Navarro en quête de justesse tactique

Vous l’avez ? Vous êtes vieux.

Vous avez vomi un peu dans votre bouche en tombant sur la vidéo de l’appel téléphonique entre Donald Trump et l’équipe masculine étasunienne de hockey sur glace tout juste médaillée d’or à Milan ? Ça ne s’est pas spécialement arrangé quand vous avez atteint la partie où l’organisme unicellulaire Brady Tkachuk, vraisemblablement filmé par son frère Matthew dont on n’ira pas jusqu’à dire qu’il est le cerveau de la famille, a passé sa médaille autour du cou de Kash Patel, big boss du FBI en voyage personnel aux JO aux (grands) frais du contribuable américain (et accessoirement extraordinairement silencieux sur le dossier Epstein) ? Vous avez dû vous asseoir quand vous avez entendu une vingtaine de multimillionnaires imbibés à la Corona (et pas la Cero) s’esclaffer bruyamment à la simple mention d’une invitation de leurs collègues féminines – également championnes olympiques – à la Maison Blanche ? Vous avez eu envie de tout casser quand ni Jack, ni Quinn Hughes n’ont pipé mot au sujet de quoi que ce soit dans les jours qui ont suivi, eux les indignes rejetons d’Ellen Weinberg-Hughes, vice-championne du monde avec les USA en 1992 ? Ça tombe bien, on ne parlera de rien de tout cela ici et le sport masculin, très occupé en ce moment, sera le grand absent de cet article.

Le contexte

De quoi on cause alors ? Du retour triomphal de la Nati de Lia Wälti à Lausanne pour la troisième fois de son histoire, après le 15-0 contre la Moldavie de septembre 2022 et une chiche victoire dans un stade en ruines en juillet 2024, pardi ! Rafel Navarro, dont le prénom a déjà été écorché 17 fois (au bas mot) cette semaine dans les médias, et ses joueuses étaient en quête de rachat après deux piètres prestations anda-lose à la fin de l’année dernière (on n’y était pas, mais ça ne nous a pas empêché de jacasser ici et ).

Rendez-vous en 2028 pour la prochaine on imagine.

Quelle meilleure occasion que l’ouverture des qualifications pour la Coupe du monde 2027 au Brésil face à l’éminemment prenable Irlande du Nord à domicile ? Même si on avoue qu’on aurait pu faire mieux que les Plaines-du-Loup début mars en termes de climat favorable aux locales.

On ne vous réexplique pas la formule, hein ? En gros, en ce qui concerne la zone Europe, c’est la Ligue des Nations en encore plus abscons (oui, c’est possible) ou, si vous préférez, une formule assez similaire aux qualifications pour l’Euro 2025 qu’on n’avait pas eu besoin d’essayer de comprendre en tant que pays qualifié d’office.

Et si vous voulez des réponses aux questions qui fâchent (par exemple pourquoi l’Europe a 11 spots menant au Brésil (dont 4 sans barrages) plus 1 en cas de victoire en play-off intercontinental sur 32 au total et l’Amérique du Sud seulement 3 dont l’hôte brésilien), on vous conseille cet épisode de Full Time, un podcast de l’excellent média spécialisé nord-américain The Athletic.

Pour la question qui fait tache (pourquoi diable la CAN féminine, qui doit accessoirement attribuer les 4 strapontins africains et les 2 places de barragistes intercontinentaux pour 2027, a été repoussée aux calendes marocaines), on vous propose plutôt L’Equipe.

Bref, vous l’aurez compris, ce qui est bien pour drainer des foules de nouveaux fans dans le foot féminin, c’est que toutes les formules de compétition sont aussi limpides que les décisions de la VAR en Serie A masculine en 2025/2026 et aussi cohérentes que les prises de position de Raphaël Glucksmann depuis 2017.

Le match en deux mots

No Csillag.

OK, on l’avait déjà faite, mais le 8 mars c’est bientôt (et c’est important, faites pas les cons).

Non, soyons honnête, la néo-Scouser, Aurélie de son prénom, fait partie des rares joueuses suisses qui ont tenté d’accélérer un tant soit peu en phase offensive, ce serait idiot d’avoir des redevances euh pardon des doléances à son sujet.

La femme du match

Riola Xhemaili. La buteuse du PSV Eindhoven, longtemps ignorée puis sous-utilisée par Pia Sundhage, a enfin eu l’opportunité de montrer sa valeur sur 85 minutes. On ne dira pas que son ouverture du score sur un corner de la 22e minute est au niveau de la déflagration qu’elle avait provoquée le 10 juillet dernier à la Praille, mais disons que marquer rapidement contre cette Irlande du Nord qui était venue à Lausanne avec les mêmes ambitions qu’un adversaire de l’OL Lyonnes en Première Ligue (ne pas en prendre 15 et passer le milieu de terrain balle au pied au moins une fois ✅) et un bloc tellement bas que leur dernière défenseuse a passé une partie du match à Ouchy… attendez, c’était déjà quoi le début de cette phrase ? Ah oui: marquer rapidement donc, c’était important.

Csillag à gauche, Xhemaili à droite, six-seven ! Ah non, pardon, 16 et 7.

La buse du match

Franchement, la couverture médiatique globalement désertique du foot féminin en Romandie entre l’Euro 2025 et la semaine dernière.

Le Temps – enfin de retour sur le sujet après un Euro rondement mené – du 24 février constate que le tournoi n’a pas boosté le nombre d’adhésions de jeunes filles et femmes à des clubs de football autant qu’espéré (+14% pour un total de 42’828 footballeuses alors que l’objectif est d’atteindre 80’000 à la fin 2027 même s’il n’y a de toute façon pas du tout assez de terrains pour les accueillir, mais ça on y réfléchira plus tard ou probablement jamais), mais le problème principal semble aujourd’hui ailleurs.

En effet, on a beau scroller, il semble que le Matin a oublié l’existence de ce sport depuis le mois de juin, alors que, hors matches de la Nati généralement solidement couverts (notamment avec cette présentation du nouveau sélectionneur), Blick francophone se contente d’une dépêche laconique de Keystone-ATS pour un suivi hebdomadaire minimaliste des Suissesses de l’étranger ou encore d’à peine quelques lignes de la même agence pour vaguement annoncer la qualification de Servette pour la finale de la Coupe (de Suisse hein, pas les joutes interrégionales des food trucks de bord de terrain).

À titre de comparaison, le LS masculin a eu droit à pas moins de 4 articles dans les 5 jours précédant son barrage de troisième division européenne contre le 6e du championnat de Tchéquie et 2 autres narrant sa piteuse élimination. Et c’est pas comme si l’intérêt pantagruélique de la population vaudoise qui n’a même pas été foutue de remplir son stade pour l’occasion, loin s’en faut, justifiait cette couverture XXL.

Finalement, le 20 minutes préfère aller manger une glace chez Mövenpick en observant les toutous de poche et les néo-résidentes du Leicestershire en goguette. Pour le moins vivifiant.

C’est carrément un galet du bord du lac qui a été ajouté à l’édifice du sport féminin et sa crédibilité.

Enfin bon, ça c’était avant que ce même 20 minutes se rende à l’entraînement public des Suissesses du 25 février et nous rappelle qu’elles avaient livré « une honnête résistance aux championnes espagnoles » l’été dernier. C’est Chloe Kelly qui doit être contente de lire ça.

Cela dit, Blick était présent sur place en force pour couvrir l’événement. Et Johan Djourou a bien compris ce qu’on voulait entendre.

On termine cette rubrique avec une question: à quand un onglet « football féminin » sur les différents sites des médias romands susmentionnés histoire que la recherche (et la datation au carbone 14) des rares articles non consacrés aux mecs ne nous prenne pas à chaque fois l’équivalent de la durée de la carrière professionnelle de Jaromir Jágr ? Vous verrez, c’est facile:  même les bras cassés de Carton-Rouge.ch l’ont fait, c’est dire !

Une alternative existe cependant sur Blick où on peut sélectionner les équipes que l’on désire suivre pour faire remonter les articles leur étant consacrés sur la page de garde du site pour autant que l’on ait un compte. Bon, la seule équipe féminine que l’on peut sélectionner tous sports et ligues confondus est la Nati, mais c’est mieux que rien…

La Nati et l’altérité.

Le tournant du match

L’entrée d’Alisha Lehmann. Non, vous ne rêvez pas et oui, vous êtes toujours dans les colonnes de Carton-Rouge. Il faut être honnête (désolé), celle qui porte le numéro mythique d’Alessia Russo (et aussi de machin, vous savez, le basketteur des 90s, son nom nous échappe) a eu l’immense mérite d’enfin apporter un peu de percussion et de prise de risque offensif sur un côté dès son entrée en lieu et place de Csillag (72e). Un bémol malgré tout (faut pas déconner non plus) : il faudra quand même qu’on nous explique pourquoi elle persiste à piquer au centre depuis la droite alors que la fonction de son pied gauche se limite manifestement à garder l’équilibre (un point commun avec le soussigné, tiens).

Nadine et Alisha, toutes deux équipées des mêmes pneumatiques, ce qui explique peut-être leur adhérence à la pelouse en cas d’accélération.

L’aVARie qui a failli coûter le match

La frilosité tactique de Navarro. Et pourtant, en tant que commissaire divisionnaire, il nous semble qu’il a quelques prérogatives, d’autant qu’il ne dirige pas des mulets pour une fois. Allez Antoine, lâche-toi un peu !

Jolie entrée en matière du Barça dans ces qualifs (source des statistiques: BBC) !

Tout avait pourtant bien commencé avec une nouvelle patte catalane faite de redoublements de passes courtes fort bien assurées (un billard en synthétique et une opposition qui vous regarde jouer depuis son camp retranché de 16,5 mètres sur 40,32 ça aide). Mais face à une équipe pataude, lente et d’une pauvreté technique à faire frémir Tim Traber qui vous attend en 5-4-1 dans sa moitié de terrain, il faut prendre quelques risques en termes d’accélérations et de duels.

Ça c’est du coaching audacieux !

Dans ce contexte, on n’a vraiment pas compris ce qu’Ana-Maria Crnogorčević faisait à gauche (un peu comme Glucksmann, tiens) dans une position de piston censé déborder la défense adverse sur l’aile et pour laquelle elle n’a clairement plus les jambes à 35 ans, ni pourquoi elle est restée 95 minutes sur la pelouse.

Oui, c’est bien par là-bas que ça se passe.

Mention bien à Nadine Riesen qui a beaucoup couru pour rien sur son côté droit, trop souvent ignorée par ses coéquipières qui s’ingéniaient à vouloir perforer le verrou nord-irlandais plein axe. Nous, on t’a vue, Nadine.

Tiens, d’ailleurs, notre voisin de gauche au stade nous a soufflé qu’il verrait bien Sydney Schertenleib, rapide, technique et dans la force de l’âge, endosser ce genre de rôle à la place d’une recordwoman de sélections et meilleure buteuse de l’histoire de l’équipe nationale un peu au bout du rouleau.

La facilité de Sydney, aux antipodes de sa cheffe de file sur le côté gauche.

Bref, tout ça pour vous dire que ne marquer qu’un seul but dans le jeu face à pareille opposition (Svenja Fölmli, 91e, 2-0), c’est un tantinet inquiétant.

Le chiffre à la con

C’est le nombre exact de fois où Alayah « Jérémy Gailland » Pilgrim a manqué un rassemblement de l’équipe nationale pour cause de blessure. On a vraiment peur qu’elle devienne plus connue pour ses posts sponsorisés sur les réseaux que pour son football, ce qui nous attristerait beaucoup, car contrairement à certaines collègues, un manque de talent à ce niveau de compétition serait une explication aussi peu envisageable qu’une onde gamma produite par les méninges d’un ultra servettien. Sa puissance aurait fait du bien mardi soir.

L’anecdote

Allez, on laissera tout de même une chose au site mentionné un peu plus haut dont le public cible n’a pas l’air trop porté sur les aspects technico-tactiques: on y a appris, entre 3 mentions et une photo obligatoires d’Alisha Lehmann, que Seraina Piubel était la fille d’Urs Meier (le coach un chouïa obscur, pas le célèbre arbitre). On s’est par ailleurs délecté des calembours de très haut niveau (des vannes Piubel les unes que les autres) laissés par de doctes internautes en commentaires de l’article.

Comment ça « c’est l’hôpital qui se fout de la charité ? »

Et sinon dans les tribunes ?

La courageuse speakerine de la Blécherette a bien tenté à plusieurs reprises de réveiller les 4165 fans muets de la Nati présents pour l’occasion à grands coups de FAITES DU BRUIIIIT POUR VOTRE NATIIIIIIIII (un peu plus et on se serait cru aux Vernets), mais le succès de cette hasardeuse entreprise est resté aussi mitigé que l’impact du Prix de la Paix de la FIFA sur les actes de son lauréat.

On était d’autant plus aux Vernets que les mecs n’ont pas encore officiellement inauguré le nouveau maillot 2026 et on se retrouve donc coincé avec la sempiternelle et hideuse tenue grenat. Si quelqu’un a des nouvelles du maillot de l’Euro qui n’a jamais été réutilisé…

Pour se consoler, on se rappellera qu’on était quand même 4165 fois plus nombreux que les… enfin le tir cadré nord-irlandais survenu un peu par hasard à la… 93e minute.

La minute Sandy Maendly

On n’a trouvé personne au stade pour nous faire un commentaire servi par une syntaxe aussi solide sur ses appuis que le pirate latiniste Triple-Patte, du coup on a dû un peu improviser:

« Mesdames, messieurs, ce bus rentre au dépôt, je vous prie de sortir. » Une annonce claironnée par le chauffeur d’un des nombreux véhicules (3) arrivant de toutes les directions (2) devant la Tuilière dès le coup de sifflet final et censés nous ramener à la gare. Le taquin pilote avait bien entendu pris soin de s’arrêter devant une masse humaine mue par d’évidentes envies d’ailleurs, d’ouvrir les portes, de laisser entrer et s’installer une bonne cinquantaine de passagers avant de mettre fin à la blague et d’éteindre les lumières. Était-ce là une allégorie de la partie à laquelle nous venions d’assister du point de vue des visiteuses ? Ou simplement l’euphorie de la mise en circulation-test de la première rame du tram lausannois ? 

La rétrospective du prochain match

Ce samedi 7 mars à 19h contre Malte, à Ta’ Qali, qui semble être une sorte de plaine paumée où se trouvent le stade national, un parc naturel et un marché aux légumes. De là à dire que cette rencontre sera déjà décisive pour Ta’ Qalification pour la Coupe du monde… 🥁 

Si vous aimez le sport féminin, en ce qui nous concerne, on sera à la Vaudoise aréna quelques heures avant cette échéance et on essaiera de vous faire vivre l’une des plus grandes heures de l’histoire des Lionnes lausannoises dans des délais pas trop dégueulasses entre deux éternuements polliniques et trois corrections de dissertations. Oui, on vend du rêve et on l’assume. Et tout ça sans même déménager à Dubaï.

Le Sundhage d’après-match

OK, elle est partie entraîner Haïti (et accessoirement l’une des cinq meilleures joueuses du monde), mais on en fait quand même un petit dernier ? 

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