyx le Béotien, en l’an de grâce 2023.
Allons donc voir à quoi ça ressemble cette fameuse PFWL. À première vue, c’est tout de suite assez rassurant pour le fan de hockey suisse masculin des années 2000 : les escouades romandes sont (très) peu représentées et ne jouent pas les premiers rôles (l’une d’elles est même relégable, chic !), un « Z » écrase la ligue avec 18 points d’avance et Berne est en embuscade. On a quand même une pensée émue pour le HC Ambrì-Piotta Women, orphelin du HC Ladies Lugano depuis le 10 avril 2024, date de la faillite du club bianconero (ça par contre c’est le monde à l’envers).

Ce serait quand même le moment d’arrêter avec ces « Ladies » et autres « Damen ». Même à Wimbledon ça va faire 7 ans qu’on a laissé tomber les « Miss » et « Mrs » devant le nom des joueuses. Ou alors on accole un joli « Gentlemen » aux sections masculines ?
Le contexte
OK, mais c’est pas des matches de championnat qu’on va voir, c’est la Coupe. Qui exactement allons-nous visionner d’ailleurs à ce Final Four ? Eh bien figurez-vous qu’à la surprise générale, le leader du classement de la saison régulière et tenant de la Coupe, le EV Zug, est bel et bien qualifié pour les demi-finales en compagnie des ZSC Lions (on ne va décidément pas être trop dépaysés), du HC Davos Ladies et du SC Langenthal Damen, qui joue son baroud d’honneur puisque les joueuses de Haute-Argovie se retireront de la ligue à la fin de la saison.
En effet, on peut lire sur le site officiel du club que « selon le conseil d’administration, des raisons économiques, ainsi que la faible probabilité de constituer prochainement une équipe répondant aux exigences quantitatives et qualitatives de la Ligue féminine, ont été des facteurs déterminants dans cette décision ». C’est une jolie façon de dire qu’on n’a pas envie de mettre le peu de pognon qui reste dans les caisses dans son équipe féminine et qu’on préfère se concentrer sur les mecs qui végètent en MyHockeyLeague (troisième division) depuis leur retrait du hockey professionnel en 2022. Wikipédia nous précise d’ailleurs que « le club s’engage dans une coopération avec le SC Bern dans la formation de jeunes talents, ainsi qu’avec la ville de Langenthal pour le développement des infrastructures de la patinoire du Schoren afin d’assurer l’avenir du hockey en Haute-Argovie. » Arf, c’est quand même con d’avoir oublié un mot aussi essentiel que « masculin » dans cette phrase.

Les Zougoises ont tout de même été passablement bousculées par les troisièmes du classement le week-end dernier. Lara Stalder n’a d’ailleurs marqué que 4 points.
Bon, et c’était facile de se qualifier ? Heinz Ehlers, ancien coach de la garniture masculine des Chaune et Pleu dirait que planter deux goals était probablement une démonstration de force offensive un tantinet excessive.

Personne n’a demandé, mais les Dragon Queens sont une équipe bernoise de SWHL-C (troisième division) fondée en 2009.
Les stars
Et dans tout ça, il y a des joueuses à suivre ?
Merci de poser la question, voici les top scorers de chaque formation de la ligue :

L’absence du SCB à ce Final Four nous forcera à la sobriété au niveau des calembours 😢 On écrira peut-être un jour un article sur cette hockeyeuse française native de Coudekerque-Branche et ancienne pensionnaire des Carabins de l’Université de Montréal, qui sait ?
Allez, on ajoutera encore pour la route que le EVZ enverra 7 joueuses (6 Suissesses) dont Stalder et ses 2 points par match (!) aux JO, les ZSC cinq (dont quatre Suissesses) et le HCD quatre (dont deux Suissesses). Langenthal enverra ses meilleurs vœux de réussite. Non, on plaisante, Elisa Biondi dont on reparle plus bas risque de représenter l’Italie.
Dernière interrogation : pourquoi diable dispute-t-on les deux derniers tours d’une compétition pour lesquels le LHC a à peu près autant de chances de se qualifier que Stan Wawrinka de réaliser le Grand Chelem calendaire en 2026 à la Vaudoise aréna pour la deuxième année consécutive ? Aucune idée. Oui, de rien, la rigueur et la perspicacité resteront nos marques de fabrique en 2026.
Le cadre
Une patinoire dont la construction est terminée. On va essayer de ne pas s’habituer à ce genre de luxe puisqu’on embarque pour Milan le 13 février au soir.

Et il va sans dire que Swiss Ice Hockey avait mis les petits plats dans les grands au niveau de la fan zone.
Cela dit, il nous semble que la partie du site ticketcorner dédiée à la vente des billets pour ce Final Four est également dans une phase assez peu avancée de sa construction. Pour des raisons obscures, il fallait absolument créer un nouveau compte pour s’emparer d’un de ces précieux sésames (marque déposée appartenant au musée intercantonal des clichés et autres lieux communs). Et si comme nous, vous aviez d’abord pris vos billets uniquement pour samedi pour ensuite décider 5 jours plus tard qu’une potentielle sixième défaite consécutive du LHC suivie à la télévision n’était pas le vendredi soir idéal et avez donc tenté dans la foulée de vous reconnecter à votre nouveau compte dont vous aviez évidemment déjà oublié le mot de passe composé d’au moins une majuscule, un chiffre, un caractère spécial et une figure de gymnastique artistique au sol, eh bien vous étiez dans la merde.

Une véritable kyrielle de produits dérivés était bien sûr également disponible.
Figurez-vous que le lien demandé en cas d’oubli fonctionnait aussi bien qu’une ligne lausannoise incluant Floran Douay et/ou Michael Hügli, sans vous parler de celui devant vous mener aux billets déjà achetés. Ne restaient donc que deux options pour assister aux demi-finales du vendredi : créer un nouveau compte avec une adresse e-mail différente ou envoyer un courriel à ticketcorner pour récupérer nos anciennes données. On voudrait nous empêcher de suivre du sport féminin qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Allez, on ne résiste pas à partager la réponse automatique reçue à un message qui incluait déjà l’adresse e-mail et le numéro de commande incriminés :

On n’était effectivement pas loin du toucher rectal initialement craint par notre acolyte présent au stade.
Le public
Vendredi : deux Bernois, une poignée de Davosiens (dont un local qu’on croise d’habitude à la Tuilière, à Stamford Bridge ou sur les routes empruntées par la Nati masculine de football) et autres Zurichois éparses et une solide cohorte de Zougois emmenée par le Minotaure lui-même. Cohorte d’autant plus solide qu’ils ont presque tous réussi à se libérer un vendredi à 17h00 tapantes à 236 km de chez eux. Ces braves gens ont été récompensés de leur stakhanovisme en s’épargnant une défaite de leur section masculine à domicile contre Ajoie et l’intronisation de Johann Morant au hall of fame local (pardon ?) dans le même temps. C’est là qu’on est censé hurler “Kamoulox !” à ce qu’il paraît.

Pas question de perdre le fil (d’Ariane) pour les fans zougois.
Samedi : un public passablement plus nombreux, plus jeune, plus familial et plus romand. Tant et si bien qu’on a même dû aller jusqu’à ouvrir une deuxième buvette. Même si on est resté bien en deçà des espoirs du speaker alémanique qui annonçait en début de journée : “C’est encore pas complet, ça va être continuellement plus visité.” Bonne nouvelle, toutefois : les deux Bernois susmentionnés dont les attributs (mais non, pas ceux-là) vous sont présentés en photo ci-dessous étaient de retour et semblaient s’être rendus à l’évidence puisqu’on les a entendus entonner des « EVZ ! » décidés pendant la grande finale.

Deux ultras, un tambour, deux maillots du SC Langenthal fixés sur un mât en guise de drapeau, un hoodie du SCB Frauen (hein ?) et surtout une corne de brume qui n’était pas sans évoquer Pingu sous stéroïdes.
Le sponsor principal
Denner. De là à dire qu’on avait droit à une compétition au rabais, il y a une faute de carre que nous ne ferons pas.

On note avec joie que Sven Jung n’a assassiné personne entre deux rayons.
On signalera tout de même que la pub pour notre discounter de quartier favori diffusée sur l’écran géant aux pauses présentait Sven Jung et Dario Rohrbach comme “les deux joueurs vedettes de l’équipe nationale ». Ah.

Le reste des pauses était consacré à une sorte d’EVG alémanique avec force bubble soccer et Kahoot.
Les matches
Vendredi
EV Zug-ZSC Lions 7-1
On vous avait dit que le EV Zug, ressuscité en 2023, évoluait encore en SWHL-B il y a deux ans avec un contingent quasiment identique à l’actuel (une saison à… 129 points en 17 matches pour Lara Stalder) ? Comme quoi quand on y met les moyens, tout peut aller très vite (cc Lausanne HC et sa section féminine). Si vite que tout s’est joué entre la 27e et la 31e minute entre Zoug et Zurich, le temps pour les futures championnes de Suisse 2026 de faire passer le score de 1-1 à 5-1 et de faire comprendre à leurs adversaires que si le premier tiers s’était joué sur un rythme digne d’une exhibition Casper Ruud-Papy Roger à Melbourne, il ne fallait pas s’y fier plus que ça. Score final 7-1 avec deux réussites de l’inévitable Stalder et trois points d’Ivana Wey (20 ans le mois prochain), sœur des honnêtes joueurs de troisième division Nathanaël et Dimitri, mais apparemment sans lien de parenté avec Loris, joueur du EVZ masculin dont le frère se nomme Timon (pas de Pumbaa recensé dans la famille). On la qualifiera de joueuse à suivre ces prochaines années sans prendre trop de risques, elle qui en est déjà à 47 points en 26 matches cette saison, scorait déjà plus de 5 points par match en ligue B à 17 ans et compte des sélections en équipe de Suisse A depuis l’âge de 16 ans à en croire Elite Prospects. Elle sera d’ailleurs à Milan dès le 5 février.

Un peu plus et on oubliait de vous signaler le séjour en cabane de la fille de Francis.
SC Langenthal-HC Davos 1-5
On vous épargnera les détails de la seconde demi-finale puisque le scénario était presque en tous points analogue à celui de la première (même si on suspectait déjà à ce moment-là que ça n’empêcherait pas les Grisonnes de prendre une proverbiale rouste zougoise en finale). L’escouade emmenée par Julina Gianola, fille de Marc, se contentait de jouer 28 minutes, le temps pour la Slovaque Lucia Haluskova de signer un quadruplé et pour la Canado-Française Marie-Pierre Pélissou de marquer le game-winning goal (0-2, 9e minute). Du côté haut-argovien, on notera la présence des ex-Lausannoises Elisa Biondi et Jessika Boulanger et de celle qui marque toujours 1,75 point par match avec le LHC entre deux séjours en prêt à Langenthal cette saison, l’internationale française Lisa Cédelle au patinage “bertschyesque”, l’efficacité au tableau d’affichage en plus. Du haut de son mètre 49, la native d’Anglet inexplicablement non sélectionnée pour les JO s’est faite l’autrice du seul but de ses couleurs en breakaway (1-2, 14e). La plus grosse déception de la journée restera toutefois la découverte de l’absence de parenté entre Joelle Fiala, honnête ressortissante du Saskatchewan, et Kevin.

Haluskova et Fiala dans leurs œuvres sous les yeux de Boulanger et Biondi.
Samedi
ZSC Lions 🥉 – SC Langenthal 🍫 4-2
Cédelle & Cie n’y ont jamais vraiment cru même si la numéro 17 franco-lausannoise y est tout de même allée de son but (4-1, 46e), imitée par l’autre ex des lieux Boulanger (4-2, 48e). En effet, les underdogs de la compétition n’ont même pas essayé de sortir leur gardienne en fin de partie malgré un écart réduit à deux unités. On notera les performances majuscules de Kristi Shashkina (triplé) et de la portière finlandaise Eveliina Mäkinen (euh on allait vous donner ses statistiques mais apparemment la ligue n’avait dépêché personne pour compter les tirs cadrés), grandes artisanes du bronze zurichois. La première nommée, authentique armoire à glace de 177 cm pour 82 kg née en Estonie mais ayant représenté la Russie, nous impressionne d’autant plus qu’elle est parvenue à jouer au hockey sur glace en… Turquie pendant trois saisons entre 2022 et 2025.

Jessika Boulanger n’était malheureusement pas impliquée dans cette distribution de pains qui a valu à Nora Daneel une pénalité de match pour un ippon seoi nage non réglementaire.
EV Zug 🥇 – HC Davos 🥈 4-0
Ivana était en Wey, alors Lara a pris le relais:

Que dire d’autre ? Que les exilées fiscales étaient deux crans au-dessus au niveau de la technique, de la vitesse d’exécution, du patinage et de la condition physique ? Oui. Qu’on se demande comment les Grisonnes ont pu espérer gagner marquer ne serait-ce qu’une seule demi-seconde et par conséquent comment elles ont pu éprouver une quelconque déception ? Aussi. Être la seule équipe à s’être déplacée à Lausanne avec suffisamment de joueuses pour former 4 lignes, ça aide aussi du côté zougois.

La liesse zougoise après la troisième place du soussigné au Kahoot de la deuxième pause l’ouverture du score de Stalder.
On va quand même demander à nos visiteurs d’un week-end venus de Suisse centrale (pas facile de trouver des synonymes de « Zougois » quand ta ville, ton canton et ton lac ont le même putain de nom) de ne pas trop s’emballer. Histoire de faire redescendre leur ego du donjon de la Zytturm, voici les résultats de leur formation masculine en 2026 :

Ah… Attendez… Oui, il nous semblait bien qu’il en manquait une :

Enfin bref, comme dirait David Pietronigro à l’antenne de MySports, « on a vu le body language du coach, ça respire pas l’odeur de sainteté ». Euh, d’accord.

On a tenu 2571 mots sans faire aucune blague ferroviaire, ça se fête !
Dimanche
UPDATE : Donald Trump, de passage à Davos pour une petite sauterie entre oligarques, a finalement réquisitionné l’intégralité des médailles reçues par Leoni Balzer et ses coéquipières la veille dès leur descente du bus et s’est auto-proclamé championne de Suisse de hockey sur glace, le tout au mépris de la couleur des breloques confisquées.

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