Le lundi 19 janvier 2026 restera une date tragique pour tous les adversaires du SC Berne : après 28 ans passées à la tête du club, Marc Lüthi, l’homme qui pense que lui il sait, contrairement aux autres, s’en va à la fin de la saison. C’est une catastrophe pour tous ses adversaires, le SCB pouvant dès lors à nouveau devenir un club performant et attractif. Quelle tuile !
Tout avait pourtant bien commencé puisqu’en novembre 2025, Marc Lüthi avait annoncé lors d’un interview qu’il allait rester en poste encore 2 à 3 ans (ce qui, dans sa bouche, équivaut à 5 à 10 ans). Il semble donc que quelqu’un au conseil d’administration ait enfin compris que le problème au SCB, c’est Lüthi. Qui est donc l’abruti qui a fait fuiter l’info ? Pourtant avec Le Roi, tout espoir n’est jamais perdu et un come-back est possible. Retour sur le parcours hors norme du Napoléon de la Capitale en quelques points.
Signification
En Bääärnertüütsch, Lüthi signifie « Celui qui sait », par opposition aux autres qui eux, ignorent tout et ont tort.
En patois fribourgeois, Lüthi signifie « Celui qui nous arrange bien en foutant le bordel chez le grand voisin ».
À la ligue suisse de hockey sur glace, Lüthi signifie « Celui qui fait peur et qu’il ne faut pas contrarier si on veut pas se faire engueuler en dialecte bernois comme du poisson pourri ».
La reprise du club
En 1998, le SCB est criblé de dettes et se retrouve en liquidation judiciaire. Marc Lüthi, copropriétaire d’une entreprise de marketing, reprend le club, structure sa dette et développe un ingénieux système où la restauration rapporte la moitié du budget, qui est monté jusqu’à 65 millions de CHF avant la pandémie de 2020. Ce coup de génie lui permettra de régner pendant 28 ans sur le club, dans un style de plus en plus autoritaire et dictatorial.
Le conflit avec les arbitres
Le 11.01.2011, lors d’un match à domicile contre le HC Genève-Servette, mécontent d’une décision arbitrale, il se présente dans le vestiaire des zébrés Massy et Popovic après le deuxième tiers pour signifier « poliment » son mécontentement. Ayant le sentiment de ne pas avoir été écouté, il fait verrouiller le vestiaire des arbitres à la fin du match, piquer leurs tickets de parking et ordonne qu’ils ne soient pas ravitaillés. Puni d’une amende de 2’000 CHF par le juge unique de la ligue suite à ce comportement, il décide de reconnaître ses torts et s’excuse… Mais non on déconne ! La remise en question, c’est pas trop son truc. Marc Lüthi s’insurge du montant prohibitif de l’amende et démissionne avec effet immédiat de son poste de vice-président du Conseil de surveillance de la Ligue nationale.
En janvier 2026, lors d’une interview avec la Berner Zeitung, le Boss a déclaré qu’il attendait toujours les excuses de l’arbitre Stéphane Rochette, se vantant de l’avoir frappé une fois à la sortie de la glace lors d’un match contre Davos, car le zébré avait sifflé deux pénalités non justifiées (à ses yeux) contre les Ours. Après de longues recherches sur Google, nous n’avons pas trouvé trace de cet événement. Il est cependant clair que Marc Lüthi et Stéphane Rochette ne seront jamais les meilleurs amis du monde. Lors des highlights sur MySports le 28.02.2026, l’actuel consultant a fait quelques confidences, déclarant que Marc Lüthi avait à une certaine période tellement de pouvoir à la Ligue suisse de hockey sur glace qu’il n’avait plus été convoqué pour arbitrer à Berne pendant 4 ans. Il a précisé non sans ironie qu’on ne lui avait pas expliqué comment il devait siffler à Berne. Voici la séance au complet, fournie par mon collègue Raphaël Iberg :
Le licenciement de Huras
Le 21 octobre 2011, Marc Lüthi limoge avec effet immédiat Larry Huras, lui reprochant le niveau de jeu de l’équipe, un peu plus d’un mois après la reprise et surtout après que l’Ontarien ait gagné le titre de champion de Suisse au printemps 2011. À ce moment-là de la saison, après 17 matchs, le SCB était 5ème avec 7 points de retard sur le premier, Fribourg-Gottéron, et un match en moins. L’équipe finira d’ailleurs la saison régulière à cette même 5ème place et s’inclinera en finale du championnat contre les ZSC Lions. Il se murmure que Le Roi de Berne détestait avoir une autre personnalité forte et influente au sein du club. Précisons encore que ni le conseil d’administration du club, ni le directeur sportif, n’avaient été informés de ce limogeage. Normal.

Le jeune Marc Lüthi, très à l’aise, tente de justifier le licenciement de Larry Huras…
La minute féministe
Le 08.04.2020, à la surprise générale et en plein Covid, Marc Lüthi nomme Florence Schelling, ancienne gardienne de l’équipe de Suisse et médaillée de bronze aux Jeux Olympiques de 2014, comme directrice sportive. Le Roi déclare alors : « Nous voulions quelqu’un de visionnaire, jeune et intelligent. Cela n’a joué aucun rôle que cette personne soit un homme ou une femme. Il était beaucoup plus important que cette personne comprenne le hockey. »
Juste une année plus tard, Lüthi licencie Schelling en invoquant… son manque d’expérience. Il se murmure que le Roi avait juste décidé de faire un coup de publicité en engageant une femme à ce poste. Chapeau l’artiste.
Le faux-départ
Le 01.09.2022, le monde du hockey suisse avait déjà subi un choc lorsque Le Roi avait quitté, pour raisons de santé, la direction opérationnelle du SCB, laissant sa place à Reto Raffainer. Rapidement cependant, lorsque nous avions appris que Lüthi reprenait la présidence du conseil d’administration du club, nous avions été rassurés : il n’allait pas rester en retrait. Moins de 9 mois plus tard, Lüthi limogeait Raffainer pour « divergences de points de vue » et reprenait son poste.
Les joueurs qui sont partis
Nous ne pourrons pas lister ici tous les joueurs qui ont quitté le club pendant 28 ans, mais après la saison 2024-2025, que le SCB a terminé au 3ème rang de la saison régulière avant de se faire éliminer en 1/4 de finale des play-offs par le HC Fribourg-Gottéron, Marc Lüthi a été interrogé dans « Blick » au sujet notamment des départs d’Austin Czarnik, meilleur compteur du club, à Lausanne, de Patrik Nemeth, patron de la défense, à Fribourg et du jeune et prometteur gardien Philipp Wüthrich à Ambri-Piotta. Toujours classe, il a déclaré : « À part Czarnik, nous ne perdons aucun joueur que nous aurions aimé garder« . Il semble en fait que le comportement du sympathique entraîneur finlandais Jussi Tapola et le bordel régnant au sein de l’organisation bernoise aient eu une grande influence sur le départ de certains cadres et sur le refus de grands noms actuels de signer au SCB.
Le Xième directeur sportif
Marc Lüthi, à son arrivée à Berne et malgré sa méconnaissance du milieu, a exercé le rôle de directeur sportif du club pendant plusieurs années. Visiblement toujours attaché à la fonction, il n’a depuis eu cesse de nommer de nouveaux chefs des transferts, rendant l’organigramme complètement incompréhensible et monopolisant les décisions.
Le 15.07.2025, le Roi annonce la nomination de Diego Piceci au poste de « Team Manager », ou « Directeur sportif-adjoint », ou « Manager sportif », ou « Responsable National League ». En fait sa fonction est nommée différemment dans presque chaque article trouvé en open sources, et personne n’a réussi à décrire concrètement sa fonction exacte. Diego qui ? Diego Piceci voyons. Il est un ancien défenseur de 1ère ligue, Directeur sportif du HC Wetzikon et agent de joueurs. Même lui s’est montré surpris de sa nomination dans une interview et a affirmé ne pas avoir postulé.
Son seul fait d’armes ? Le mardi 30.09.2025, lors d’une conférence de presse, questionné au sujet du retour au jeu du fidèle et toujours efficace Romain Loeffel, qui souffrait d’une sérieuse commotion, Diego Piceci, ce génie, a déclaré sans sourciller : « Vous savez, avec les Welsches, ça prend toujours plus de temps … « . Il devra s’excuser pour ses propos un mois plus tard.
Le 11.02.2026, peu après l’annonce du départ de Marc Lüthi pour la fin de la saison, le club annoncera également le licenciement immédiat de Diego Piceci, au grand dam de Carton-Rouge.ch, outré qu’on nous enlève un si bon client avant qu’il ait donné son plein potentiel.
Lors d’un interview croisé sur La Télé le 27.02.2026, Philippe Ducarroz, qui comme tout le monde le sait ne connaît absolument rien au hockey, a demandé à Marc Lüthi quelle responsabilité la direction du club avait dans la situation compliquée du club bernois depuis quelques années, mentionnant notamment l’organigramme incompréhensible. Il a reçu une réponse cinglante du Roi : les rôles sont très clairs et tout est de la faute à la pandémie.
Le dernier changement d’entraîneur
Début octobre 2024, le lugubre et austère Jussi Tapola est limogé après un début de saison catastrophique et notamment une défaite 4-0 à Ajoie, le SCB se retrouvant alors à la peu glorieuse 12ème place du classement.
Tout le monde, même les ours de la fosse, voyait Christian Dubé, libre et ancien joueur à succès du club pendant 9 ans et qui a fait ses preuves comme entraîneur à Fribourg-Gottéron, s’installer sur le banc du SCB. Les fans se réjouissaient de voir le style chatoyant de Dubé, le spectacle et l’émotion allaient revenir à la PostFinance Arena. Fidèle à son principe de ne jamais engager une forte personnalité, c’est à la surprise générale que Marc Lüthi allait annoncer quelques jours plus tard que le nouvel entraîneur s’appelait Heinz Ehlers, surnommé « Beton Heinz », champion du jeu défensif à l’extrême et peu charismatique. Résultat à ce jour: même s’il encaisse peu de buts, le SCB a la 3ème pire attaque de National League et les matchs du club bernois sont tristes à mourir.
Pour l’anecdote : le 21.01.2026, Christian Dubé a été nommé entraîneur du EHC Bienne, concurrent direct du SC Berne pour une place en play-ins. Le 28.02.2026 a eu lieu un derby décisif à la PostFinance Arena. À la fin du deuxième tiers, alors que le score de ce match hyper-important et tendu est de 2-2, le talentueux jeune défenseur de Bienne Rodwin Dionicio revient au banc tout énervé après s’être frotté aux rugueux Bernois. Christian Dubé s’assied alors sur le banc quelques secondes à ses côtés, le calme et lui demande de se reconcentrer.

L’homme à la casquette : « Calme-toi mon petit… »
À 10 minutes de la fin du match, Bienne est submergé par les Bernois. Dubé prend un temps mort durant lequel il explique à ses joueurs qu’ils doivent contrôler leurs émotions et avoir confiance en leurs moyens. Pendant ce temps, Ehlers ne pipe pas mot sur le banc bernois. 10 minutes plus tard, Bienne remporte le match 2-3 après un magnifique but, plongeant le public bernois dans la plus profonde perplexité. J’ose l’affirmer, Dubé a gagné ce match au coaching contre Ehlers.
Sacré Marc
Après l’annonce de son départ « volontaire » à la fin de la présente saison, Marc Lüthi a donné une interview à la Berner Zeitung. Lorsque le journaliste lui a demandé s’il devait s’excuser auprès de quelqu’un après ces 28 ans de règne, il a répondu : « Sûrement, mais comme je suis quelqu’un qui regarde rarement en arrière, je ne peux pas citer de noms. Je l’ai probablement refoulé par instinct de conservation. »
Cette phrase résume tout. Tous tes adversaires te supplient : reste Marc, et surtout ne change rien !

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