La Squadra advienne que pourra

À l'époque où l'Italie ne pouvait pas encore perdre contre la Macédoine du Nord. Crédits photo : Store Norske Leksikon

Après la récente humiliation de l’Inter en Ligue des Champions face aux ours polaires de Bodø/Glimt, le déclin du foot italien a rarement été aussi vertigineux. À moins d’un mois des barrages de la prochaine Coupe du Monde, qui verra la bande à Rino opposée à l’Irlande du Nord, l’histoire ne serait-elle pas vouée à se répéter ? Alors qu’au moment d’écrire ces lignes, j’ai passé la moitié de ma vie sans voir la Nazionale disputer un seul Mondial, une autre question me taraude : l’Italie serait-elle devenue une nation de seconde zone dans la calciosphère ? L’heure est à l’introspezione.

Aussi loin que je me rappelle, mes premiers souvenirs de football remontent au 9 juillet 2006. À Vevey, des feux d’artifice effraient la tête blonde de 4 ans au milieu d’une marée bleue amassée devant la scène extérieure du Jardin du Rivage. Deux Français s’en prennent à une barrière de chantier en s’imaginant lyncher Materazzi, alors que Fabio Cannavaro soulève la plus belle des coupes sur le grand écran. L’Italie est sur le toit du monde pour la quatrième fois de son histoire. Pourtant, à cet instant, personne, et encore moins le mioche dans sa poussette, ne se doute que les fondations de ce succès sont bancales.

Les yeux doux à Gennaro

Vingt ans plus tard, l’Italie n’a plus refranchi les phases de poules d’une Coupe du Monde. Pire, elle risque de blasphémer la grande messe de la FIFA pour la troisième fois consécutive. Le constat est sans appel. Comment a-t-on pu passer de Nesta à Bastoni, de Pirlo à Locatelli, de Del Piero à Raspadori, de Toni à Retegui ? Où sont nos fuoriclasse ? Quid de nos plus belles chevelures gominées ?

Jusque dans les années 2000, des étendards de Serie A comme Fabrizio Miccolli, Beppe Mascara, Cristiano Lucarelli ou encore Marco Di Vaio ne dépassaient pas le cap des quinze sélections au vu de la folle concurrence en attaque. Et comme le savent très bien Unai Emery et n’importe quel émir du Golfe jouissant d’un harem, « C’est très importante, la concourrence ! ». Aujourd’hui, Gennaro Gattuso aurait fait les yeux doux à tous ces buteurs d’antan – l’image n’est pas évidente, je reconnais – pour garnir le désert offensif qui caractérise le calcio actuellement. Pour les derniers barrages de 2022 contre la Macédoine du Nord, rappelons-nous que Roberto Mancini avait remis le destin de la Squadra entre les pieds de l’avant-centre du Cagliari João Pedro, qui de base est autant italien que la pizza pepperoni.

C’est assez simple, de nos jours, n’importe quel bomber qui trouve le chemin des filets plus de dix fois par saison se voit dérouler le tapis rouge jusqu’aux portes rouillées de Coverciano (le Clairfontaine transalpin). Aussi prometteur soit-il, le premier joueur émergeant ne peut pas, comme c’est par exemple le cas du jeune talent de l’Inter Pio Esposito, endosser la cape de super-héros et délivrer la sélection nationale dans ses phases les plus critiques. D’autant que d’ordinaire, dans ce pays de retraités en moule-bite, on n’hésite surtout pas à ne pas donner la chance aux jeunes.

Naturaliser des oriundi (joueurs de nationalité étrangère mais d’origine italienne), voilà donc le cache-misère dans lequel s’est drapée la Federcalcio depuis quelques temps, bien que la pratique remonte aux années 1910. En Italie, on choisit son immigration. Cette pénurie de talents indigènes se traduit aussi en clubs. La saison dernière, on comptait 401 joueurs étrangers sur 588 en Serie A. Alors même que les 90% des Azzurri proviennent du championnat domestique. Je suis pas mathématicien, mais le résultat est pas bon.

La mouche et la merde

Pourtant, tout n’est pas sombre dans l’histoire récente du foot italien et c’est peut-être bien là le problème. Sans évoquer le mirage de l’Euro 2021, les épopées de l’Inter en C1, de la Fio’ en C4 et la victoire de l’Ademola Bergame en C3 il y’a deux ans sont autant de réussites qui ont hissé l’Italie au deuxième rang du classement UEFA des clubs par pays. La mouche qui cache la merde me direz-vous ? Possible.

Parce que l’élimination du champion d’Italie dès la phase de ligue de LDC, puis de la Juve et de l’Inter en play-off il y a deux semaines, aurait dû alerter la péninsule toute entière sur le déclassement de ses clubs au plus haut niveau. Mais même là, des connards d’Intéristes sont parvenus à minimiser l’humiliation subie par Bodø en argumentant que le congé des compétitions européennes permettrait de se concentrer sur le doublé championnat-coupe… A fucking disgrace comme dirait l’autre. Comme souvent depuis dix ans, ce sont donc les autres Nerazzurri de l’Atalanta qui ont sauvé l’honneur, en devenant les derniers représentants italiens en huitièmes de finale après avoir sorti le Borussia Dortmund. Bon, ils viennent de se manger six pêches dans la gueule face au rival bavarois, mais quand même.

Vous l’aurez compris : c’est avec la plus grande confiance que j’aborde ces éliminatoires. Si l’ironie est de mise au vu de tout ce que je vous ai exposé au long de l’article, qui vaut pour moi dix séances de psychanalyse, sachez-le, vous pouvez être sûrs que nombre de mes compatriotes restent convaincus que la qualification est déjà en poche. Que battre l’Irlande du Nord, puis le Pays de Galles ou la Bosnie n’est qu’une mince affaire pour une immense nation de football comme l’Italie. Que de toute manière, un Mondial sans nous, ce n’est pas vraiment un Mondial. Et bien je crois que c’est exactement cette bonne dose de surconfiance, mêlée à une incapacité à se remettre en question et une arrogance toute naturelle, qui nous a privé de Coupe du Monde depuis pratiquement 12 ans. Est-ce que l’Italie est devenue une nation de second rang dans le football mondial ? J’en sais fichtre rien putain. Mais malgré ça, Forza Azzurri et au pire on a toujours Sinner.

A propos Etienne Di Lello 10 Articles
...

Commentaires Facebook

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.